Armes à feu aux Etats-Unis : les femmes dans la ligne de mire

Kate Wilson et son mari Sam Glen sont membres du “Westside Pistol & Rifle Range“ à New-York
Kate Wilson et son mari Sam Glen sont membres du “Westside Pistol & Rifle Range“ à New-York

Les nombreuses fusillades survenues aux Etats-Unis ces dernières années, au premier rang desquelles celle de Sandy Hook à Newton en décembre 2012, ont relancé le débat sur les armes à feu. Les femmes ont fait irruption dans la discussion. D’un côté, des mères indignées exigeant des lois plus sévères. De l’autre, les passionnées d’armes qui se font les nouvelles porte-parole du lobby pro-armes.

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« Ma relation avec les armes à feu remonte à plusieurs générations. Ayant été élevée dans un milieu défavorisé par une mère célibataire conservatrice, j’ai appris à respecter les armes en tant que moyen de protection et de survie », raconte Victoria Amormino, une mère de famille et copropriétaire de la boutique d’accessoires d’armes à feu « Pistols and Pumps » à Lake Ozark, dans l’État du Missouri aux États-Unis.

C’est précisément cette catégorie d’Américaines que la National Rifle Association (NRA  littéralement l’association nationale du fusil) tente aujourd’hui de rallier à sa cause, dans le débat sur le contrôle des armes à feu. En mauvaise posture, surtout après le drame de Sandy Hook à Newtown, dans le Connecticut prospère, en décembre 2012 où 20 femmes et six enfants sont tombés sous les balles d’un tireur fou, la NRA cherche de plus en plus à instrumentaliser les femmes dans son discours pour défendre le deuxième amendement de la Constitution américaine qui stipule que « Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé ». Lors d’un débat télévisé sur CNN le 31 janvier 2013, le groupe a même choisi d’être représenté par deux femmes. Protection de la famille et auto-défense sont autant d’arguments invoqués par ces derniers pour inciter les femmes à s’armer.

« Les Américaines sont nos cheffes de file », déclarait Wayne LaPierre, vice-président exécutif de la (NRA) dans son discours l'an dernier lors de la convention annuelle du groupe. « Aujourd’hui, elles sont près de 30 millions à posséder une arme en Amérique. Et elles savent ce que nous savons tous depuis longtemps: plus elles utiliseront d’armes, plus nous serons en sécurité », ajoutait-il.

Des mères à l’assaut

C’est avec sa partenaire Windy Borders que Victoria Amormino a décidé d’ouvrir la boutique « Pistols and Pumps » en 2009. Conscientes de l’intérêt grandissant des femmes de leur communauté pour les armes à feu, ces deux mères de famille ont décidé d’ouvrir un magasin d’accessoires pour armes, destiné à séduire la gent féminine. Aujourd’hui, 85% de leur clientèle sont des femmes ; un chiffre qui pourrait augmenter si l’on en croit leur discours. « Nous représentons la part de marché qui grandit le plus vite dans l’industrie des armes. Je crois qu’avec les récents débats politiques sur le sujet, le nombre de femmes propriétaires d’armes et la vente d’accessoires leur étant destinés ne fera qu’augmenter ».

Si les Américaines semblent extrêmement concernées par leur sécurité et la protection de leur famille, une majorité d’entre elles préconisent cependant la prévention et les lois pour le contrôle des armes à feu. Selon le Pew Research Center, 67% des femmes seraient en faveur de l’interdiction des armes semi automatiques, contre seulement 48% chez les hommes. Près du trois quart des Américaines (73%) seraient également favorables à la création d’un registre des armes à feu dans leur pays.

Design et slogan de “Pistols and pumps“ armes à feu et accessoires pour dames : “vous pourrez cacher votre pistolet dans vos talons aiguilles“...
Design et slogan de “Pistols and pumps“ armes à feu et accessoires pour dames : “vous pourrez cacher votre pistolet dans vos talons aiguilles“...
C’est précisément pour promouvoir de telles mesures que Shannon Watts, une mère de famille de l’Indiana consternée par le nombre croissant de tueries aux États-Unis, a crée l’organisation « Moms Demand Action » (Moms Demand Action for Gun Sense in America", soit en français "les mères demandent des actes sur les armes en Amérique"). L’association fondée en réaction au massacre de Sandy Hook s’est récemment invitée dans le débat public sur la détention d'armes. Ainsi, le 13 mars 2013, ses membres investissaient les bureaux du Congrès pour forcer les élus à les écouter. Forte de ses milliers d’adhérentes à travers le pays, Moms Demand réclame un contrôle plus strict sur la vente et la circulation d’armes ainsi que l’interdiction des fusils d’assaut.

« Le massacre de Sandy Hook à Newtown nous a frappées en plein cœur. En tant que mères, nous sentons le besoin naturel de protéger nos enfants, et quand nous savons que leur sécurité est menacée, nous agissons », raconte Kim Russell, l’une des mères militantes de l’organisation.

Pour elle, posséder des armes à domicile n’est d’ailleurs pas un moyen efficace pour protéger sa famille. « Avoir une arme à feu à la maison sert rarement à se protéger contre des agresseurs. Au contraire, ces fusils sont plutôt utilisés dans des cas de suicides ou lors de violences familiales, et des balles sont parfois tirées accidentellement devant des enfants ».

Une industrie qui se féminise ?

Le monde des armes demeure malgré tout essentiellement masculin. Une étude publiée par le journal américain The Washington Post en janvier 2013 montre que 15% des femmes aux Etats-Unis possèdent un fusil contre 44% d’hommes.

Pourtant, ce sont bien les femmes qui constituent la nouvelle cible de l’industrie des armes à feu. Pour s’adapter au marché, la NRA propose par exemple des leçons spéciales de chasse ou d’auto-défense conçues pour les femmes. Victoria et Windy semblent quant à elles avoir flairé la bonne affaire. Dans leur boutique Pistols and Pumps, les clientes raffolent des étuis à pistolet pour soutien-gorge et des sacs à main pour armes.