Afrique du Sud, des violences coloniales aux violences domestiques

L'Afrique du Sud est aujourd'hui considéré comme l'un des pays au plus haut taux de violences contre les femmes. Pas étonnant dans une société imprégnée par la violence d'Etat, au temps de l'apartheid, et dont les ravages continuent à se faire sentir. Pourtant les autorités comme les ONG ne baissent pas les bras et tentent de faire reculer le fléau.

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Campagne sud africaine des « 16 Jours d'activisme contre la maltraitance des femmes et des enfants », chaque année à compter du 25 novembre
Campagne sud africaine des « 16 Jours d'activisme contre la maltraitance des femmes et des enfants », chaque année à compter du 25 novembre
C'est le pire cauchemar de notre temps : tapi dans les couloirs et derrière des portes closes. Qui osera tirer les lourds rideaux et regarder dans la chambre à coucher ? Non, la plupart du temps nous préférons ne pas entendre les cris de la femme battue par son mari, de la mère demandant grâce à genoux du sang coulant de son visage. C'est l'horreur silencieuse et insidieuse d'une société qui se prétend moderne.

Le Service de police sud-africaine estime que plus de 50 pour cent de tous les crimes perpétrés dans notre pays très violent sont commis par des personnes proches, très souvent des gens qui vivent dans la même maison. Par exemple, en 2010/2011, 65% des meurtres ont été perpétrés dans un cadre de violence domestique, d'abus d'alcool ou de conditions associées. Les femmes sont les principales victimes de cette violence domestique.

Bien que les statistiques soient rares et d’un maniement difficile, depuis que la violence conjugale n'est pas traitée comme une catégorie distincte des autres crimes, l'Afrique du Sud est considérée comme l’un des pays  à détenir l’un des taux les plus élevés de la violence contre les femmes, dans le monde.

Une société tout entière soumise à la violence

Elle est sans aucun doute un pays imprégné de violence : la violence infligée depuis des décennies à la majorité du peuple, déshumanisé et contraint à la soumission ; la violence de ceux qui ont quitté leur famille pour lutter contre un oppresseur raciste et la violence de tous ceux qui étaient imbriqués dans le système de l'apartheid.

Autre affiche pour la campagne des “16 jours“, dans les rues sud-africaines
Autre affiche pour la campagne des “16 jours“, dans les rues sud-africaines
L’une des terribles ironies de l'existence humaine est que les victimes de violences ont tendance à les reproduire contre leurs proches. Les enfants d’agresseurs peuvent devenir des  agresseurs à leur tour. Voir leur mère fondre en larmes et être marquée à vie par ces abus ne les prémunit pas de tomber eux-mêmes, à leur tour, dans ce cycle infernal comme les adultes et les maris.

Comment guérir une société de cette extrême cruauté ? Depuis vingt ans l’Afrique du Sud a déclaré une période de « 16 Jours d'activisme contre la maltraitance des femmes et des enfants », une commémoration annuelle qui commence chaque 25 novembre, Journée internationale pour l'élimination de la violence contre les femmes. Cette année le thème des ces « 16 jours » est « De la paix à la maison jusqu’à la paix dans le Monde : laissez-nous défier le militarisme et en finir avec la violence contre les femmes ».

Des appels à la mobilisation générale pour gagner cette guerre sans nom

Partout dans le pays, des centaines d'événements, des séminaires, des marches et des réunions sont organisées pour sensibiliser à la violence contre les femmes et les enfants. Des spots autour des abus contre les femmes sont diffusés à la télévision et à la radio. L'espoir est que tout cela réveillera aussi bien des hommes que des femmes. Est-ce que cette femme dont le mari rentre du travail et la bat, bon an mal an, sera enfin prête à se lever et à arrêter de dire « mais au fond je sais qu’il m’aime vraiment moi »?

Nous savons que c'est la peur et le sentiment d’abandon qui amènent les femmes à accepter une situation intolérable. Elles ont peur d'être tuées ou jetées à la rue avec leurs enfants, sans avoir nulle part où aller. De grands progrès ont été faits pour protéger les femmes en Afrique du Sud et leur fournir un abri, aussi bien du côté des ONG que de l’État. Pourtant, au cœur de la violence faite aux femmes, comme dans de nombreuses parties du monde, il reste encore la question de l'autonomie des femmes,  et de la dépendance ou de la vulnérabilité ultime.

A propos de Liesl Louw Vaudran

Liesl Louw-Vaudran est rédactrice en chef adjointe de la revue African.org , à l'Institut d'Etudes de Sécurité, en Afrique du Sud, à Prétoria. Et elle collabore régulièrement à TV5Monde.com, en particulier pour les blogs planétaires.