Un petit tour et puis s'en vont

Au Guatemala, pas moins de 6 femmes, dont le prix Nobel de la paix Rigoberta Menchu, se sont présentées à l'élection présidentielle. Du jamais vu ! Toutes sauf une ont cependant été éliminées au premier tour.

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Il ne restera que Roxana Baldetti comme candidate à la vice présidence du Guatemala, sur un ticket de droite mené par un ancien général, lors du deuxième tour de la présidentielle, le 6 novembre prochain. En effet, toutes les autres femmes, candidates au poste de présidente ou de vice-présidente, ont été éliminées au premier tour, le 11 septembre dernier. Pourtant, elles étaient nombreuses : sur un total de 10 postulants aux deux postes, six étaient des femmes, dont Rigoberta Menchu, prix Nobel de la paix 1992, pour un parti de gauche. Du jamais vu dans l'histoire du pays ! Lors du précédent scrutin, en 2003, une seule femme s'était en effet présentée.

Les choses avancent, donc, dans ce petit pays d'Amérique Centrale, qui a connu plus de 30 ans de guerre civile, jusqu'au milieu des années 1990. Mais encore à petits pas. Si les femmes se sont plus largement inscrites (52%) sur les listes électorales pour cette consultation qu'en 2003 (elles n'étaient que 44% à l'époque), les perspectives politiques et économiques des femmes restent très limitées. Ainsi, elles sont majoritairement actives (73%) dans le secteur informel. Autrement dit, pas de protection sociale, pas de droits, seulement des salaires de misère. Pas étonnant puisque les femmes sont particulièrement lésées en matière d'éducation. Pour l'heure, selon un rapport de 2007 de l'institut de recherche international Population Council, à 7 ans, seules 54% des petites filles mayas vont à l'école, contre 71% des petits garçons du même groupe de population. En revanche, parmi les petites filles métisses, 75% vont à l'école. Sur les 14 millions de Guatémaltèques que compte le pays, au moins 40% sont des Indiens.

Enfin, il n'y a pour le moment aucune ministre femme, seulement 19 parlementaires femmes sur 158 élus et une seule juge à la cour suprême, alors que les militantes féministes cherchent, depuis plus de dix ans et sans succès, à imposer un système de quota pour les postes de ministres ou de hauts fonctionnaires, à l'image de ce qui se pratique au Costa Rica, présidé actuellement par une femme, Laura Chinchilla, au Honduras ou au Panama, trois pays d'Amérique centrale qui ont adopté un système de quota pour promouvoir la participation des femmes à la vie politique.

Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier. 

Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.