Terriennes

Les Américaines en colère contre Donald Trump veulent un Parti de femmes

Les femmes ont pris la tête du mouvement de protestation contre Donald Trump, depuis son élection le 9 novembre 2016. Comme Carimer Andujar, étudiante dans le New Brunswick.
Les femmes ont pris la tête du mouvement de protestation contre Donald Trump, depuis son élection le 9 novembre 2016. Comme Carimer Andujar, étudiante dans le New Brunswick.
AP Photo/Mel Evans

Les Américaines craignent que leurs droits soient bafoués lorsque Donald Trump s'installera à la Maison Blanche, mais ne baissent pas les bras. Une grande marche est organisée le 21 janvier 2017 à Washington.

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Elles seront là, et espèrent être au moins un million. Le 21 janvier 2017, lendemain de l’investiture de Donald Trump comme président des Etats-Unis, de nombreuses femmes, inquiètes et en colère, défileront à Washington. Depuis le Lincoln Memorial, l'endroit même où Martin Luther King a tenu son fameux discours «I have a dream» en 1963, jusqu’à la Maison Blanche. Leur rêve à elles: que leurs droits ne soient pas bafoués. Et que le harcèlement sexuel ne devienne pas une norme, qui permette d’être élu à la tête des Etats-Unis.

L’idée de cette marche de protestation est née spontanément sur Facebook, à l’initiative de Maui Cooper Slim, une habitante de Hawaï. Très rapidement, elle est devenue virale. Une toile a commencé à se tisser. Dans plusieurs Etats américains, des bénévoles, soucieuses de défendre les droits de toutes les minorités, prennent le relai et organisent le déplacement à Washington. Elles insistent: il ne s’agit pas d’une marche contre Donald Trump, mais contre les valeurs qu’il semble vouloir imposer. C'est pacifiquement qu'elles veulent délivrer un message à la nouvelle administration Trump: les femmes ne doivent pas être marginalisées. Car c'est bien la crainte d'un retour en arrière en matière de droits des femmes qui les anime.

Une image des femmes façonnée par une mentalité presque fasciste de l'homme blanc, riche, gâté, égoïste et misogyne
Ivana Massetti, productrice de séries télévisées

Fontaine Pearson, 54 ans, est une des co-organisatrices de cette «Women's March on Washington». Photographe, mère de deux garçons, elle vit à Memphis. «Nous craignons que la misogynie couplée à la xénophobie et au racisme exprimés pendant la campagne ne fassent reculer la lutte des femmes en faveur de l'équité et de la parité», explique-t-elle.

Ivana Massetti, productrice de séries télévisées et activiste, sera elle aussi présente à Washington. Elle est la fondatrice de Women Occupy Hollywood. «C'est mon devoir de femme et de réalisatrice de m'opposer à Trump et à tout ce qu'il représente et promeut. Nous sommes prêtes à lutter chaque minute pour empêcher la nouvelle administration de faire revenir le pays et les personnes les plus désavantagées 70 ans en arrière». Pour Ivana Massetti, Donald Trump véhicule une image des femmes «façonnée par une mentalité presque fasciste de l'homme blanc, riche, gâté, égoïste et misogyne».

Dérapages pendant la campagne

Pendant sa campagne, Donald Trump et ses proches se sont distingués par des attitudes outrancières et sexistes. Le premier directeur de campagne de Donald Trump, Corey Lewandowski, a fini par être écarté après des accusations d'agressions sexuelles. Et Donald Trump lui-même a été rattrapé par un enregistrement de 2005 dévoilé par le Washington Post. Où il a tenu ces propos, qui ont déclenché des vagues de protestations: «Quand on est une star, on peut faire ce qu'on veut avec les femmes. On peut les prendre par la chatte, elles se laissent faire». Ce n'est pas tout. Vis-à-vis d'Hillary Clinton, il a été jusqu'à déclarer: «Comment peut-elle satisfaire son pays si elle ne satisfait pas son mari ?».

