Corée du Nord : Kim Jong-un et ses "Kimettes"

Le Moranbong band, un groupe de "pop" crée en 2012 par Kim Jong-un. Le groupe tirerait son nom d'un quartier de Pyongyang
Le Moranbong band, un groupe de "pop" crée en 2012 par Kim Jong-un. Le groupe tirerait son nom d'un quartier de Pyongyang
(capture d'écran)

Elles sont douze musiciennes qui assurent la promotion du régime dictatorial.  Leur musique est à la pop ce que la frite est à la truffe. Improbable. Habillées tantôt  en tenues militaires, tantôt en robes fuseaux,  les poupées musiciennes devaient se produire à Pékin... d'où elles sont reparties sans jouer, et sans explications.

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C'est un non-événement qui les a propulsées sur le devant de la scène planétaire. Le plus populaire groupe pop de Corée du Nord, Moranbong, entièrement composé de femmes et formé à l'initiative du dirigeant Kim Jong-Un, a annulé son concert prévu samedi soir 12 décembre 2015 à Pékin. Aucune raison n'a été donnée quant à l'annulation de ce spectacle, mais le refroidissement des relations entre les deux Etats, depuis la persistance des essais nucléaires par Pyongyang à la frontière chinoise, n'y est sans doute pas pour rien.

Surnommons les "Les Kimettes", en référence à Claude François qui avait ses "Clodettes ". Pour les moins de quarante ans, rappelons qu'il s'agissait de  danseuses peu vêtues qui accompagnaient l'artiste sur scène, en se trémoussant et en chantant.

Kim Jong-un, lui, ne se donne pas vraiment en spectacle et, quand il le fait, d'un avis unanime, il  déclenche  moins de ferveur érotique parmi son public. Qu'importe ! Le dictateur, depuis 2012, a lui aussi son groupe, le Moranbong. 
La formation, exclusivement féminine, utilise violons, batterie, guitares électriques et privilégie
le  synthétiseur. Leur musique, sirupeuse, peut rappeler  aux occidentaux  le supermarché du coin, rayon poisson.

Comment peut-il être aussi gentil ?
Les Moranboug à propos de Kim Jong-un

Leurs chansons n'ont rien d'un hommage au poète  Jacques Prévert. Leurs titres fleurent bon l'optimisme obligatoire : "Ô patrie remplie d'espoir ", "Nous pensons jour et nuit à notre leader" etc. Les 12 musiciennes chantent le génie de  Kim Jong-un. Et s'interrogent : "Comment peut-il être si gentil ?"

La  question se pose, en effet.

Pour mémoire, le cher leader n'a pas hésité, en mai dernier, a exécuter son ministre de la Défense au canon anti-aérien. Il est vrai que l'insolent avait eu le toupet de s'assoupir durant des célébrations militaires. Désormais, il repose éternellement.
D'ailleurs, pourquoi évoquer les centaines de milliers de prisonniers politiques qui sont détenus dans ses camps de travail ?  
La gentillesse, après tout,  a ses limites.

Le "coeur chaud" de Kim Jong-un

Et quand le dictateur déclare que la Corée du Nord " est prête à faire exploser une bombe A et une bombe H afin de défendre sa souveraineté de manière fiable ", il convient de rester calme. Et de ne pas oublier que Kim Jong-un, formé en Suisse,  apprécie  avant tout les dessins animés de Walt Disney.
Ecoutons plutôt en boucle les chansons à sa gloire. Ses douze fées-musiciennes évoquent son "doux sourire" et son "coeur chaud". Et recommandent "d'apprendre" à son contact et de sa vie...



Aucune raison d'être ingrates : elles ont toutes été "choisies" par Kim Jong-un .
Le dictateur veut faire de ces poupées surdouées  aux tenues provocantes (dans un style appelé "sexy conservateur")  un symbole de la modernité de son pays.
Un bon début.
Mais, selon les spécialistes,  il reste encore beaucoup de travail, malgré leurs nombreux fans. En Corée du Nord, des étudiants seraient, paraît-il, capables d'interpréter leur répertoire sur simple demande, qu'il s'agisse de chansons patriotiques ou de succès occidentaux comme "My Way" ("Comme d'habitude" de Claude François, en version française) et la chanson-titre du film "Rocky", joués au violons électrique.


Le Moranbong en concert à Pyongyang le 11 octobre 2015 . Il est recommandé d'applaudir..
Le Moranbong en concert à Pyongyang le 11 octobre 2015 . Il est recommandé d'applaudir..
(AP Photo/Charles Dharapak)

Le spectacle du groupe Moranbong  obéit à un rituel immuable. Plusieurs  chansons gaies comme un bal  en hiver devant un parking de déambulateurs, puis,  tout à coup,  la projection de quelques photos du dictateur.
La musique et l'émotion vont crescendo. Surgit alors l'image d'un missile, tel un phallus géant. C'est
l'orgasme musical. Et le public, un parterre de militaires triés sur le volet,  applaudit en cadence. Brûlant.


En cet automne 2015 finissant, le Moranbong était donc en Chine pour "aider à approfondir l'amitié et stimuler les échanges culturels et artistiques entre les peuples des deux pays ", selon un doux communiqué de l'agence de presse  KCNA.
Les "Kimettes" avaient entamé leur tournée dans la province du Liaoning à la frontière sino-nord coréenne avant de prendre la direction de  l'opéra de Pékin, où la fausse note a grippé le bel ordonnancement. Les décors étaient installés, puis furent démontés en quatimini, et les passagers en partance de l'aéroport de la capitale chinoise ont aperçu des femmes en manteaux militaires se diriger fissa vers leur avion...

Ce qu'elles risquent de payer cher, malgré elles.
Après un concert en mars 2012 à la salle Pleyel, douze membres de l'orchestre nord coréen, le  Unhasu Orchestra,  avaient  été liquidés au fusil mitrailleur sans autre forme de procès. On les accusait d'avoir participé  à un film "pornographique" et de "collusion"  avec l'ennemi. Dès lors, on comprend mieux l'audace prudente des Kimettes sur la scène.

Les Moranbong en tenue militaire, alors qu'elles s'apprêtaient à quitter la Corée du Nord vers le grand voisin chinois, en train, pour leur tournée, brusquement interrompue, en Chine, d'où elles sont reparties en avion...
Les Moranbong en tenue militaire, alors qu'elles s'apprêtaient à quitter la Corée du Nord vers le grand voisin chinois, en train, pour leur tournée, brusquement interrompue, en Chine, d'où elles sont reparties en avion...
AP Photo/Kim Kwang Hyon