Les Italiennes espèrent que Mario Monti les fera travailler

Trois femmes au sein du gouvernement Monti nommées au ministère du Travail, de la Justice et  de l'Intérieur : Elsa Fornero, Paola Severino, Anna Maria Cancellieri (photo AFP).
Trois femmes au sein du gouvernement Monti nommées au ministère du Travail, de la Justice et de l'Intérieur : Elsa Fornero, Paola Severino, Anna Maria Cancellieri (photo AFP).

Les vieux réflexes ont la vie dure, mais le nouveau président du conseil italien, Mario Monti, veut en finir avec le patriarcat. Au nom de la croissance économique. 

dans
« Si ce n'est pas maintenant, alors quand ? », demandaient les Italiennes à l'automne dernier. Elles manifestaient pour mettre fin à des années de manque de respect et de discrimination induites par le comportement de Silvio Berlusconi.

Aujourd'hui, elles ont repris espoir. Le nouveau président du conseil des ministres italien, Mario Monti, l'a promis : les femmes doivent être représentées sans attendre dans tous les domaines de la société. A commencer par l'économie.

Egalité bafouée 

Il était temps. Non seulement Berlusconi avait nommé une ancienne mannequin qui avait posé nue au ministère de l'égalité hommes-femmes, signe de son désintérêt pour la question, mais il avait surtout rétabli la possibilité, pour les employeurs, de faire signer une lettre de démission en blanc aux salariées, envoyée dès qu'elle tombaient enceintes !

Ces coups de boutoir avaient fait tomber l'Italie dans les tréfonds du classement publié chaque année par le Forum Economique Mondial sur le fossé hommes-femmes. Classé 67ème en 2008 en matière d'égalité, le pays est tombé à la 74ème place en 2011, derrière le Ghana et le Bangladesh, essentiellement en raison du recul de la participation des Italiennes au marché du travail. Alors qu'en moyenne, 58% des européennes travaillent, les Italiennes ne sont que 46%.

Des femmes aux postes clés 

Mario Monti a d'abord nommé plusieurs femmes à des postes clés dans son équipe, comme au ministère du travail, de la justice ou de l'intérieur. Et alors que le pays doit faire face à une grave crise économique et de la dette, il a ensuite proposé un dispositif visant à faciliter l'embauche des femmes et des jeunes. Selon la presse, son gouvernement réfléchit également à d'autres mesures spécifiques pour aider les femmes à s'affranchir du traditionnel patriarcat italien. On parle notamment de partage des congés parentaux, afin de faire évoluer les mentalités et favoriser l'émancipation des femmes, encore trop souvent cantonnées au foyer.

L'enjeu est de taille : si le nombre d'Italiennes au travail s'approchait de l'objectif de 60%, qui est celui de l'Union Européenne, la richesse du pays progresserait de pas moins de 7%, selon les calculs de la Banque d'Italie.

La ministre du Travail en larmes....

Professeur d'économie à l'université de Turin, Elsa Fornero, nommée ministre de Travail en novembre 2011, s'est taillée une solide réputation. Pourtant, à peine un mois après son arrivée au gouvernement, le 4 décembre 2011, elle ne peut retenir ses larmes en annonçant un plan de rigueur qu'elle considère comme étant des sacrifices nécessaires pour sauver le pays de la crise. Des images qui ont soulevé beaucoup d'inquiétudes et ont été largement commentées par la presse italienne.


Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier. 

Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.