WikiLeaks, un site d'information d'un nouveau genre

Depuis plusieurs mois, WikiLeaks est sous le feu des projecteurs. D'après The National, le site aurait publié plus de scoops depuis sa naissance fin 2006 que le Washington Post en 30 ans. Décryptage.

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Des gens regardent un bandeau d'annonce sur WiliLeaks qui publie des documents secrets sur la guerre d'Irak, le 22 octobre 2010 à New York
Des gens regardent un bandeau d'annonce sur WiliLeaks qui publie des documents secrets sur la guerre d'Irak, le 22 octobre 2010 à New York
Qu'est-ce que WikiLeaks ?

Le site, né en décembre 2006, s'autoproclame «service de renseignement du peuple » et veut « changer le monde en abolissant le secret officiel ». « Nous voulons trois choses: libérer la presse, révéler les abus et sauvegarder les documents qui font l'Histoire », avait expliqué en août dernier le numéro un de WikiLeaks, Julian Assange, à l'AFP à Stockholm. WikiLeaks met en ligne des documents secrets provenant de "fuites" (leaks en anglais), tout en préservant l'anonymat des sources. Les fameux « lanceurs d'alerte » ou« whistleblowers » sont ainsi invités à divulguer leurs informations compromettantes à WikiLeaks via un système informatique totalement sécurisé. WikiLeaks n'a pas d'employés - seulement des bénévoles - pas de bureau, pas d'adresse. Julian Assange dit n'avoir pas lui-même de maison.

Le fondateur du site WikiLeaks Julian Assange, le 23 octobre 2010 à Londres
Le fondateur du site WikiLeaks Julian Assange, le 23 octobre 2010 à Londres
Qui a fondé WikiLeaks ?

C'est Julian Assange. Né en 1971 - il refuse d'être plus précis - sur Magnetic Island, dans le nord-est de l'Australie, il passe une enfance nomade qui lui vaut de fréquenter 37 écoles et 6 universités, comme il l'a raconté à des médias australiens. Adolescent à Melbourne, il se découvre un talent de pirate informatique. Mais la police lui met la main dessus et il s'en tire, en plaidant coupable, avec une amende et un serment de bonne conduite. Ensuite, « j'ai été conseiller en sécurité, j'ai fondé une des premières compagnies de services informatiques en Australie, j'ai été consultant en technologie, chercheur en journalisme, j'ai coécrit un livre ». Il fonde WikiLeaks en 2006, avec « une dizaine de personnes venant du milieu des droits de l'homme, des médias et de la haute technologie ». Cet été, Julian Assange a été accusé dans une affaire de viol en Suède, qu'il a démenti catégoriquement et qualifié de « coup monté ». Le 18 novembre, la justice suédoise a ordonné son arrestation - un mandat d'arrêt international devrait être lancé. Enfin, le numéro deux du site a récemment démissionné, accusant Assange d'autoritarisme.
Grand, mince, poli, le sourire volontiers ironique, Assange pèse chaque mot et semble se plaire à entretenir le mystère autour de lui, ainsi qu'à goûter à la célébrité... Son fil Twitter compte 165 005 abonnés (au 24 octobre 2010) mais lui ne suit personne !

Quels sont les scoops de WikiLeaks ?

Parmi les cibles épinglées, on trouve des informations très variées : le blanchiment d’argent opéré par la banque suisse Julius Baer (en procès avec le site), la faillite frauduleuse de la banque islandaise Kaupthing, la pollution mortelle de la société Trafigura en Côte d’Ivoire, la corruption de membres du pouvoir au Kenya, ou encore les violations des droits de l’homme de l’administration américaine dans le camp de prisonniers de Guantanamo à Cuba.
Mais le premier scoop « grand public » du site est la vidéo prise par la caméra d'un hélicoptère militaire d'une bavure de l'armée américaine à Bagdad en 2007. Il est publié en avril 2010. Les images font le tour du monde et en s'attaquant ainsi à la première puissance mondiale, WikiLeaks prend de l'importance.


En juillet 2010, le site publie 90 000 documents américains sur la guerre menée en Afghanistan. Certains n'hésitent pas à comparer ce scoop avec les fameux « Pentagon papers » du New York Times. Pourtant, pas de révélation fracassante dans ces documents, mais la simple réalité crue du bourbier afghan. Cette fois, le barnum médiatique est savamment orchestré : WikiLeaks confie les documents en avant-première à un trio de médias renommés (The Guardian, Der Spiegel et The New York Times).
 

WikiLeaks, un site d'information d'un nouveau genre

Vendredi 21 octobre 2010, WikiLeaks livre 400.000 rapports sur « l'histoire secrète » de la guerre en Irak, qui racontent par le menu détail le sombre quotidien de la guerre (voir encadré). Là encore, le site piloté par Julian Assange s'est offert la caution et la coopération d'autres médias célèbres - Le New York Times, The Guardian, le Monde, Der Spiegel et un site, The Bureau of Investigative Journalism - pour décortiquer les pièces du puzzle. Et cette fois WikiLeaks a aussi pris ses précautions : les différents rapports sont parsemés d'acronymes et de trous, afin de masquer l'identité des personnes impliquées, de faire disparaitre les informations personnelles, ou d'éviter toute localisation.

