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Algérie : qu'est donc cette "opération bikini" pour lutter contre l'intolérance ?

Bikini Soir 3
Dans cet entretien avec Sarah Chelal, du réseau Euromed, la présentatrice rappelle qu'il n'y pas d'images de ces baignades en bikini, peut-être effectivement parce qu'elles n'existent pas... Sarah Chelal insiste pour sa part sur l'avancée des droits des femmes dans les pays du Maghreb et a constaté que les femmes qui veulent se baigner en bikini sur les plages algériennes, étaient protégées par les autorités publiques. Durée : 4'05 © France 3 partenaire de TV5MONDE

Porter un bikini sur les plages d'Algérie ? Rien d’interdit, mais la chose serait encore mal vue par une partie de la société. Pour lutter contre l'intolérance, une Algérienne aurait convié les femmes à se rejoindre à la plage en maillot de bain. Un phénomène qui prend de l'ampleur selon la presse occidentale. Une illusion d'optique ou un fantasme selon les médias algériens.

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"Nager en habit de plage ne devrait pas être un exploit et encore moins choquer", déclarait Sara, le 10 juillet 2017, au journal algérien Le Provincial. Sous ce pseudonyme se cache une jeune femme de 27 ans, fondatrice de l’initiative en faveur du bikini en Algérie. Qui ne pensait sans doute pas déclencher la nouvelle polémique estivale, presque aussi bruyante que celle qui avait secoué la France à l'été 2016, il s'agissait alors du burkini... 

Originaire d'Annaba, ville côtière du nord-est de l’Algérie, Sara raconte que l’idée lui est venue au lendemain de l'Aïd – célébration de la fin du Ramadan – au mois de juin, cette année. Ce jour-là, elle se rend en famille à la plage, mais comme elle est la seule femme, Sara préfère ne pas se dévêtir pour "éviter une agression verbale ou physique". De retour chez elle, Sara décide d’inviter, via un groupe privé sur Facebook, des membres de sa famille à se retrouver en bikini sur la plage. 

Peu à peu, plusieurs Algériennes d’Annaba rejoignent le groupe. Le 5 juillet dernier, une quarantaine de femmes se seraient rassembler pour la première fois sur la plage de Seraidi, à 6 km du centre-ville. Trois jours plus tard, elles sont 200. Le 18 juillet, le groupe compterait plus de 3000 membres, selon L’OBS

Mais un groupe purement virtuel selon la presse algérienne. Dans une enquête menée par l'Agence France Presse et relayée par le Monde daté du 8 août 2017, après l'annonce tonitruante d'une baignade républicaine prévue le 7 août, les journalistes rapportent n'avoir trouvé aucune trace de ces événements, et en particulier de ce dernier annoncé abondamment sur les réseaux sociaux français.
Qu'elles soient réelles ou pas, ces supposées baignades ont fait le buzz, en Algérie aussi. Et ont peut-être aussi, du coup, fait leur effet "pédagogique" espéré par leurs initiatrices.

Changer la société en profondeur

Cette "opération bikini", vraie ou fausse donc, se déroule dans un climat tendu : pendant le ramadan, des Algériens auraient lancé sur Facebook une chasse aux femmes en maillot de bain, en encourageant les utilisateurs à poster des photos d’elles, prises à leur insu, pour dénoncer une tenue qu’ils jugent "représentative de l'Occident" et "contraire aux normes islamiques". Les commentaires fusent : "Filles faciles", "Allez-vous rhabiller", pour les moins virulents. 

Dans ce contexte, Sara n’affiche aucun doute sur l’objectif de son action : "Le but n’est pas de faire du bruit, et encore moins de faire le buzz, mais de changer la société profondément et en douceur. Ceci ne pourra se faire qu’en habituant des milliers de voyeurs à ce qu’ils considèrent encore comme étant interdit. Nous ne voulons pas changer leur vision des choses, mais simplement leur inculquer la tolérance et l’acceptation de l’autre", explique-t-elle à La Provincial.

Mais le buzz a fait son oeuvre et la jeune femme reçoit des multitudes de messages de soutien. 
 

Ailleurs dans le monde

Cette initiative pourrait donner des idées à d’autres pays. Ce 2 août 2017, l'héritier du trône d’Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane, a annoncé vouloir autoriser certaines femmes à se mettre en maillot de bain, en l'occurence des clientes étrangères d'une station balnéaire de luxe : "Sachant qu'il est peu probable que les visiteurs étrangers viennent sur les plages où les femmes sont forcées de (se) couvrir (…), le gouvernement a déclaré que le complexe serait régi par des lois à égalité avec les normes internationales", précise The Telegraph. Pragmatisme et marché du tourisme avant tout, donc. Mais même dans ces conditions, le plan du prince aurait, selon certains investisseurs étrangers, peu de chances de voir le jour.