30 juillet : une journée pour les victimes de la traite d'êtres humains

Kiab, une adolescente Hmong, dont le nom a été modifié pour protéger son identité, fait ses devoirs dans un centre gouvernemental de la ville de Lao Cai, au Vietnam (@AFP)
Kiab, une adolescente Hmong, dont le nom a été modifié pour protéger son identité, fait ses devoirs dans un centre gouvernemental de la ville de Lao Cai, au Vietnam (@AFP)

C'est un trafic qui touche des millions de personnes et qui brasse plus de trente milliards de dollars. En ce mercredi 30 juillet, Journée mondiale de la dignité des victimes de la traite d'êtres humains de l'ONU, Terriennes revient sur un commerce dont plus de 60 % des victimes sont des femmes. Gros plan sur le calvaire des jeunes Vietnamiennes vendues en Chine pour pallier les effets pervers de la politique de l'enfant unique.

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Quand Kiab a eu 16 ans, son frère l'a emmenée "faire la fête" dans une ville touristique du nord du Vietnam. Là, il l'a vendue à un Chinois. Cette adolescente n'est que l'une des centaines de victimes collatérales de la politique de l'enfant unique en Chine, où les familles préfèrent avoir un garçon qu'une fille. Vietnamiennes, Laotiennes, Cambodgiennes, ou originaires d'autres pays d'Asie du sud-est, ces femmes sont vendues pour compenser l'un des pires déséquilibres démographiques au monde : en Chine, des millions d'hommes ne trouvent pas d'épouses. Certains sont prêts à faire appel aux trafiquants d'êtres humains, qui sèment la peur dans les communautés pauvres du nord du Vietnam.

Kiab, dont le prénom a été changé, a passé près d'un mois dans sa "belle-famille" en Chine, avant de réussir à fuir. Les policiers chinois l'ont renvoyée vers le Vietnam, où elle vit désormais avec une dizaine d'autres femmes dans un foyer créé par l'Etat à Lao Cai, non loin de la frontière chinoise, pour accueillir les rescapées de trafics. "Mon frère n'est plus un être humain à mes yeux, parce qu'il m'a vendue, sa propre soeur, à la Chine, raconte l'adolescente. J'avais beaucoup entendu parler de trafics. Mais je ne pouvais pas imaginer que cela m'arriverait à moi. Que mon propre frère me tromperait", se lamente la jeune fille, comme de nombreuses victimes d'ethnies des montagnes isolées du nord du Vietnam.

Les autorités font état de près de 1000 victimes de trafiquants en 2013, dont 70% à destination de la Chine. Mais nul ne connaît le nombre de Vietnamiennes retenues en Chine contre leur gré. Le même phénomène "systématique" est observé à travers l'Asie du Sud-Est par les défenseurs des droits de l'Homme. "Un problème largement passé sous silence par les autorités chinoises", accuse Phil Robertson, de l'ONG Human Rights Watch (HRW).

Borne sur la frontière entre la Chine et le Vietnam (@Comité mixte Vietnam-Chine)
Borne sur la frontière entre la Chine et le Vietnam (@Comité mixte Vietnam-Chine)
Mariées ou prostituées

Les filles peuvent être vendues jusqu'à 5000 dollars pour être mariées ou prostituées, selon Michael Brosowski, de la Fondation Blue Dragon Children, qui a secouru 71 femmes depuis 2007 au Vietnam. "Les filles sont trompées par des gens qui prétendent être leurs petits amis ou leur offrent du travail", confirme-t-il. Comme Kiab, nombreuses sont celles qui sont aussi vendues par leur famille. A leur retour, beaucoup de Vietnamiennes contraintes de se prostituer en Chine disent avoir été mariées de force, de crainte d'être ostracisées dans leur pays.

Dans la ville frontalière de Lao Cai, travailleurs et commerçants traversent quotidiennement la frontière montagneuse de 1350 km qui sépare la Chine du Vietnam. Nombre d'entre eux la passent illégalement pour se livrer à des trafics en tout genre - volailles, fruits, femmes... "Les victimes de trafic viennent souvent de régions montagneuses isolées. Parce que nous ne sommes pas informées", confirme Lang, 18 ans, vendue à une famille chinoise par un ami.

La population de ces régions craint pour la sécurité des jeunes filles : "Je suis si inquiète, comme toutes les mères des villages. C'est déjà arrivé à de nombreuses filles, soupire Phan Pa May, doyenne de la communauté de Red Dao. Je suis inquiète pour ma petite-fille. Nous lui demandons toujours où elle sort. Nous lui disons de ne pas parler au téléphone et de ne faire confiance à personne", dit-elle.

Les autorités vietnamiennes réagissent

Ouvert en 2010, le refuge de Lao Cai a secouru des dizaines de jeunes filles de retour au pays. Pourtant, la source du problème reste l'extrême pauvreté des communautés montagnardes. Et le défaut d'éducation des villageois qui, souvent, ne parlent pas vietnamien. Aussi le gouvernement a-t-il lancé, dans ces régions, un programme de sensibilisation afin d'inciter les jeunes filles à se méfier des inconnus. Mais que faire quand les trafiquants sont des membres de leur propre famille ? Ce combat-là pourrait passer par des actions juridiques au niveau local, pour dissuader oncles et frères peu scrupuleux. Au Cambodge voisin, des procès ont été organisés récemment, "ce qui n'a pas empêché le phénomène de se poursuivre..." souligne la Ligue cambodgienne de défense des droits de l'Homme (Licadho).