Terriennes

Asma Jahangir : mort d'une défenseure acharnée des droits humains

Asmar Jahangir lors d'une conférence de presse à Shrinagar, (Inde), le 8 mars 2008. Elle était venue deux jours au Jammu Kashmir pour rencontrer des leaders politiques et séparatistes.
Asmar Jahangir lors d'une conférence de presse à Shrinagar, (Inde), le 8 mars 2008. Elle était venue deux jours au Jammu Kashmir pour rencontrer des leaders politiques et séparatistes.
Crédit : AP Photo/Mukhtar Khan
Asmar Jahangir lors d'une conférence de presse à Shrinagar, (Inde), le 8 mars 2008. Elle était venue deux jours au Jammu Kashmir pour rencontrer des leaders politiques et séparatistes.
Asmar Jahangir, décédée le 11 février 2018 à l'âge de 66 ans, a passé sa vie à combattre les inégalités et à défendre les droits humains.

Après une vie consacrée à défendre les droits humains, à tenir tête aux dictateurs, Asma Jahangir a succombé ce week-end à un arrêt cardiaque à Lahore au Pakistan. Elle avait 66 ans. Hommage international à une grande militante.

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"J'ai le coeur brisé. (...) Je l'ai rencontrée il y a une semaine à Oxford. Je ne peux pas croire qu'elle n'est plus parmi nous. Le meilleur hommage à lui faire, est de continuer son combat pour les droits de l'homme et la démocratie". Hommage rendu par une défenseure des libertés à une autre, comme un passage de relais. L'hommage d'une jeune Prix nobel de la Paix et militante pakistanaise à une combattante pour les droits, Malala à Asma.


Autre hommage, celui d'Antonio Gutierres, secrétaire général des Nations unies, pour qui la militante et avocate pakistanaise Asma Jahangir était une "géante des droits de l'Homme". "Elle était une infatigable avocate des droits inaliénables de tous les peuples et de l'égalité - que ce soit en tant qu'avocate pakistanaise (...), militante globale de la société civile ou rapporteure spéciale", ajoute le communiqué des Nations unies. Celle qui fut aussi Rapporteure spéciale des Nations unies pour le Conseil des droits de l’Homme, était "brillante, pleine de principes, courageuse et gentille", a-t-il ajouté, transmettant ses "sincères condoléances" à ceux qui la pleurent.

"Sans peur et emblématique"

Fondatrice de la Commission pakistanaise des droits de l’Homme, Asma Jahangir avait affronté menaces de mort, coups et passage en prison dans des affaires de défense des droits humains.

 {Courageuse Asma Jahangir qui a défendu les opprimés et a parlé pour les faibles dans un pays comme le Pakistan, où parler pour les droits de l'homme pourrait vous tuer à tout moment. Les gens du Baloutchistan se souviendront de son courage dans la grande histoire.}

{En souvenir d'Asma Jahangir, l'une des grandes figures du mouvement des droits de l'homme.}

Les réseaux sociaux pakistanais étaient inondés de témoignages de tristesse après la mort de celle qui était vue par beaucoup comme "la boussole morale" du pays.

Les dictateurs ne pouvaient pas la briser. Les terroristes ne pouvaient pas l'effrayer.
Ammar Sheikh, The Express Tribune
<em>"Une vaillante combattante pour les droits vient de mourir"</em>, titre à sa Une le quotidien pakistanais Dawn, le 12 février 2018.
"Une vaillante combattante pour les droits vient de mourir", titre à sa Une le quotidien pakistanais Dawn, le 12 février 2018.
Capture d'écran

Lundi, les unes des quotidiens pakistanais lui rendaient unanimement hommage. Elle "parlait avec un immense courage pour tous les opprimés du pays, agissant comme la conscience du Pakistan", écrit The News, un quotidien en langue anglaise, quand Dawn, un autre journal l'a qualifée de "sans peur" et de "véritablement emblématique". "La femme qui faisait baisser les yeux des dictateurs est partie" titre dans son édition en ligne The Express Tribune. "Les dictateurs ne pouvaient pas la briser. Les terroristes ne pouvaient pas lui faire peur. À la fin, c'était son propre coeur qui l'a prise", écrit le journaliste depuis Islamabad.
 

Défenseure acharnée des droits des femmes

Asma Jahangir, défenseure acharnée des droits des femmes et opposante à la peine de mort, avait remporté nombre de batailles au cours de sa carrière, obtenant notamment la liberté pour des travailleurs forcés enchaînés par leur dette. Elle n'hésitait pas à critiquer ouvertement la puissante armée pakistanaise, y compris lorsqu'elle devint la première femme à présider le barreau pakistanais.

Arrêtée en 2007 sous le régime du général Pervez Musharraf, elle avait affirmé en 2012 que sa vie était menacée par les redoutés services secrets du pays, l'ISI.

De nombreuses prières se sont tenues depuis dimanche dans sa ville natale de Lahore, où elle est exhumée ce 13 février 2018, en présence de milliers de personnes.

{Et ainsi est enterrée une femme dont personne ne peut enterrer la cause. Même dans la mort, elle a fait en sorte que les femmes récupèrent leur espace. Même dans sa mort, nous avons vu un peu de vie. Une société où les femmes se tiennent côte à côte avec les hommes. #AsmaJahangir: vous vivez.}