Alexandra Kollontaï

Alexandra Kollontaï ne fut pas seulement une activiste révolutionnaire. Elle fut aussi, à la suite des populiste du XIXème siècle, une théoricienne de la "femme nouvelle", dont aucun pan de vie n'échappait à sa vision futuriste : travail, amour, sexualité, maternité, etc. Favorable à l'union libre, elle proposait une sexualité dissociée de l'amour, qui devait se pratiquer comme "on boit un verre d'eau", et inventa le concept de "monogamie successive", qu'elle popularisa dans un roman, "L'amour chez les abeilles travailleuses" et théorisa dans "Les bases sociales de la question féminine" (1909).

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Née le 19 mars 1872, à Saint Pétersbourg, alors capitale de l'Empire russe, dans une famille aristocrate, Alexandra Kollontaï, fut l'une des figures les plus importantes du féminisme mais aussi du bolchévisme au début du XXème siècle. Co-initiatrice de la journée internationale du 8 mars, elle fut ministre de la Santé et de la famille dans le premier gouvernement de Lénine issue de la révolution d'octobre 1917. Elle réforma profondément le code de la famille, par la reconnaissance de l'union libre et l'autorisation de la contraception et de l'avortement.

“La femme nouvelle“

Qui est-ce, cette femme nouvelle ? Existe-t-elle ? N'est-elle pas le produit de l'imagination créatrice de littérateurs modernes à la recherche de nouveautés sensationnelles ? Regardez autour de vous, réfléchissez et vous serez convaincu : la femme nouvelle est là, elle existe.
Vous la connaissez déjà, vous êtes déjà habitué à la rencontrer dans la vie à tous les degrés de l'échelle sociale - de l'ouvrière à la femme de science, de la modeste employée à la brillante artiste. (.../...)

Qui sont-elles donc ces femmes nouvelles ?
Ce ne sont pas les charmantes et "pures" jeunes filles, dont le roman s'interrompait par un heureux mariage ; ce ne sont pas des épouses, souffrant de l'infidélité du mari ou coupables d'adultères elles-mêmes ; ce ne sont pas de vieilles filles, pleurant un amour malheureux de leur jeunesse ; ce ne sont pas des "prêtresses de l'amour", des victimes de tristes conditions de vie ou de leur propre nature "vicieuse". Non, c'est un nouveau, un "cinquième" type d'héroïnes, inconnu auparavant, un type d'héroïnes avec ses propres exigences devant la vie, un type qui affirme sa personnalité, qui proteste contre le multiple asservissement de la femme dans l'État, dans la famille, dans la société, un type qui lutte pour ses droits et qui représente le sexe. "Femmes célibataires", tel est le nom qu'on donne de plus en plus souvent à ce type.

Le type féminin essentiel du passé récent était l'épouse, la femme, résonance, accessoire, complément du mari. la femme célibataire est bien loin d'être une résonance ; elle a cessé d'être un simple reflet de l'homme. la femme célibataire possède son propre monde intérieur ; elle vit pénétrée d'intérêts humains généraux, elle est extérieurement et intérieurement indépendante. Il y a vingt ans, une telle définition n'aurait rien dit, ni à l'intelligence, ni au coeur. la jeune fille, la mère, simplement le "bas bleu", l'amante ou la lionne mondaine, tout cela était une monnaie claire, compréhensible, courante. Mais, pour la femme célibataire, il n'y avait de place ni dans la littérature, ni dans la vie. Quand, dans l'histoire, des femmes se trouvaient avec des traits rappelant l'héroïne contemporaine, on considérait ces déviations accidentelles de la norme comme des phénomènes psychologiques.

Mais la vie ne reste pas immobile, et la roue de l'histoire, tournant à un rythme toujours plus rapide, force déjà les hommes d'une seule et même génération à adopter des notions différentes, à enrichir leur vocabulaire d'un mot nouveau. la femme nouvelle, célibataire, dont nos grand-mères et même nos mères n'avaient pas idée, elle existe, elle est un fait réel, vivant.