Dernière révélation en date, le 28 novembre 2010, WikiLeaks dévoile 250 000 câbles diplomatiques américains. Ces « statelogs » offrent « un panorama inédit des négociations d'arrière-salle telles que les pratiquent les ambassades à travers le monde », observe le New York Times, auquel Wikileaks a donné accès aux câbles secrets comme à nombre d'autres titres de référence de la presse du monde entier.
WikiLeaks, un site d'information d'un nouveau genre


StateLogs : les câbles publiés par WikiLeaks proviennent d'un circuit internet secret

29.11.2010Par AFP
La correspondance diplomatique que le site WikiLeaks a diffusé provient du système de communication utilisé par le département de la Défense américain et le département d'Etat, écrit l'hebdomadaire allemand Der Spiegel.

Une partie des documents provient du système SIPRNet (Secret Internet Protocol Router Network), auquel ont accès quelque 2,5 millions de fonctionnaires américains, sur des ordinateurs agréés dont les procédures d'accès sont modifiées environ tous les 150 jours, précise l'hebdomadaire allemand, l'un des cinq médias dans le monde à bénéficier de la primeur de ces documents. Les documents « top secret » ne transitent pas par le réseau SIPRNet, mais ils sont eux-mêmes accessibles à 850.000 américains, ajoute le magazine.

Les révélations de WikiLeaks concernent 251.287 documents envoyés par des diplomates américains à Washington et 8.000 directives du gouvernement américain vers les ambassades. Seulement 6% des documents publiés, soit 15.652 dépêches, sont classés « secrets », dont 4.330 « à ne pas communiquer à des étrangers ». Environ 40% sont classés « confidentiels » et la majorité ne porte aucune mention restrictive. A l'exception d'un document remontant à 1966, la plupart ont été envoyés entre 2004 et fin février 2010, date à laquelle, pour une raison inconnue, la source de WikiLeaks a cessé de transmettre.

L'hebdomadaire allemand se montre très prudent sur leur exploitation car il ne sait ni « dans quelles circonstances l'informateur de WikiLeaks a pu les copier », ni si les documents représentent toute la production ou s'il s'agit « d'une sélection de documents opérée selon des critères que nous ignorons ». De même, l'absence de documents « top secret » peut s'expliquer soit par le fait que l'informateur n'y a pas accès, soit parce qu'il n'a pas souhaité le faire, pour brouiller les pistes sur son identité, par exemple.

Si les dépêches diplomatiques sont compréhensibles par tous, car elles ne sont généralement pas rédigées dans l'urgence, leur exactitude reste incertaine. « Les auteurs n'hésitent pas à rapporter le moindre ragot ou bruit de couloir » dans ces dépêches, rédigées dans l'idée qu'elles ne seront pas rendues publiques avant 25 ans, écrit l'hebdomadaire.

Qu'y a-t-il dans les WarLogs irakiens ?

24.10.2010Par AFP
Annoncé comme la "fuite la plus importante de documents militaires confidentiels de l'Histoire", WikiLeaks publie 391.832 "SIGACT" ("Significant Action in the War", rapports d'incidents) écrits par des soldats américains lors de la guerre en Irak de janvier 2004 à fin 2009.

- PERTES CIVILES:
Les documents établissent la mort de 109.032 personnes en Irak, y compris 66.081 civils (dont 15.000 qui n'avaient "jusqu'à présent jamais été révélés"), 23.984 "enemis", 15.196 membres des forces irakiennes et 3.771 soldats alliés.

-TORTURE:
Dans ce que le fondateur du site, Julian Assange, a appelé "un bain de sang", les fichiers montrent que l'armée américaine avait connaissance de nombreux cas de mauvais traitements par les forces irakiennes mais qu'elle a fermé les yeux. Dans un fichier, un détenu affirme "avoir été battu avec un câble par la police irakienne deux nuits consécutives". Un autre dit avoir eu "les plantes des pieds frappées avec un objet".
Mais les abus ne sont pas le privilège des Irakiens. Le fondateur de WikiLeaks a évoqué "plus de 300 cas documentés de torture commise par les forces de la coalition, non seulement (dans la prison) d'Abou Ghraïb mais partout".
Des viols et des meurtres perpétrés par les forces irakiennes ont également été constatés par l'armée américaine mais aucune enquête n'a suivi.

- AUTRES CRIMES DE GUERRE:
Les forces américaines ont tué six à sept cents civils aux postes de contrôle établis à travers l'Irak, ou lors de tirs visant par erreur des civils. Un hélicoptère américain a tué en 2007 deux rebelles qui voulaient se rendre après qu'un avocat de l'armée estime qu'on ne pouvait pas se constituer prisonnier auprès d'un hélicoptère.
Certains fichiers impliquent dans de nouveaux cas de meurtres de civils des agents de la société privée américaine Blackwater, devenue "Xe Services", à la réputation déjà sévèrement entâchée par le rôle qu'elle a joué dans la mort de 14 civils, en 2007 en Irak.

- IRAN:
Les fichiers étayent les accusations américaines selon lesquelles l'Iran entraînait et armait des milices chiites en Irak pour tuer ou enlever des Américains. Selon un rapport, les Iraniens prévoyaient aussi d'attaquer la Zone verte à Bagdad, abritant les principaux bâtiments gouvernementaux irakiens et les ambassades occidentales, à l'aide de roquettes et de véhicules blindés chargés d'armes chimiques.