France : polémique autour de l'“apartheid“ de Manuel Valls

Le mot est fort : "apartheid". Et la formule brutale : "apartheid territorial, social et ethnique". C'est l'expression utilisée par le Premier ministre Manuel Valls qui a évoqué dans ses voeux à la presse la situation dans les banlieues françaises. Son propos a suscité une vive polémique depuis mardi 20 janvier. Nos invités en débattent sur le plateau de 64 minutes. 

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En plateau : Rokhaya Diallo, journaliste, chroniqueuse radio et télé, elle est aussi activiste féministe, altermondialiste et anti-raciste. 

A ses côtés sur le plateau de 64 minutes : Noël Mamère, député Europe Ecologie les Verts, auteur également du livre Contre Zemmour. Réponse au "Suicide français" (Editions Les petits malins).
France : polémique autour de l'“apartheid“ de Manuel Valls

21.01.2015Avec AFP
Mardi 20 janvier, lors de ses voeux à la presse, le Premier ministre Manuel Valls a usé dans son discours d'un mot qui fait débat. Faisant référence aux émeutes qui ont éclaté en 2005 en banlieue parisienne, le chef du gouvernement français déclare : "Qui aujourd'hui s'en rappelle ? Et pourtant les stigmates sont toujours présents. La relégation périurbaine, les ghettos, ce que j'évoquais en 2005 déjà - un apartheid territorial, social, ethnique - qui s'est imposé à notre pays", a-t-il déclaré hier.  

Manuel Valls s'était déjà emparé de cette expression en 2005 dans un livre d'entretiens intitulé La Laïcité en face alors qu'il était encore maire d'Evry (en région parisienne). Il affirmait déjà : "J'ai même parfois parlé d'apartheid, car c'est vraiment le sentiment que l'on peut avoir dans certains endroits."

Ses propos arrivent près de deux semaines après les attentats de Paris à Charlie Hebdo et Porte de Vincennes qui ont entraîné la mort de 17 personnes tuées par trois suspects : les frères Chérif et Saïd Kouachi se réclamant d'Al-Qaida au Yémen et Amedy Coulibaly qui disait agir pour le groupe Etat islamique. Ces attentats ont soulevé en France tout un débat sur l'origine de la radicalisation de ces djihadistes qui pour certains viennent de banlieue.  

Après les propos de Manuel Valls, les critiques et les réactions de la classe politique ne se sont pas faites attendre. Nathalie Kosciuzko-Morizet, vice-présidente déléguée de l'UMP a critiqué l'emploi de ce mot "apartheid" (voir définition ci-dessous) qu'elle trouve "insultant pour la République". Le secrétaire général de l'UMP Laurent Wauquiez y est aussi allé de son commentaire sur son compte Twitter lors de la session parlementaire ce mercredi 21 janvier : 

Non, la France n’est pas Soweto, M. Valls, la France n’est pas raciste, la France n’est pas l’apartheid #QAG #DirectAN

— laurent wauquiez (@laurentwauquiez) January 21, 2015

Le vice-président du Front national Florent Philippot a, lui, accusé le Premier ministre de "jeter de l'huile sur le feu". Du côté du Parti socialiste, Bruno Le Roux, président du groupe à l'Assemblée et député de Seine Saint Denis a déclaré : "ça veut dire dire qu'il y a des endroits dans nos villes aujourd'hui, dans nos banlieues, dans un certain nombre de parties du territoire où l'on s'organise en laissant beaucoup trop de place à ceux qui combattent la République, à ceux qui font de l'obscurantisme (...).

Pour François de Rugy, coprésident des députés écologistes: "le mot "apartheid" est extrêmement fort, (...) n'est pas adapté, le terme "ghetto" est beaucoup plus juste". 

Le terme employé par le Premier ministre ne soulève donc pas seulement des critiques sémantiques mais aussi des réflexions plus profondes sur la réalité de certains quartiers en France, l'éducation, la politique de la ville, ... Nos invités du 64 minutes en débattent sur notre plateau. Pour la journaliste et activiste Rokhaya Diallo : "Le débat a été très orienté sur l'islam" mais "ils (les personnes impliquées dans ces actes de terroristes, ndlr) sont le produit de réalités sociales françaises." Elle fait plus tard cette observation : "La France ne reconnaît pas ses minorités." Pour Noël Mamère, député Europe Ecologie les Verts, un déni vient de tomber au travers des propos du Premier ministre. Il parle d'une "responsabilité collective que nous avons." 

Définition

"Apartheid" vient du mot afrikaans "séparation" et du néerlandais "apart" : à part, séparé. Selon le dictionnaire Le Robert, ce mot signifie:  ségrégation des populations basée sur le critère de la couleur de la peau, en Afrique du Sud. Cette ségrégation a été pratiquée officiellement jusqu'en 1990.