Le nouveau patron de la banque d'Angleterre redonne de l'espoir aux féministes

Le Canadien Mark Carney s'est ému du projet d'éliminer la seule figure de femme, à part la reine, sur l'un des billets de banque du Royaume. 

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L'ancien banquier central du Canada, Mark Carney, remarqué par ses pairs pour son sans-faute pendant la crise, prend les rênes de la Banque d'Angleterre (photo AFP).
L'ancien banquier central du Canada, Mark Carney, remarqué par ses pairs pour son sans-faute pendant la crise, prend les rênes de la Banque d'Angleterre (photo AFP).
Les féministes britanniques ne décolèreraient pas depuis le mois d'avril, après l'annonce, par la banque d'Angleterre, de son projet d'éliminer la seule femme – excepté la reine, bien sûr - figurant sur un billet de banque du Royaume, pour la remplacer par Winston Churchill. Et voici que le nouveau gouverneur, le canadien Mark Carney, leur redonne espoir.

Entre la menace d'une nouvelle récession et les scandales bancaires, il a certes du pain sur la planche, mais il n'a pas hésité, dans sa première intervention publique, à mentionner l'affaire des billets, pour révéler qu'il en avait parlé en interne dès son premier jour au bureau, le 1er juillet.

En mémoire d'Elizabeth Fry

Si le projet de la banque centrale a suscité l'émoi des féministes, c'est parce qu'il s'agit, d'une part, d'éliminer le portrait d'Elizabeth Fry - une philantrope du 19ème siècle qui s'est notamment attachée à améliorer le sort des détenus dans les prisons - figurant sur les billets de cinq livres (les plus utilisés, selon les spécialistes) depuis 2001, pour le remplacer, d'autre part, à horizon 2016, par celui de Winston Churchill, héros britannique certes, mais qui n'a pas hésité, au début du 20ème siècle, à se prononcer contre le droit de vote des femmes ! « Si nous donnons le droit de vote aux femmes, cela signifiera la fin de la structure sociale actuelle et l'émergence de toutes sortes de causes progressistes. Représentées par leurs pères, leurs frères, leurs maris, les femmes sont très bien comme cela », avait-il déclaré... 

Si les choses ont évidemment changé depuis les commentaires de Churchill, on peut quand même se demander quelle est la place des femmes dans la société britannique. Elles votent, certes, mais ne représentent qu'un cinquième de la Chambre des Lords, et moins d'un quart des parlementaires élus à la Chambre des Communes.

Elles travaillent, certes, mais parmi les salariés qui subissent plus qu'ils ne choisissent un emploi à mi-temps (plus des trois-quarts sont des femmes). Et quand elles travaillent à plein temps, leur salaire hebdomadaire moyen n'est que de 445 livres, contre 538 pour un homme. En outre, elles ne sont que 32% à être manageuses et 15% à siéger au conseil d'administration d'une entreprise cotée dans l'indice boursier FTSE 100. De même, elles ne sont que 6,6% à faire partie du comité exécutif de l'une de ces entreprises et enfin, 4% seulement à en être pédégère. 

Autant dire que la place occupée par les femmes au Royaume-Uni pourrait être plus grande. Pas question donc, pour les féministes britanniques, de rester sagement à la maison : elles ont manifesté le 1er juillet devant la Banque d'Angleterre et sont décidées à poursuivre la lutte pour faire en sorte que les femmes figurent aussi, symboliquement, en bonne place sur les billets de banque. 
 

Lysiane J.Baudu

Ancienne grand reporter à La Tribune, Lysiane J. Baudu a rencontré, pendant ses 20 ans de journalisme international, des femmes du monde entier. 

Ces "rencontres" feront l'objet de billets, qui lui permettront de faire partager ses impressions, ses analyses, son ressenti au contact de ces femmes, dont l'action professionnelle fait sens pour toutes les autres, de même que pour la société.