Japon : couvrez ce "vagin" que je ne saurais voir...

Megumi Igarashi, 44 ans, et ses petites figurines roses ou jaunes représentant un sexe féminin avec des petits yeux écarquillés.
Megumi Igarashi, 44 ans, et ses petites figurines roses ou jaunes représentant un sexe féminin avec des petits yeux écarquillés.
©captured'écran/youtube

Megumi Igarashi serait donc une artiste obscène. C'est la conclusion de la justice nippone, qui après des mois de controverse a condamné cette artiste pour avoir fabriqué des objets inspirés par la forme de son vagin.

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On savait que les représentations artistiques du corps de la femme pouvaient susciter bien des réactions, voire polémiques, cela allant même parfois jusqu'à la censure. En voici donc une preuve de plus.

Le <em>Kanamara Matsuri</em> ou "fête du pénis de fer", célébrant la fertilité, a lieu tous les ans à Kawazaki (Japon).
Le Kanamara Matsuri ou "fête du pénis de fer", célébrant la fertilité, a lieu tous les ans à Kawazaki (Japon).
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Depuis l'oeuvre désormais bien connue de Gustave Courbet, "L'origine du monde" peinte en 1866, c'est donc le sexe de la femme qui fait encore et toujours parler de lui. Au Japon, pays où l'on célèbre chaque année le Kanamara Matsuri (fête du pénis de fer), fête durant laquelle statues et sucettes à l'effigie de phallus au gland turgescent fleurissent à foison... Au Japon encore, pays où les adolescentes en jupette et chaussettes suscitent tous les fantasmes alimentant la littérature manga-érotique jusqu'à l'industrie pornographique... Au Japon, donc, un constat : le vagin n'a pas droit à avoir pignon sur rue.

C'est ce que raconte l'histoire de Megumi Igarashi, artiste nippone condamnée lundi 9 mai, à une amende de 400.000 yens (3.280 euros), pour s'être selon ses juges rendue coupable d'obscénité. Son crime ? S'inspirer de la forme de son vagin pour fabriquer des objets divers et variés.

Une vidéo pour comprendre la démarche de l'artiste nippone Megumi Igarashi. ©youtube

Feuilleton médiatique et judiciaire

L'histoire dure depuis des mois. En juillet 2014, Megumi Igarashi, qui se fait appeller 'l'enfant bonne à rien", avait été arrêtée pour avoir essayé de lever des fonds en ligne afin de financer la construction d'un kayak de la forme de cette partie de ses organes génitaux, dont elle avait diffusé le fichier de l'image 3D afin que les utilisateurs puissent en faire des copies.

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Elle avait été libérée quelques jours plus tard après s'être pourvue en appel et à la suite d'une pétition de milliers de personnes demandant sa libération.

Des mois plus tard, la police de Tokyo avait de nouveau interpellé l'artiste pour diffusion de matériaux "obscènes". Elle avait exposé des sculptures de plâtre, toujours inspirée du même organe féminin. Elle avait envoyé et vendu des CD-ROM comportant les données informatiques nécessaires à la fabrication du moule. C'est pour ces faits qu'elle a été condamnée ce lundi.

J'oeuvre pour renverser la vision masculine du sexe féminin Megumi Igarashi
"J'oeuvre pour renverser la vision masculine du sexe féminin dont on ne parle qu'à travers le prisme du concept d'obscénité et je suis mortifiée que la juge n'ait pas compris cela", a déclaré Megumi Igarashi à l'annonce de sa condamnation.

Au cours d'une conférence de presse organisée après l'audience du tribunal, l'artiste a distribué à ses nombreux fans venus la soutenir, des petites figurines roses représentant un sexe féminin avec des petits yeux écarquillés.

©youtube/captured'écran
Elle vient de signer un livre dont le titre traduit en anglais est "What is obscenity? " (Qu'est-ce que l'obscénité ? ) .

Au Japon, le marché florissant de la pornographie pèse des milliards d'euros, mais certaines représentations d'organes génitaux sont interdites. Voilà un paradoxe de plus, pendant que la prospère industrie du sexe répond à tous les fantasmes et goûts imaginables, des lois très strictes interdisent que l'on photographie ou que l'on filme les organes sexuels, qui du coup apparaissent floutés ou masqués.


Promouvoir l'image du sexe féminin


Megumi Igarashi n'est pas la seule artiste à s'insurger contre cette censure dont est encore victime aujourd'hui le sexe féminin. En France, un groupe d'amis parisiens a décidé en 2015 de lancer l'initiative "Vagina Guerilla", visant à promouvoir l’image du sexe féminin dans l’espace urbain. " Dessiner un zizi sur un mur ou un bout de papier est un geste quasiment inné chez tout un chacun. Pourquoi la représentation du sexe féminin n’aurait-elle pas droit de cité, elle aussi, sur nos murs ?", questionne ce groupe de créateurs .

A travers un dessin universel, la bande a développé des stickers, des sacs en toile et des badges pour multiplier les moyens de diffusion. Un site dédié a été mis en ligne ainsi qu'’ un compte Facebook et Instagram.

Une affiche anglophone des <i>Monologues du vagin</i>.
Une affiche anglophone des Monologues du vagin.
©wikipédia
Et si le vagin pouvait parler...  Outre ce débat autour de la représentation artistique, picturale du vagin, une certaine Eve Ensler avait en son temps décidé elle de lui donner la parole. C'est bien sûr la célébrissime pièce de théatre "Les Monologues du vagin" (The Vagina Monologues). Cette pièce créée en 1996 a d'abord connu un grand succès à Broadway, puis dans le monde entier. Cette pièce est considérée comme un pilier du féminisme. À ce jour, la pièce a été traduite en 46 langues et interprétée dans plus de cent trente pays, dont la France.

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