Mentors, menteurs !

Le système de "mentoring" pour aider les femmes à gravir les échelons dans les grandes entreprises ne porte pas toujours ses fruits. C'est du "sponsoring" dont elles ont besoin. Comme les hommes.

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Calypso recevant Télémaque et Mentor dans sa grotte - William Hamilton (1791)
Calypso recevant Télémaque et Mentor dans sa grotte - William Hamilton (1791)
De plus en plus formalisé dans les grandes entreprises, le principe du mentoring, par lequel une personne en guide une autre dans sa carrière, a été, ces dernières années, largement appliqué aux femmes. C'est même l'une des pièces maitresses des dispositifs mis en place pour leur promotion. Las ! Le mentoring ne fonctionne pas. C'est en tout cas le résultat d'une étude menée à travers le monde, auprès de nombreuses multinationales, par l'Université d'Harvard et publiée dans la Harvard Business Review de septembre 2010.

Des femmes sur-mentorées...

Se fondant sur le rapport du Forum Economique Mondial selon lequel plus de la moitié des multinationales interrogées déclaraient avoir un programme de mentoring (et 28% un programme spécifique pour les femmes), Harvard est allé voir ce qui se passait après le mentoring. Selon ses calculs, le nombre de promotions obtenues par les hommes bénéficiant d'un mentor sont supérieures (de 15%) aux promotions obtenues par les femmes dans le même cas. En fait, selon l'Université, les femmes sont sur-mentorées, un comble ! Elles sont également sous- sponsorisées. Or c'est le sponsoring qui fait la différence.

...et sous-sponsorisées

Car les mentors font bien des efforts pour que les femmes se connaissent mieux et adoptent un comportement de leader, afin de grimper les échelons dans l'entreprise. Mais, selon Harvard, l'accent est mis sur la psychologie avant tout, et non pas sur une stratégie efficace pour conquérir un poste. Pis, les mentors choisis pour s'occuper des femmes ne seraient pas forcément eux-mêmes des leaders, avec assez d'influence pour effectivement arracher une promotion féminine. Des mentors au rabais, en quelque sorte... Enfin, il existerait - encore et toujours – parmi les mentors, des a-priori sur les capacités des femmes à évoluer... Résultat de tous ces handicaps, les femmes se voient encore trop souvent proposées une évolution latérale - à la place d'une vraie promotion, selon Harvard, tandis que les hommes, eux, sont plus souvent pris en charge par un véritable sponsor, qui se bat pour que son poulain obtienne le poste convoité.

Responsabiliser les sponsors

Comment faire, alors, pour que les femmes bénéficient, au même titre que les hommes, de véritables sponsors, qui identifieraient un poste supérieur et se battraient pour qu'une femme l'obtienne ? On tourne souvent en rond. La relation entre une jeune femme et un homme d'âge plus mur, puisqu'il est à un niveau plus élevé dans l'entreprise, et qui lui servirait de sponsor, peut être pavée d'embûches, bien plus qu'entre deux hommes, remarquent les spécialistes d'Harvard....
Il faut donc que des sponsors, désignés par l'entreprise, soient rendus responsables de la trajectoire professionnelle des femmes sponsorisées grâce à un bilan annuel, avance l'Université. Si les femmes sponsorisées n'obtiennent pas le poste auquel leurs capacités leur donnent droit, le sponsor sera pointé du doigt. Il doit donc les conseiller, mais surtout, faire leur promotion dans les instances supérieures, se battre dans les comités exécutifs pour les faire briller, user de son carnet d'adresse et de son influence pour les aider. Bref, faire en sorte que cette nouvelle solution aie des effets plus spectaculaires que le mentoring tant vanté pour les femmes...

Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier. 

Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.