Syrie : ces réfugiés qui meurent de froid

Au Liban, dans la vallée de Bekaa, un enfant enlève la neige près de sa tente dans un camp de réfugiés ©UNICF/Lebanon/Alessio Romenzi
Au Liban, dans la vallée de Bekaa, un enfant enlève la neige près de sa tente dans un camp de réfugiés ©UNICF/Lebanon/Alessio Romenzi

En plus de la guerre qui sévit dans leur pays depuis plus de quatre ans, les déplacés et réfugiés syriens font face à une vague de froid. Les enfants en sont les premières victimes. Ils meurent d’hypothermie dans leurs habitats de fortune qui croulent sous la neige dans les camps de réfugiés au Liban notamment. 

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Syrie : ces réfugiés qui meurent de froid

19.01.2015Par Léa Baron
L'hiver n'a jamais été aussi rude depuis le début du conflit en Syrie en 2011. Les déplacés et les réfugiés qui fuient la guerre sont rattrapés par le froid de ces derniers jours. Le thermomètre est descendu en dessous de zéro dans certaines régions syriennes ainsi qu’au Liban voisin où plus d’1,1 million de Syriens ont trouvé refuge. « Il y a actuellement des températures de moins 11 degrés », explique Christophe Boulierac, porte-parole du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) à Genève. « Beaucoup de familles vivent aujourd’hui dans des tentes, des immeubles inachevés. » 


Au cœur des zones rebelles, les Syriens souffrent du manque de nourriture et de médicaments. Impossible également de bénéficier d’infrastructures qui sont démolies ou endommagées par les combats. « Parfois, en Syrie, ça prend des proportions alarmantes pour les enfants », souligne Christophe Boulierac.

Nouveaux nés

En Syrie ou au Liban, les enfants sont, en effet, les premiers à mourir d’hypothermie dans ces conditions de vie rudimentaires. Surtout les nouveaux nés. L’un d’eux n’a pas vécu deux jours. 

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), onze personnes dont sept enfants seraient ainsi décédées dans les zones rebelles syriennes. L’UNICEF avance que cinq enfants sont décédés dans la région de Damas « mais il y en a probablement plus », reconnaît  Christophe Boulierac. Un enfant est également mort avec son père en franchissant la frontière entre la Syrie et le Liban, dans la vallée de la Bekaa. 

Au Liban, des réfugiés ont perdu la vie par manque de chauffage dans les tentes qui les abritent chichement. « Nous avons aussi des retours de certains hôpitaux qui font état d’une augmentation du nombre d’infections respiratoires graves chez les enfants en raison des conditions climatiques », raconte Christophe Boulierac. En plus des chutes de neige, des camps sont aussi inondés. 

Au Liban, dans la vallée de la Bekaa, deux soeurs (Rimas à gauche et Suraya à droite) viennent d'Alep ©UNICF/Lebanon/Alessio Romenzi
Au Liban, dans la vallée de la Bekaa, deux soeurs (Rimas à gauche et Suraya à droite) viennent d'Alep ©UNICF/Lebanon/Alessio Romenzi
Kits d'hiver

Les organisations humanitaires internationales sont mobilisées. « Nous sommes en train d’intensifier notre assistance à ces enfants », souligne le porte-parole de l’UNICEF. 

Des kits d’hiver ont été distribués contenant des vêtements chauds, des bons permettant d’acheter sur le marché local, des couvertures et des systèmes de chauffage. En soutien au ministère de l’Education syrien, l’UNICEF a également fourni « des cuves de carburant et des radiateurs dans 65 écoles pour que 40 000 enfants et environ 1400 enseignants puissent travailler dans des conditions décentes », résume Christophe Boulierac. « Notre objectif c’est de réchauffer 583 écoles en Syrie, mais aussi au Liban. » 

Actuellement, 916 000 enfants bénéficient de l'aide de l’UNICEF en Syrie, en Irak, au Liban, en Jordanie et en Turquie mais 1,3 million d’enfants syriens déplacés et réfugiés dans les pays limitrophes ont besoin d’aide selon l’organisation. « Mais nous n’avons pas d’argent pour combler la différence », reconnaît le porte parole. 

Le jeune Syrien Yusuf, 11 ans ©UNICEF/Turkey-2015/ Ayberk Yurtsever
Le jeune Syrien Yusuf, 11 ans ©UNICEF/Turkey-2015/ Ayberk Yurtsever
Appel de fonds

L’UNICEF cherche des fonds tout comme le Programme alimentaire mondial (PAM) en décembre dernier, qui menaçait alors d’arrêter ses distributions. Faute d’argent. Mi décembre, l’ONU et ses partenaires ont lancé un appel de fonds de 8,4 milliards de dollars face à une situation qui se dégrade. 

Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres en faisait état le 18 décembre dernier dans un communiqué : « La guerre s'aggrave en Syrie et la situation humanitaire se prolonge. Les réfugiés et les personnes déplacées ont épuisé leurs économies et leurs ressources, les pays hôtes sont au bord de la rupture. »

Plus de 3 millions de Syriens ont fuit leur pays depuis le début du conflit partant pour des pays limitrophes comme la Turquie et le Liban.