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Algérie : le Haïk contre la burqa ou le hijab

La manifestation en Haïk devant la grande poste d'Alger - AFP
La manifestation en Haïk devant la grande poste d'Alger - AFP

Ce n'est pas la première fois que les Algériennes s'emparent du Haïk, ce grand vêtement blanc et brodé qui les recouvrent pour une manifestation politique. Elles l'avaient fait pendant la guerre d'Algérie contre les colonisateurs français, se couvrant pour montrer leur opposition ; elle avaient fait l'inverse, se découvrant toutes ensemble, après l'indépendance pour rappeler leurs droits. Le 27 mars 2013, une poignée d'entre elles ont recommencé : aux cris de "Vive l'Algérie algérienne", voilées des pieds à la tête tout en blanc, le visage partiellement masqué d'un petit triangle brodé, des femmes ont défilé à Alger pour promouvoir leur tenue traditionnelle.

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"Nous voulons balayer ces vêtements qui nous viennent d'Arabie saoudite, noirs, tristes et étouffants au soleil pour revenir à notre traditionnel 'Haïk' qui fait la fierté de la femme algérienne", proclame une Algéroise, la cinquantaine, en posant devant la Grande Poste. Le cortège, un workshop organisé par une étudiante des Beaux-Arts, Souad, a rassemblé une trentaine de participantes parties à pied du coeur de la Casbah jusqu'à la Grande Poste où elles se sont dévoilées tout sourire. "Je voulais donner au 'Haïk' sa valeur véritable et j'en suis à mon second essai", avoue Souad, une artiste-peintre tête nue au quotidien, mais qui veut défendre bec et ongles la tradition du pays.

Pour Rim, la vingtaine, employée dans un site culturel, visage masqué par le 'Aadjar' (le petit triangle) en soie brodé main de la grand-mère d'une amie, "c'est malheureux d'avoir imposé depuis les années 90 le hijab qui ne fait pas partie de nos traditions", un foulard noir assorti d'un manteau long de couleur foncée. "Certes, reconnaît-elle, le Haïk est d'origine turque, mais il nous accompagne depuis des siècles (l'empire Ottoman a occupé une bonne partie de l'Algérie avant d'en être chassé par les Français)". Aujourd'hui dans Alger, on ne voit plus guère que des vieilles dames revêtues de ce vêtement traditionnel.

Entre la mode et la pression religieuse ou politique

Les jeunes Algéroises, après avoir vécu tête découverte, ont majoritairement mis le voile sous la pression des islamistes durant la guerre civile dans les années 1990. C'est ensuite devenu un phénomène de mode pour certaines : les voiles sont de toutes les couleurs et prennent toutes sortes de plis à condition de masquer les cheveux et le cou. Nombre de jeunes femmes ne se privent d'ailleurs pas de maquillage vif alors qu'elles sont censées, cachant leur chevelure, ne pas attirer le regard masculin.

Par opposition est apparu depuis la guerre civile la tenue très sévère du Niqab : une femme se retrouve toute de noir recouverte: robe longue, gants, bas opaques, voile sur la tête. Seuls les yeux sont visibles. "Le Hijab et le Niqab ne font pas partie de nos traditions", affirme Souad, pour laquelle également "le Haïk met en valeur la femme d'aujourd'hui, tout en légèreté et élégance".

En ce cinquantenaire d'indépendance algérienne, Abdelkader Achour, président d'une association de défense des traditions, Al Hadriah (La Citadine), rappelle que le "Haïk" est une valeur révolutionnaire. "La femme algérienne a été porteuse de bombes et de mitraillettes sous ce Haïk. C'est elle qui traversait les rues portant d'un point à l'autre ces armes contre le colonisateur français", rappelle-t-il. Les soldats français fouillaient les hommes mais ne touchaient pas aux femmes.Enfin, pas toujours...

28.03.2013récit Soraya Soussi
Algérie : le Haïk contre la burqa ou le hijab