Terriennes

Après les attentats de Paris, l'artiste Miss Tic réagit : "Créer c'est résister"

Dessin réalisé par Miss Tic au pochoir sur les murs de Paris en 2006
Dessin réalisé par Miss Tic au pochoir sur les murs de Paris en 2006
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Les terroristes ont frappé au Bataclan, un lieu emblématique de la culture parisienne, dans cet Est Parisien où les habitants de la capitale savourent depuis 30 ans les oeuvres au pochoir que Miss Tic laisse sur les murs de la ville. La graphiste-poète était sur le plateau de TV5MONDE au lendemain des attentats de Paris.

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"Stupéfaction, atterrement, compassion", l'artiste Miss Tic, parisienne depuis toujours, se trouve dans le même état de sidération que les Français, les Européens, les terriens de partout, au lendemain des attentats meurtriers du 13 novembre 2015. "Ce que je peux faire, c'est juste continuer."

Ce que je peux faire, c'est juste continuer

Paris est pour elle, en particulier les quartiers du Nord et de l'Est, là même où les terroristes ont frappé, et depuis 30 ans, le terrain d'expression de sa poésie dessinée. L'artiste refuse de réagir à chaud  par ses créations : "C'est souvent un peu opportuniste, surtout quand c'est fait individuellement. Eventuellement quand c'est collectif et qu'il n'y a pas de signature, je peux adhérer. Sinon, j'ai des réserves. De se faire connaître au travers des tragédies et des catastrophes. J'ai écrit plusieurs textes qui font référence à l'état du monde, mais je ne le fais pas au moment où quelques chose de tragique arrive. Je ne commente pas l'actualité. Je n'attends pas qu'il y ait une catastrophe pour m'exprimer. Je trouve ça un peu obscène d'utiliser le malheur et la tragédie pour s'exprimer", rappelle-t-elle.
 

Dessin posté en commentaire sur la page Facebook de Miss Tic au lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015
Dessin posté en commentaire sur la page Facebook de Miss Tic au lendemain de la tuerie de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015
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Au détour des rues de Montmartre ou de Ménilmontant, surgissent sur les pans de murs clairs des silhouettes de femmes criant des phrases drôles et percutantes, un condensé d'art et de liberté.

Il est de ces hasards "objectifs", si chers aux surréalistes :  Miss Tic avait dessiné la carte de voeux de la ville Saint Denis en 2013, cette agglomération mitoyenne de la capitale et devenue en un soir de novembre 2015 synonyme de terreur et de radicalisation, alors que c'est une ville d'histoire de France, avec sa basilique royale, son musée de la Commune de Paris, et de vie ou de culture métissées avec son théâtre, son université et son stade olympique.   

"Je suis un témoin, et j'essaie de retranscrire mon époque. L'art et la vie sont liés. Résistance et poésie sont imbriquées." dit encore Miss Tic sur le plateau de TV5MONDE, interviewée par Mohamed Kaci. Le philosophe Gille Deleuze écrivait "créer c'est résister", une profession de foi que la graphiste poète a fait sienne depuis longtemps.


Née en 1956, son enfance et sa jeunesse sont ponctuées de drames - elle se retrouve orpheline à 16 ans, et s'engage dans des études artistiques. Son nom apparaît mystérieusement en 1985 sur les murs de Paris et sous des dessins de femmes, ébauches noires accompagnées de phrases incisives, fantaisistes, drôles, toujours écrites en lettres majuscules. L'artiste affectionne les buttes parisiennes Ménilmontant, Montmartre ou encore au Sud la Butte-aux-Cailles.

Le pochoir, ancêtre du "graph" façon 21ème siècle, est alors considéré comme une agression. En 1997, Miss Tic est arrêtée puis jugée pour détérioration de bien privé "par inscription, signe ou dessin". En janvier 2000, elle est définitivement condamnée par la cour d’appel de Paris à amende de 4 500 €.

Confronter les femmes à leurs images

Si Miss Tic réaffirme qu'elle n'est pas une politique, elle convient qu'elle combat les stéréotypes qui accompagnent la féminité par l'humour et l'art, en détournant par exemple les clichés de la publicité sur les femmes. « Les images de femmes que je représente sont issues des magazines féminins, je les détourne. Je développe une certaine image de la femme non pour la promouvoir mais pour la questionner. Je fais une sorte d’inventaire des positions féminines. Quelles postures choisissons-nous dans l’existence ? » explique-t-elle.
 

Détournement d'une publicité de Loréal et dernier livre consacré à l'oeuvre de Miss Tic (éditions Critères Eds, octobre 2015, 29 euros)
Détournement d'une publicité de Loréal et dernier livre consacré à l'oeuvre de Miss Tic (éditions Critères Eds, octobre 2015, 29 euros)
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L'art mural urbain finit par entrer dans le marché et Miss Tic accède à une reconnaissance mondiale à l'occasion d'une exposition phare  "Muses et Hommes" en 2002 avec des légendes en jeu de mot que ne renieraient pas les surréalistes, telles cette « Femme au bord d’elle même ». Les commandes s'enchaînent alors pour des façades à Lyon ou dans la banlieue parisienne.

On fait appel à elle pour dessiner des affiches de films, comme pour la Fille coupée en deux de Claude Chabrol (2007), ou même des timbres : en 2011, la Poste lui demande une série pour la journée internationale des droits des femmes le 8 mars. En 1999, elle se retrouve sur presque tous les murs de France en signant l'affiche de la Fête de l'Humanité.

L'un des timbres imaginés par Miss Tic, commandés par la Poste pour la journée internationale des droits des femmes du 8 mars 2011
L'un des timbres imaginés par Miss Tic, commandés par la Poste pour la journée internationale des droits des femmes du 8 mars 2011
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