Les Américaines marquent enfin des points sur le marché du travail

Les femmes trouvent de nouveau de l'embauche aux Etats-Unis. Mais elles sont, toujours et encore, moins payées que les hommes à travail égal.

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Des demandeuses d’emploi dans un centre d’orientation professionnelle en Floride, décembre 2010 (Reuters).
Des demandeuses d’emploi dans un centre d’orientation professionnelle en Floride, décembre 2010 (Reuters).
En 2008, la crise économique et financière avait été dévastatrice pour l'emploi américain. Les hommes avaient payé le prix fort : licenciés les premiers et en masse. Pour la « bonne » (ou mauvaise) raison qu'ils  coûtaient plus cher que les femmes, leur salaire étant, dans tous les secteurs, plus élevé que celui des femmes... Puis, à
mesure que la crise perdurait, les femmes ont elles-mêmes subi le chômage.

Alors qu'une amélioration - toute relative - se fait jour ces derniers mois sur le marché de l'emploi aux Etats-Unis, les femmes restaient pénalisées. On réembauchait, certes, mais les hommes d'abord. Licenciées en dernier, les femmes étaient également les dernières à rejoindre le monde du travail.

La tendance s'inverse

De fait, s'ils avaient effectivement perdu plus d'emplois que les femmes, les hommes en avaient regagné bien plus : 1,8 million de postes gagnés, par rapport à un total de 6 millions perdus entre décembre 2007 et janvier 2010  (époque à laquelle l'emploi a commencé à repartir), contre 465 000 postes gagnés pour les femmes, par rapport à un total de  2,7 millions de jobs perdus. Autrement dit, quand les hommes regagnaient 30% de leurs postes perdus, les femmes n'en récupéraient que 17%.

Or voici enfin que cette tendance pénalisante pour les femmes commence à s'inverser ! Les derniers chiffres officiels sur l'emploi américain sont en effet encourageants : sur un total de 80 000 emplois nets créés en octobre, pas moins de 66 000 sont allés à des femmes. Mieux, les chiffres d'août et de septembre ont été révisés à la hausse, montrant que les femmes avaient profité d'un total de 136 000 embauches sur les deux mois, contre 126 000 seulement pour les hommes.

59% des emplois les moins biens payés sont occupés par des femmes

Reste que si les femmes progressent en matière d'embauche, elles stagnent toujours en terme de salaires. Le fossé entre hommes et femmes ne se résorbe pas. Les femmes, qui représentent environ la moitié du total des salariés outre-Atlantique (en février 2010, elles étaient même devenues majoritaires pour la première fois de l'histoire américaine sur le marché du travail du fait des licenciements masculins massifs) sont encore 59% à occuper emplois les moins bien payés (elles étaient 63% il y a dix ans mais quand même...).

Elles ne sont pas mieux loties dans les bons jobs, d'ailleurs. Selon une récente étude de l'Université de Toronto, les Américaines gagnent, à niveau d'étude quasiment égal (une moyenne de 14,8 années d'études pour les femmes contre 15,4 pour les hommes) 40% de moins que leurs homologues masculins dans la finance et le management. Elles gagnent 25% de moins en architecture (avec respectivement 15,2 et 15,3 années d'études). C'est dans la hi-tech que l'écart est le plus faible : il n'est  « que » de 20% (avec 15,3 et 15,4 années d'études).

Il ne reste qu'une chose à espérer : que l'éducation supérieure, dans laquelle les femmes réussissent aujourd'hui mieux que les hommes, leur ouvre enfin la voie à l'égalité salariale. Mais rien n'est moins sûr....


Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier. 

Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.