Terriennes

Outre-Atlantique, les jeunes femmes retournent à l'école

Si le taux de chômage baisse enfin aux Etats-Unis, c'est surtout parce que les jeunes femmes ont cessé de chercher un emploi et décidé d'obtenir un meilleur diplôme. Reste à savoir si cela sera suffisant pour venir à bout des inégalités entre les deux sexes. 

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Stephanie Coontz.
Stephanie Coontz.
En baisse, à 8,5% en décembre, le taux de chômage américain est trompeur. Ce n'est pas seulement parce qu'il y a eu des créations d'emplois que le pourcentage d'inactifs a reculé en fin d'année dernière. Et ce n'est pas non plus, comme on pouvait le supposer, parce que les hommes d'un certain âge, déçus de ne rien trouver, ont cessé de chercher un poste et été par conséquent rayés des listes.

Non, c'est avant tout parce que les femmes, et en particulier les jeunes, en ont assez de ne se voir proposer que de petits jobs mal payés. Nombreuses sont celles qui ont donc décidé de sortir du marché de l'emploi et de retourner à l'école, histoire d'obtenir un diplôme qui devrait, si tout va bien, dans un an ou deux, leur permettre non seulement de trouver un bon poste, mais en plus, doté d'un meilleur salaire.

Frais de scolarité contre espoir de gagner plus 

Mais voici que les économistes américains se posent des questions. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Les études coûtent souvent cher, très cher, outre-Atlantique et reprendre le chemin du campus peut signifier s'endetter, parfois à hauteur de 100 000, voire 200 000 dollars, pour payer ses études. Autant dire que le poste que ces jeunes femmes visent à la sortie de l'université devra être très bon, puisqu'il faudra bien rembourser.

Mais sera-t-il aussi rémunérateur qu'un poste occupé par un homme ? Le fossé salarial s'est certes réduit depuis les années 60, à mesure que les femmes fréquentaient les universités. Signe, donc, qu'un diplôme est un sésame pour un emploi mieux payé. Mais si les salariées à plein temps ne gagnaient que 41% du salaire d'un homme en 1967, le déséquilibre existe encore.

En 2010, les salariées n'engrangeaient encore que 64% du salaire moyen masculin. Le diplôme a donc ses limites. D'ailleurs, selon les économistes, si un parcours universitaire plus long fait la différence à l'embauche pour un homme, c'est moins vrai pour une femme... D'aucuns vont jusqu'à souligner que pendant qu'elles étudient, ces jeunes femmes fuyant la crise se privent d'une expérience professionnelle supplémentaire...

Moins de corvées à la maison !

Difficile, donc, de savoir quel est le bon choix. Stephanie Coontz, directrice de la recherche au Council on Contemporary Families (Conseil sur les Familles actuelles, un institut de recherche basé à Miami) apporte un espoir : selon une enquête du Conseil, qu'elles travaillent ou non à l'extérieur, plus leur diplôme et leur potentiel salarial sont élevés, plus les femmes obtiennent de l'aide de la part de leur conjoint pour les travaux ménagers. Ce sera déjà cela de gagné pour ces jeunes américaines qui retournent sur les bancs de la faculté.

Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier. 

Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.