Et l'humour gras à propos de sa fille - «Si Ivanka n'était pas ma fille, je sortirais peut-être avec elle» - n'a pas été des plus apprécié. D'autres phrases sexistes sont venus ponctuer ses apparitions publiques, comme: «C'est dur de prêter attention à une femme lorsqu'elle a de petits seins». Des propos qui ont poussé les femmes à se mobiliser et à réagir.

Il y a d'abord eu, sur les réseaux sociaux, le mouvement #NotOkay, initié par Kelly Oxford, où des femmes se sont mises à témoigner des agressions sexuelles subies. Puis, des réactions individuelles sur Twitter, comme celle de l'actrice at activiste Daisy Eagan, pour laquelle «Make America Great Again = attitude cavalière autour des agressions sexuelles couplée à l'avortement illégal.» Et enfin, le début de ce projet de Marche, parti de Hawaï et d'une poignée de femmes pour finir, grâce à un effet chaîne, par en rallier des milliers. Des bénévoles au départ, encadrées par des professionnelles ensuite, comme Bob Bland, une fashion designeuse de Brooklyn, rejointe ensuite par trois activistes noires. Celles qui avaient mené, en 2015, une marche de New York à Washington pour revendiquer une réforme du système judiciaire, et qui ont donc une certaine expérience en matière de mobilisation.

La défense du droit à l'avortement

La cause de l'avortement reste, bien sûr, centrale. L'avocate Sarah Weddington avait à l'âge de 26 ans défendu l'arrêt «Roe versus Wade» devant la Cour suprême, et ouvert la voie à la légalisation de l'avortement aux Etats-Unis, au nom du respect de la vie privée. C'était en 1973. Aujourd'hui, elle craint, et elle n'est pas la seule, que ce droit à l'interruption volontaire de grossesse soit remis en cause. Le futur vice-président, Mike Pence, est un «pro life» revendiqué, très fermement opposé à l'avortement. Donald Trump a de son côté à plusieurs reprises déclaré vouloir rendre l'avortement illégal.

C'est sans surprise qu'il a fait savoir qu'il nommerait un nouveau juge à la Cour suprême à la sensibilité antiavortement. Depuis la mort du juge Antonin Scalia en début d'année, un ultraconservateur nommé par Ronald Reagan, ils ne sont plus que huit au lieu de neuf. Un candidat démocrate proposé par Barack Obama a été bloqué par le Sénat et Donald Trump présentera son propre candidat, pro life. Mais cela ne veut encore rien dire: la Cour suprême est depuis longtemps dominée par une majorité conservatrice, sans que l'arrêt «Roe versus Wade» n'ait jamais été renversé. Les femmes qui tiennent à ce droit restent néanmoins sur leurs gardes.

Il est peut-être temps de créer un parti pour femmes
Fontaine Pearson, photographe, organisatrice de la marche du 21 janvier

La victoire de Donald Trump a, ne l'oublions pas, été plébiscitée par 42% des électrices, Hillary Clinton n'ayant pas su bénéficier d'un «effet femme» qui l'aurait porté à la tête du pays comme première femme présidente. Le républicain a même profité du soutien du groupe «Women for Trump». De quoi pousser les mouvements féministes à se remettre en question.

Et si l'élection du milliardaire new-yorkais était finalement une occasion en or pour ces milieux de faire entendre leurs voix et panser leurs divisions? Fontaine Pearson se veut résolument positive: «Quelque chose est en train se passer. Je vois des changements en train de s'opérer dans la société, qui me laissent penser qu'il est peut-être temps de créer un parti pour femmes. Nous y travaillons. Le soutien que nous avons sur le plan international nous conforte dans cette idée».

Une jeune femme lors d'une manifestation anti Trump en Novembre 2016, à New York, munie d'un panneau qui proclame : "<em>Mon corps, mon choix</em>" pour le droit à l'interruption volontaire de grossesse
Une jeune femme lors d'une manifestation anti Trump en Novembre 2016, à New York, munie d'un panneau qui proclame : "Mon corps, mon choix" pour le droit à l'interruption volontaire de grossesse
AP Photo/Mary Altaffer