Terriennes

Avec la crise, les femmes vont travailler encore plus... à la maison

Qu'elles travaillent à l'extérieur ou non, les Européennes consacrent, selon les données de l'OCDE, largement plus de temps à organiser la vie de famille et à s'occuper des enfants et de leur éducation que les hommes. Une situation qui les pénalisent dans leur vie professionnelle. Rien de nouveau jusque là. Sauf qu'avec la crise, elles seront encore plus sanctionnées, au travail comme à la maison.

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Seulement 20 minutes en moyenne pour préparer le repas d'un côté, 1 heure 20 de l'autre. Quelque 10 minutes de ménage par jour, contre 40, et enfin, pas moins de 35 minutes à s'occuper des enfants contre 15 : qu'elles travaillent à l'extérieur ou non, les Européennes consacrent, selon les données de l'OCDE, largement plus de temps à organiser la vie de famille et à s'occuper des enfants et de leur éducation que les hommes. Une situation qui les pénalisent dans leur vie professionnelle : considérées (et pour cause !) comme moins disponibles que les hommes, elles ont du mal à obtenir une promotion, une augmentation ou une formation, puisque ces avancées impliqueront le plus souvent la nécessité d'une disponibilité accrue. La conséquence est connue : les femmes reçoivent, en salaire horaire brut, 17% de moins que les hommes en moyenne en Europe, avec le danger d'en pâtir encore plus à la retraite, puisque leur pension sera évidemment versée en fonction de leurs contributions en tant que salariées.

Comme si cela ne suffisait pas, la crise de la dette, avec sa cohorte de restrictions budgétaires, risque de pénaliser davantage les femmes que les hommes - en faisant travailler ces dernières un peu plus encore à la maison, quand elles ne seront pas obligées de passer à un temps partiel ou d'abandonner purement et simplement leur emploi.

En effet, alors que les gouvernements européens rognent dans les services hospitaliers, scolaires (crèches en particulier) et autres avantages, les femmes vont devoir se substituer aux Etats, et effectuer en partie les tâches dévolues auparavant à des professionnels extérieurs. De quoi, au mieux, les priver un peu plus d'une évolution professionnelle, puisqu'elles vont être considérées comme moins disponibles, et au pire, de les priver d'emploi extérieur tout court. De quoi, donc, renforcer les inégalités en matière de revenus, sans oublier l'aggravation du déséquilibre entre vie privée et vie professionnelle.

C'est en tout cas ce qu'a récemment souligné l'Institut Européen pour l'égalité de genre... Certains spécialistes vont même jusqu'à parler de nouveau danger de fatigue, physique et psychologique extrême, bref d'un "burn out" total pour les femmes dans le contexte actuel de la crise.

Que faire contre ce nouveau danger ? Certaines femmes ont déjà commencé à s'organiser, comme en Grèce, avec « l'Initiative des Femmes contre la dette et les mesures d'austérité », un mouvement créé en 2011 et qui manifeste régulièrement pour tenter d'infléchir les mesures d'austérité gouvernementales. Sans succès pour l'instant. Mais elles espèrent bien que d'autres femmes, à travers l'Europe, se joignent à elles à l'avenir. Car, comme le soulignent les Grecques, ce sont, de fait, les femmes qui paient la dette, ce qu'elles considèrent comme le holdup du siècle !

Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier. 

Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.