Z… , Sakineh et les autres

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Tribune de Rachida Azdouz

Spécialiste en relations intercultuelles à l'université de Montréal et d'origine marocaine

Sa beauté époustouflante, sa grâce divine, sa voix gouailleuse, son odeur qui se confondait avec celle des rosiers sauvages de notre jardin. Avec toute cette agitation autour de la maison, et ce nom murmuré comme le mauvais sort que l’on conjure, j’avais compris que je ne reverrai plus jamais Z, la belle de jour qui rendait visite à ma mère, tous les vendredi. Le temps d’échanger confidences et fous-rires, entre deux gorgées de thé et une bouchée de gâteau aux amandes, avant d’enfourcher son vélosolex et de rouler vers ses 19 ans, sans peur et sans reproches.

LE DESTIN DE Z

« Z sortait tard le soir , ca l’a beaucoup fatiguée , on va lui donner son bain et la coucher pour qu’elle repose auprès des siens, les oiseaux du paradis. » Elle était comme ça ma grand-mère : sans détours ni fioritures, une femme du terroir, plus portée sur les réponses que sur les questions.

Le destin de Z s’est écrasé sur le trottoir de l’immeuble familial, un dimanche à l’aube : suicide d’honneur, pour échapper à la honte, au courroux parental, au lynchage social. On ne sut jamais le fond de l’histoire, mais les vautours se chargèrent de tisser un faisceau de présomptions, transformant la banale histoire d’amour qui tourne mal en sordide affaire de mœurs, mêlant drogue, sexe et luxure .

Son père, brisé par le chagrin et la culpabilité, s’est battu pour que sa fille ait droit à une sépulture décente, un iman dévoué a récité la prière de l’absent, bravant les gardiens du temple de l’absurde et leurs mises en garde apocalyptiques .

C’était il y a très longtemps, très loin d’ici.

Sakineh et Z. : deux histoires singulières mais un destin commun, une tragédie d’un autre âge perdue dans les colonnes de l’actualité. Un homme et une femme : la femme doit mourir et l’homme doit fuir . Pas de héros, que des victimes et des bourreaux. Des morts et des blessés, des familles décimées et la meute déchainée qui lapide sans autre forme de procès.

VIVANTE

Z.comme, ?e? / zi « elle est vivante ». Vivante, Sakineh l’est encore, mais pour combien de temps? Combien de siècles, combien de Z, de Sakineh, combien d’agneaux sacrificiels avant que ne cesse la barbarie de ceux qui glorifient le sang des martyrs mais abhorrent la sève de la vie ?

Allah, réveille Toi, ils sont devenus fous.



Les enfants de Sakineh lancent un appel au monde entier

Ne laissez pas notre cauchemar devenir une réalité. Opposez-vous haut et fort à la lapidation de notre mère! Aujourd’hui, nous demandons l’aide du monde entier. Depuis cinq ans, nous vivons dans la peur et l’horreur, privés de la présence réconfortante de notre mère. Le monde est-il assez cruel pour rester insensible à une telle tragédie?

Nous sommes Fasride et Sajjad Mohammadi e Ashtiani, les enfants de Sakineh Mohammadi Ashtiani. Depuis notre tendre enfance, nous éprouvons une grande douleur, car nous savons que notre mère est emprisonnée en attendant de connaître son épouvantable sort. Le mot « lapidation » est tellement horrible pour nous que nous évitons de le prononcer. Nous disons plutôt que notre mère est en danger, qu’elle risque d’être tuée et qu’elle mérite l’aide de tous.

Maintenant que presque toutes les options ont échoué et que l’avocat de notre mère affirme que sa situation est très précaire, nous nous en remettons à vous, citoyens du monde, peu importe qui vous êtes et l’endroit où vous habitez. Nous nous en remettons à vous, peuples de l’Iran, à tous ceux et celles qui ont vécu l’enfer de perdre un être cher.

Aidez-nous à libérer notre mère!

Nous désirons particulièrement joindre les Iraniens qui vivent à l’étranger.?Aidez-nous à sortir de ce cauchemar. Sauvez notre mère. Vous ne pouvez imaginer la détresse qui nous accable à chaque instant de notre vie. Les mots ne suffisent pas à exprimer notre crainte…
Aidez-nous à secourir notre mère. Écrivez aux autorités pour leur demander de la libérer. Dites-leur qu’il n’y a aucun plaignant et qu’elle n’a rien fait de mal. Notre mère ne mérite pas de mourir. Y a-t-il quelqu’un qui peut nous entendre et nous venir en aide?

Fasride et Sajjad Mohammadi e Ashtiani