#MenAreTrash : le meurtre d'une femme sud-africaine soulève un débat national

Menaretrash

En Afrique du Sud, le décès de Karabo Mokoena, une jeune fille de 22 ans, battue à mort et brulée, a ému tout le pays et soulève un vif débat sur les réseaux sociaux derrière le mot clé #MenAreTrash (les hommes sont des ordures). Ce drame fait écho aux violences domestiques que subissent de nombreuses Sud-Africaines.

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Toutes les 8 heures, une femme est tuée par son conjoint en Afrique du Sud. Une triste réalité qui mobilise aujourd'hui la société civile dans un pays où la question du féminicide est encore taboue.

"Arrêtez de tweeter, arrêtez Facebook et allez dans les rues. C'est là que ça se joue."


A Pretoria, une marche solidaire s'est organisée spontanément samedi 20 mai contre les violences faites aux femmes. "Nous sommes en train de mourir. On nous retire notre humanité, nos corps sont violés, sans notre consentement, voilà ce qu'il se passe ! Alors nous sommes ici pour simplement le dire ", déplore une manifestante. Un des organisateurs de la marche lance un appel : "Arrêtez de tweeter, arrêtez Facebook et allez dans les rues. C'est là que ça se joue."

Cette prise de conscience collective a d'abord émergé sur les réseaux sociaux. Sous le hashtag #MenAreTrash : "les hommes sont des ordures", des Sud-Africaines ont brisé l'omerta témoignant, racontant leurs histoires de femmes, toutes victimes de violences domestiques.


Les hommes sont également entrés dans le mouvement, affichant une prise de conscience assez inédite, notamment en relayant sur Twitter des vidéos filmées via des smartphones dans la rue d'hommes en flagrant délit de violences contre une femme.
 

D'autres se sont rassemblés pour publier une tribune dans la presse pour appeller leurs compatriotes sud-africains à stopper cette spirale du féminicide qui gangrène le pays.
 


Emotion nationale après la mort de Karabo

A l'origine de ce mouvement spontané : le meurtre de Karabo Mokoena, une jeune fille de 22 ans, retrouvée sans vie dans un terrain vague de Johannesburg. Son corps a été brûlé à l'essence et à l'acide par son petit ami, qui l'avait battue à mort. Un crime qui pourrait faire évoluer les mentalités, comme l'espère son oncle : "Sa mort m'a dévasté... j'ai tant de peine mais au-delà de ma douleur, ce drame a réveillé le pays entier. Peut-être qu'après ce tragique événement, certains hommes vont réfléchir et ne pas passer à l'acte."

Son petit ami, Sandile Mantsoe, âgé de 27 ans, qui l'aurait assassinée après une énième dispute, est actuellement jugé pour meurtre. Il plaide non-coupable. Sa ligne de défense est basée sur le caractère "fragile" de sa compagne défunte, parlant même de tendances suicidaires.

Une fragilité psychologique évoquée également dans une déclaration de la ministre des Droits des femmes, ce qui a suscité une large polémique dans la presse et sur les réseaux sociaux, des internautes s'indignant qu'une ministre puisse se laisser aller à de tels commentaires. "Nous voilà bien défendues !", tweete l'une d'elle. 


Les funérailles de la jeune femme à Soweto dans le township de Johannesburg se sont transformées en hommage national, retransmis en direct à la télévision.

Ce meurtre provoque un débat général , poussant le président Jacob Zuma à se prononcer sur la question : "C'est une crise dans le pays, la façon dont des femmes et des enfants sont tués." a semaine dernière, le chef de l'Etat a évoqué un possible ajustement de la législation pour punir plus sévèrement les coupables de ces violences.


Les statistiques sur le sujets sont rares en Afrique du Sud mais le conseil sur la recherche médicale estime que 40% des hommes brutalisent leur partenaire au quotidien. Des violences domestiques qui tuent trois femmes par jour dans le pays. Le taux de condamnation pour de telles affaires reste très faible.

Peut-on espérer qu'il y aura un avant et un après Karabo Mokoena ? En tout cas, jamais auparavant le meurtre d'une sud-africaine sous les coups d'un proche n'avait provoqué une telle mobilisation. En hommage, un artiste sud-africain a décidé de dédier son dernier single "Where is love" (Ou est l'amour) à la jeune femme.