Manuel Valls : discours devant l'Assemblée nationale

Le chef du gouvernement français Manuel Valls s'est exprimé ce mardi devant l'Assemblée nationale. Retrouvez l'intervention complète du Premier ministre  

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Manuel Valls : discours devant l'Assemblée nationale

 D'un seul coeur, les députés et ministres présents à l'Assemblée nationale ont entonné la Marseillaise après avoir respecté une minute de silence pour la séance d'hommage aux 17 victimes des attentats parisiens.

Après un discours du président de l'Assemblée et de députés, le Premier ministre Manuel Valls a pris la parole à la tribune pour déclarer : "le peuple français, une fois encore, a été à la hauteur de son histoire", en référence aux mobilisations en masse après les attentats de la semaine dernière.

"Dans l'épreuve notre peuple s'est rassemblé (...) Il a marché dans la dignité, la fraternité, pour crier son attachement à la liberté, et pour dire un "non" implacable au terrorisme, à l'intolérance, à l'antisémitisme, au racisme. Et aussi à toute forme de résignation et d'indifférence." 
"Paris était la capitale universelle de la liberté, et de la tolérance", a-t-il lancé. "Les soutiens, la solidarité venus du monde entier ne s'y sont pas trompés : c'est bien l'esprit de la France, sa lumière, son message universel, que l'on a voulu abattre. Mais la France est debout."

Face au terrorisme, la France doit prendre des "mesures exceptionnelles" mais "jamais des mesures d'exception".
"Oui la France est en guerre contre le terrorisme, et le djihadisme radical. (...)
La France n'est pas en guerre contre une religion. La France n'est pas en guerre contre l'islam et les musulmans
."

Le Premier ministre a rendu hommage au travail des forces de l'ordre. "Je voudrais saluer le très grand professionnalisme, l'abnégation, la bravoure de toutes nos forces de l'ordre : policiers, gendarmes, unité d'élite." Un hommage auquel tout l'hémicycle a répondu par des applaudissements nourris pendant plusieurs minutes.
Le Premier ministre a tenu à remercier son ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, également applaudi par l'hémicycle.

Manuel Valls a annoncé que 122 000 personnes sont aujourd'hui affectées à la protection permanente des "points sensibles et de l'espace public".
Le chef du gouvernement demande à Bernard Cazeneuve des propositions dans les "huit jours" concernant le contrôle d'internet.
 


Les mesures antiterroristes proposées par Manuel Valls

- Renforcement des services du renseignement intérieur et de la juridiction antiterroriste:

"Tirer des leçons" des attentats de la semaine dernière, "c'est d'abord prendre conscience que la situation change en permanence et que les services en charge du renseignement intérieur et la juridiction anti-terroriste doivent être régulièrement renforcés", a déclaré le Premier ministre.


. Il faut affecter "les moyens nécessaires pour tenir compte de (la) nouvelle donne", a-t-il dit, relevant que "sans renforcement très significatif des moyens humains et matériels, les services de renseignement intérieurs pourraient se trouver débordés". Il a estimé qu'on "dépasse les 1.250 individus pour les seules filières irako-syriennes" et cité les "autres théâtres d'opération au Sahel, Yémen, Corne de l'Afrique, zone afghano-pakistanaise".


. M. Valls a demandé d'"aller plus loin" dans le renforcement des services de renseignement, après la réforme DCRI (Direction Centrale du Renseignement Intérieur) en DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure) en 2013. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve est chargé de faire des propositions "dans les huit jours" concernant le contrôle d'internet, mais aussi "les réseaux sociaux, plus que jamais utilisés pour l'embrigadement, la mise en contact et l'acquisition de techniques permettant de passer à l'acte".
                  
- Système PNR (Passenger name record: données des dossiers passagers): 
Le dispositif français en vue de la mise en place d'un système européen sur les échanges de données des passagers européens (PNR) sera prêt en septembre 2015. 
Appel solennel au parlement européen pour qu'il vote ce système actuellement gelé dans cette instance.
                  
- Mesures préventives face aux phénomènes de radicalisation
Création d'un fichier des personnes condamnées pour terrorisme ou "membres de groupes de combat", qui "obligera les personnes condamnées à des faits de terrorisme ou ayant intégré des groupes de combat terroristes à déclarer leur domicile et à se soumettre à des obligations de contrôle".
A l'heure actuelle, les personnes soupçonnées de terrorisme dans le cadre d'une enquête judiciaire peuvent figurer dans le seul fichier des personnes recherchées avec la fiche Sûreté de l'Etat.
Les ministres Christiane Taubira (Justice) et Bernard Cazeneuve (Intérieur) doivent "étudier les conditions juridiques de mise en place" de ce nouveau fichier.
                  
- Univers carcéral
Surveillance des "détenus considérés comme radicalisés" dans des "quartiers spécifiques" créés au sein d'établissements pénitentiaires, d'ici à fin 2015.
Il faut "accroître nos efforts" pour renforcer l'action des  services de renseignement de l'administration pénitentiaire. 
Donner "un cadre clair" à l'intervention "dans nos prisons, des imams, comme des aumôniers de tous les cultes" et "parvenir à une réelle professionnalisation".
                  
- Développer le renseignement au sein de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ)
Créer "au sein de la direction de la PJJ une unité de renseignement". 
"Une formation de haut niveau sera dispensée aux services de la PJJ."
                  
Sur ces axes de travail, la garde des Sceaux Christiane Taubira est chargée de faire des propositions "dans les jours qui viennent"