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Zika : et si un insecticide était responsable des microcéphalies au Brésil ?

La petite Lara, trois mois, est née avec une malformation neurologique. Elle est examinée dans un hôpital de l'Etat de Paraiba, le 12 février 2016.
La petite Lara, trois mois, est née avec une malformation neurologique. Elle est examinée dans un hôpital de l'Etat de Paraiba, le 12 février 2016.
AP Photo/Felipe Dana

Depuis le début de l’épidémie, le ministère de la Santé brésilien –pays le plus touché par le virus zika- a établi un lien entre la maladie et les nombreux cas de graves malformations crâniennes, dont souffrent les nourrissons nés de femmes contaminées pendant la grossesse. Mais des médecins brésiliens et argentins  pointent du doigt un insecticide fabriqué par un laboratoire japonais.

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Le 1er février dernier, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) décrétait une « urgence de santé publique de portée mondiale ». Sa directrice, Margaret Chan, déclarait « qu’il était nécessaire de poursuivre les investigations » et mieux comprendre la relation entre le virus zika et l’apparition des malformations crâniennes chez les nouveaux nés.

Membres du Réseau universitaire de l’environnement et de la santé REDUAS (Red universitaria de ambiente y salud), des médecins argentins ont suivi le conseil de l’OMS. En se basant sur une récente publication de leurs confrères brésiliens de l'Abrasco - une organisation de veille sanitaire indépendante - ils ont observé de plus près l’environnement socio-économique des victimes, ainsi que la réponse des autorités sanitaires brésiliennes face au virus. Et ce, sans pour autant écarter le lien direct entre ces insectes et la microcéphalie puisque des tests scientifiques tendent à corroborer cette hypothèse.

Zika et pauvreté

Dans le Pernambuc, au moins 4 000 enfants, nés en 2015, sont atteints d’une malformation congénitale, notamment de microcéphalie. Situé dans le nord-est du Brésil, cet Etat se trouve dans la région la plus touchée par le virus. Ses habitants y vivent dans des conditions sanitaires déplorables et manquent d’eau courante. Ils stockent donc l’eau potable dans des conteneurs de fortune où les moustiques se reproduisent allègrement.

Pour y remédier, les autorités brésiliennes versent dans l’eau du pyroproxyfen. Une méthode promue par l’OMS, selon les médecins. Fabriqué par un partenaire du géant Monsanto, le japonais Sumitomo, ce puissant insecticide interfère avec le processus de formation de la larve du Aedes Aegypti, porteur du virus zika. Résultat : le moustique est malformé et mis ainsi hors d’état de nuire, en théorie.
 
« Ce n’est donc pas une coïncidence si les enfants naissent avec des malformations dans des régions où leurs mères boivent de l’eau contaminée avec du pryriproxyfen », note Medardo Avila Vazquez, auteur du rapport. « L’Etat brésilien ne peut pas l’ignorer », ajoute-t-il en arguant qu’en Colombie, où le virus fait également des ravages, aucun cas de microcéphalie n’a été détecté pour l’instant.
 
« L’Organisation panaméricaine de la santé, l’OMS, les experts en épidémiologie, les chimistes et les politiques oublient que le développement de l’embryon humain est similaire au développement du moustique qu’on tente d’éradiquer avec le pryriproxyfen. Ils prétendent ignorer ainsi que nous partageons 60% de notre ADN avec le Aedes Aegyptie », s’insurge le médecin.
 

"Un pays est plus fort qu'un moustique", peut-on lire sur ce panneau installé par des soldats de l'armée brésilienne, le samedi 13 février 2016.
"Un pays est plus fort qu'un moustique", peut-on lire sur ce panneau installé par des soldats de l'armée brésilienne, le samedi 13 février 2016.
AP Photo/Silvia Izquierdo

Épandage nocif

A cette méthode s’ajoute une autre bien plus nocive, selon l’étude argentine. Par le biais de l’épandage, les autorités brésiliennes s’attaquent aux moustiques avec un composant potentiellement cancérigène appelé le Malathion. Encore un produit chimique qui affecte le développement du cerveau du fœtus et élimine, au passage, des prédateurs naturels du moustique. Cet insecticide neurotoxique a été interdit en Europe.
 
Les médecins brésiliens de l'Abrasco,  de leur côté, épinglent « 40 ans de politiques ratées de fumigation » et le rôle très actif du lobby de pesticides dans la prise de décision des agences de santé. L’épandage n’est pas la solution pour combattre ce moustique, concluent-t-ils. Ce n’est pas non plus viable de lâcher des moustiques génétiquement modifiés dans la nature, font-ils remarquer : « Le laboratoire anglais Oxitec vend des moustiques mâles qui sont censés décimer la population d’Aedes en transmettant un gène fatal à leur progéniture quand ils se reproduisent avec les femelles de cette espèce ».
 
Au Brésil, au moins 15 millions de moustiques OGM ont été libérés. Mais l’effet escompté tarde à venir. Là où des enquêtes de terrain ont été réalisées, les femelles n’acceptent pas les mâles créés par Oxitec. Résultat : la population de moustiques augmente dans les régions les plus pauvres. Des moustiques qui ont besoin de se nourrir et qui propagent ainsi le zika, mais aussi la dengue et le chikungunya, à vitesse grand V.

Comment combattre le zika ?

Les médecins argentins ainsi que leurs collègues brésiliens prônent un plan intégral qui, au lieu de répandre des produits chimiques nocifs, lutterait contre la pauvreté et s’intéresserait aux conditions de vie indignes des populations touchées, notamment en assainissant l’approvisionnement d’eau. Les scientifiques plaident surtout pour une plus grande prise de conscience de la population. En clair, vaincre le zika revient à vaincre les inégalités. Une approche moins expéditive que celle prônée par les autorités brésiliennes, qui, à quelques mois des Jeux olympiques de Rio, font tout pour préserver l’image du pays.

Article modifié le 16/02/16 à 16h11 :

« Monsanto souhaite répondre aux allégations diffusées depuis vendredi dans les médias sur un potentiel lien entre Monsanto, Zika et la microcéphalie ; il s’agit là d’une rumeur infondée voire de la désinformation.
Voici quelques faits concrets et étayés :
- Ni Monsanto ni ses produits commercialisés n’ont un lien avec le virus Zika ou la microcéphalie ;
- Monsanto ne fabrique ni ne vend de pyriproxyfène ;
- Monsanto ne possède pas la société Sumitomo; il ne s’agit aucunement d’une filiale. Sumitomo est un partenaire de Monsanto parmi d’autres dans le domaine de la protection des cultures.
- Le glyphosate n’est aucunement lié au virus Zika ou à la microcéphalie.
- Les OGM ne jouent également aucun rôle dans le virus Zika ou la microcéphalie.
Le virus Zika est un phénomène tragique pouvant avoir de graves conséquences pour la santé humaine. En tant que compagnie engagée dans la recherche scientifique afin de répondre à certains des plus grands défis de l’agriculture de demain, Monsanto supporte tous les efforts pour lutter contre cette crise sanitaire. Nous espérons que tous ces efforts s’appuieront sur des faits, pas sur des rumeurs. »