COP21, appel pour soutenir les femmes premières victimes du déréglement climatique

Une Indonesienne sur un bateau sur les rives de la ville de Palembang, au milieu des brumes formées par les feux de forêt. Des milliers d'hectares de forêt sont ainsi détruites chaque année en Indonésie, avec de graves conséquences sur l'économie et le climat.
Une Indonesienne sur un bateau sur les rives de la ville de Palembang, au milieu des brumes formées par les feux de forêt. Des milliers d'hectares de forêt sont ainsi détruites chaque année en Indonésie, avec de graves conséquences sur l'économie et le climat.
AP Photo

Malgré les attentats du 13 novembre 2015, le président français François Hollande n'oublie pas la COP21 et les mesures concrètes en vue d'enrayer les bouleversements climatiques annoncés. Une urgence mondiale dont les femmes prennent chaque jour la mesure, comme le rappellent des personnalités de tous les horizons dans une adresse vibrante.

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Parce qu'elles cherchent l'eau, qu'elles travaillent des terre qui ne leur appartiennent pas, qu'elles nourrissent leurs familles, qu'elles prennent soin des enfants, les femmes sont en première ligne, et souvent victimes, du dérèglement climatique et des catastrophes terrestres qui en découlent.

L'ONG Oxfam rappelle que "les femmes représentent déjà 70 % des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté et elles produisent la majorité de la nourriture dans les pays en développement. Aussi, le changement climatique rend le quotidien de ces femmes petites productrices de plus en plus difficile."

Plus de cent personnalités du monde politique, scientifique ou culturel ont lancé un appel pour "soutenir les femmes face au dérèglement climatique", à la veille de la conférence mondiale sur le climat de l'ONU à Paris (COP21) 30 novembre au 15 décembre 2015, qui se tiendra à Paris avec plus de 130 chefs d'Etat, malgré les attentats meutriers du 13 novembre 2015 dans la capitale française.

Les femmes, victimes et actrices incontournables du climat

"Nous, Présidentes du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes et des Délégations aux Droits des femmes de l’Assemblée nationale et du Sénat, ainsi que les institutions et associations partenaires, portons l’ambition d’assurer un véritable engagement politique et financier en faveur de l’égalité femmes – hommes au sein du futur accord de Paris, à l’issue de la COP 21 (21ème Conférence des Parties à la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques), qui se tiendra du 30 novembre au 11 décembre 2015.

Comme le montre le plaidoyer ci-joint « Les femmes, actrices de la lutte contre le dérèglement climatique », les femmes sont les premières victimes du dérèglement climatique dans les pays en développement. Et pourtant, malgré les contraintes qui pèsent sur elles, elles sont déjà des actrices incontournables du développement durable. Leur contribution n’est pas suffisamment reconnue et leur accès aux processus de décision, comme aux mécanismes de financement, demeure à ce stade limité. Les femmes seront d’autant plus efficaces qu’elles pourront être autonomes et exercer pleinement leurs droits.

L’appel que nous vous proposons de signer – « Soutenir les femmes face au dérèglement climatique : pourquoi nous nous engageons » vise à mobiliser les politiques et la société civile de tous les continents. C’est ensemble que nous réussirons à intégrer l’égalité femmes-hommes et l’autonomisation des femmes de manière explicite dans l’accord issu de la COP21, et plus largement dans les stratégies et financements relatifs à la lutte contre le dérèglement climatique.
"

L'appel (qui peut être signé sur internet)  a été lancé par Danielle Bousquet, présidente du Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, Catherine Coutelle (PS) et Chantal Jouanno (UDI), respectivement présidentes des délégations aux droits des femmes de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Parmi les 100 premiers signataires figurent le généticien Axel Kahn, la directrice générale de l’Unesco Irina Bokova, la secrétaire générale de la Francophonie Michaëlle Jean, la maire PS de Paris Anne Hidalgo ou encore l’actrice Marion Cotillard. Les anciens ministres de l'Ecologie Jean-Louis Borloo et Corinne Lepage sont aussi signataires, comme Clara Gaymard, présidente de General Electric France. Le site Terriennes, via sa rédactrice en chef Sylvie Braibant, s'est engagé à leurs côtés. La chaîne francophone internationale TV5MONDE, est très impliquée dans la couverture de la COP21.

Lutter contre le dérèglement climatique, c’est également lutter pour les droits des femmes

                                                                                                                          Laurent Fabius

En mars 2015, déjà le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius avait prévenu dans une tribune :

"Selon l’ONU, quand une catastrophe naturelle frappe une région, le risque de décès est 14 fois plus élevé pour les femmes, principalement parce qu’elles ne sont pas ciblées en priorité par les programmes d’alerte et de prévention de ces catastrophes.
Le dérèglement climatique multiplie aussi les contraintes pour les femmes, auxquelles revient dans de nombreuses régions la tâche de fournir vivres, eau et combustible à leur famille. Les effets du dérèglement sur la fertilité des sols, sur la disponibilité des ressources en eau, et donc sur la sécurité alimentaire des pays en développement, exercent une pression plus forte sur les femmes. Autre élément inquiétant : ces contraintes provoquent une surcharge de travail pour les ménages, qui aboutit souvent à une déscolarisation des jeunes filles.
La conclusion est simple : lutter contre le dérèglement climatique, c’est également lutter pour les droits des femmes.
"

Le chef de la Diplomatie française s'engageait alors à mettre les femmes au coeur de la COP21. On espère que cette promesse sera tenue.

"Premières victimes de ce dérèglement, les femmes représentent aussi souvent les principales porteuses de solutions. Les spécialistes du développement le soulignent : un programme conçu sans prise en compte des femmes est moins efficace que le même programme planifié avec elles. Une logique identique vaut pour les actions de lutte contre le dérèglement climatique – qui constituent des programmes de développement. Au Rwanda, le programme mis en place par ONU Femmes depuis cinq ans, qui vise à favoriser la participation des femmes dans quinze coopératives de la région de Kirehe, a permis d’accroître sensiblement les rendements agricoles et la diffusion de techniques de production particulièrement « climato-protectrices ».
Autre exemple concret : la campagne de reboisement du Kenya qu’avait lancée, avec le soutien des habitantes de son pays, Wangari Maathai – première femme africaine à recevoir le prix Nobel de la paix –, a montré l’importance du rôle des femmes dans la transition vers un développement plus durable.
De tout cela, je tire une certitude : les femmes doivent être placées au cœur des stratégies nationales et locales de lutte contre le dérèglement climatique ainsi qu’au cœur des négociations internationales sur ce sujet.
En tant que futur président de la COP 21 de Paris, j’y veillerai. La bataille pour le climat est un combat à mener pour et avec les femmes.
"
 

Indonésiennes dans le brouillard d'un ciel encombré des fumées de feux de forêt qui ravagent Sumatra en octobre 2015
Indonésiennes dans le brouillard d'un ciel encombré des fumées de feux de forêt qui ravagent Sumatra en octobre 2015
AP Photo/Binsar Bakkara