Agressions sexuelles : la situation s'aggrave place Tahrir

Le portrait du général Abdel Fattah al-Sissi, l'homme fort de l'armée égyptienne,  brandi par la foule en liesse le 3 juillet 2013 au Caire sur la place Tahrir  (AFP/ Khaled Desouki).
Le portrait du général Abdel Fattah al-Sissi, l'homme fort de l'armée égyptienne, brandi par la foule en liesse le 3 juillet 2013 au Caire sur la place Tahrir (AFP/ Khaled Desouki).

Alors que la place Tahrir a fêté toute la nuit, du 3 au 4 juillet, le renversement du président Morsi, les agressions sexuelles et les viols à l'encontre des manifestantes se sont multipliés. Ce phénomène n'a rien de nouveau sur la célèbre place du Caire mais prend de l'ampleur en toute impunité.


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Sur leur compte twitter, les “gardes du corps“ appellent à la vigilance et transmettent leurs numéros d'urgence en cas d'agressions.
Sur leur compte twitter, les “gardes du corps“ appellent à la vigilance et transmettent leurs numéros d'urgence en cas d'agressions.
Place Tahrir, au milieu de la foule en liesse qui fête la destitution par l’armée du président Mohamed Morsi, des hommes sont là pour protéger les femmes. Des volontaires mobilisés contre les agressions sexuelles en pleine recrudescence. 

Pour se faire repérer autant par les manifestantes que par les agresseurs potentiels, ils portent des tenues bien visibles. Des gilets jaune fluo pour les « Tahrir Bodyguard »  (les gardes du corps de Tahrir) et des t-shirts blancs pour ceux de « Operation Anti-Sexual Harassment » (opération anti-harcèlement sexuel), comme le montre la vidéo du Journal britannique The Guardian.


52 interventions et 80 agressions

La police n’étant plus présente, ces hommes protecteurs patrouillent l’immense place Tahrir à chaque rassemblement. Ils escortent les femmes et alertent dès qu’ils repèrent un dérapage.

Bilan : 52 interventions,  80 agressions sexuelles, un cas de « viol total » et une hospitalisation, rapporte un des volontaires, Aalam Al Wassef. « C’est une situation atroce, résume t-il sur l’antenne de France Inter. Je vais me souvenir de cette journée avec ça et avec rien d’autre ».





Des records de violences

Jamais les manifestantes de la place Tahrir n’avaient subi autant de violences. Entre le 28 juin et le 1er juillet, c'est-à-dire en quatre jours, 91 agressions sexuelles, dont certaines tournant au viol, avaient déjà été recensées par l’ONG Human Rights Watch.

Le scénario ordinaire : un groupe de jeunes repère une femme, l'encercle, la sépare de ses amis, avant de l'agresser, de lui arracher ses vêtements ou de la violer. Dans certains cas, la victime est traînée au sol pour continuer d'être agressée dans un autre endroit (voir ci-dessous la vidéo amateur mise en ligne le 1er juillet).

Certaines de ces attaques peuvent durer près d’une heure et ont conduit à des hospitalisations. Human Rights Watch précise aussi que des femmes ont été « battues avec des chaînes métalliques, des bâtons, des chaises, et attaquées avec des couteaux. »



Une culture de l'impunité

Jusqu’à présent, aucun agresseur n’a été poursuivi, aucune enquête ordonnée. Human Rights Watch et des associations féministes égyptiennes, dont Nazra, ont dénoncé une culture de l’impunité et interpellé les pouvoirs publics pour que des mesures soient prises à la hauteur du drame qui se joue place Tahrir.

Mais le problème est encore largement ignoré. Le discours politique dominant impute la responsabilité de ces agressions aux femmes. « Elles savent qu'elles sont au milieu de voyous. Elles doivent se protéger avant de demander que le ministère de l'Intérieur le fasse. En se mettant dans de telles situations, la femme est responsable à 100% », avait  déclaré en février dernier un des membres du comité des droits de l’Homme du parlement égyptien.

Lors de la transition militaire, après la chute de Moubarak, la situation des manifestantes n’était pas plus envieuse. Arrêtées par la police, des femmes avaient dû subir des tests de virginité.

Au-delà des agressions sexuelles lors des manifestations, le harcèlement sexuel s'est généralisé en Egypte jusqu'à toucher 83% des femmes selon l'ONG égyptienne de défense des droits des femmes. Pour en révéler l'ampleur, une poignée de militantes ont lancé une carte interactive permettant à chacun d'alerter et de dénoncer, à l'aide de son téléphone portable.