14ème journée contre l'excision : 6 fillettes excisées chaque minute dans le monde

©Plan international

D'après l'Unicef, 130 millions de femmes et de filles dans le monde vivraient avec une mutilation génitale et les nombreuses complications médicales qui l'accompagnent. Ce chiffre pourrait plus que doubler d'ici à 2050 si la situation ne s'améliore pas.

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Quatorze ans après la création de cette journée mondiale par les Nations Unies, les chiffres restent implacables.

Toutes les 10 secondes, une fille de moins de douze ans subit une mutilation génitale. A l’échelle de la planète, on estime à 200 millions le nombre des filles et des femmes excisées. Si cette pratique se poursuit au même rythme, elles seront 86 millions de plus d’ici à 2030, selon l'ONG Plan International .
 

 86 millions de fillettes excisées d'ici 2030 ?

Cette pratique est très répandue dans de nombreux pays d’Afrique. Cette forte propension à l’excision dans ces pays s’explique essentiellement par la dimension traditionnelle culturelle et/ou religieuse de la pratique, en place depuis des siècles.

L’excision fait partie d'un rituel traditionnel de passage à l'âge adulte pour les filles d'une quinzaine d'années, âge auquel elles sont censées se marier. L'excision, pratiquée traditionnellement juste avant le mariage, aurait pour but de rendre la future jeune mariée "pure" aux yeux de son futur mari.

Voilà l'excision telle qu'elle est présentée de son sens culturel et traditionnel, mais aujourd'hui, l'opération est  réalisée avant l’âge de 5 ans en milieu rural et dans les 40 jours suivant la naissance d'une fillette en ville. Dans certains pays, il arrive que les nourrissons de moins d'un an représentent jusqu'à la moitié des cas (44 % en Érythrée et 29 % au Mali, par exemple).
 
©UNICEF

Contrôler la sexualité des femmes

Les hommes refusent parfois d’épouser une fille non excisée, car l’excision n’est pas seulement une pratique culturelle ou religieuse, c’est aussi un moyen pour les hommes de contrôler la sexualité de leurs femmes.

L'excision concerne 200 millions de filles et de femmes dans 29 pays du monde. En Afrique, on estime le nombre de victimes à 92 millions. L’Egypte et l’Ethiopie sont les deux pays les plus touchés. Elle y est également présente au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique Latine. Cette pratique se  fait de plus en plus fréquente en  Europe, en Australie, au Canada et aux États-Unis, essentiellement parmi les immigrantes venues d'Afrique et de l'Asie du Sud-Ouest.

Depuis 1993, la mutilation génitale des filles et des femmes est, officiellement, une violation des droits humains. C'est une pratique discriminatoire contraire aux droits à l'égalité des chances, à la santé, au droit de ne pas être exposé à la violence, aux blessures, aux sévices, à la torture et aux traitements cruels, inhumains ou dégradants, au droit à la protection contre les pratiques traditionnelles préjudiciables à la santé, et au droit de faire librement des choix en matière de reproduction. Ces droits sont protégés en droit international.

Elle entraîne des séquelles physiques et psychiques à vie pour les personnes concernées. Il arrive souvent que les petites filles meurent d’une hémorragie ou d’une infection grave; il est fréquent aussi que l’excision entraîne de fortes douleurs lors des rapports sexuels et de la menstruation. Pour les femmes excisées, la grossesse et l’accouchement s’accompagnent de dangers importants et d’un risque de mortalité accru pour la mère et l’enfant.

Un tiers plus faible qu'il y a 30 ans

Néammoins, le travail des organisations, associations et surtout des personnes engagées, femmes comme hommes, au niveau local permet d'enregistrer des avancées. Selon des études récentes, le risque qu’une petite fille soit excisée est d’un tiers plus faible qu’il y a trente ans. C'est le cas en Tanzanie et au Kenya, on excise trois fois moins de petites filles, au Liberia, le taux a diminué de moitié.
 
Invité sur le plateau de TV5monde, Bréhima Ballo réitère avec force que la lutte contre l'excision est une affaire de femmes et d'hommes. Il est chargé de programmes au sein de l'ONG AMSOPT (Association malienne pour le suivi et l'orientation des pratiques traditionnelles) et en charge au Mali, dans le district de Kayes, depuis juin 2012, du projet "protéger la prochaine génération", mené avec Equilibre et Population, pour l'abandon des mutilations sexuelles féminines. 

Une affaire de femmes et d'hommes


Le chanteur Tiken Jah Fakoly, lui-même petit-fils d'exciseuse, a décidé de s'engager dans la lutte contre l'excision, notamment à travers ce clip, dont voici quelques paroles.
"Elles sont venues les femmes
Avec un grand couteau
Elle a bien cru qu'elle allait
Y laisser sa peau
(...)
Non à l'excision. Je dis Non à l'excision.
Ne les touchez plus elles ont assez souffert
!
On lui a coupé la peau, juste un petit morceau de chair.
Ils ont pris le plus beau des trésors.
"

 

En parler, un tabou ?

Encore aujourd'hui, parler de l'excision peut rester tabou, dans les familles, dans les villages et même plus étonnament sur les réseaux sociaux, les censures imposées par certains concernant le corps de la femme n'aident pas à la cause. Exemple ce 6 février 2017, la censure par Facebook d'un clip mis en ligne par l'organisation Plan Belgique.

En Belgique, plus de 4.000 filles sont considérées par les autorités comme potentiellement à risque. Pour rappeler cette situation au grand public et l’inviter à agir, l’ONG Plan International s’est associée à l’origamiste Mandy Smith pour produire une vidéo présentant de véritables clitoris… en papier.