Terriennes

Attentat contre Charlie-Hebdo, les dessinatrices de presse réagissent

Dans le monde très masculin du dessin de presse, les dessinatrices, elles aussi, réagissent après l'attentat perpétué le 7 janvier contre le journal satirique français Charlie-Hebdo qui a fait 12 morts et 4 blessés graves. Avec la force de leur crayon.

dans
Dans le monde de la caricature, les femmes restent minoritaires et manquent cruellement de visibilité mais elles existent et ont réagi, par la force de leur crayon, à l'attentat qui a frappé, hier à Paris, la rédaction du journal satirique Charlie-Hebdo. 12 personnes abattues, dont cinq immenses dessinateurs. Cabu, l'éternel ado ; Tignous, le gentil teigneux ; Wolinsky l'ainé de tous qui aimait croquer la vie et plus encore ses vices ; Honoré, le moins connu de tous mais tout aussi talentueux ; et puis Charb, le père courage du journal qui bénéficiait d'une protection policière depuis la publication en 2011 des caricatures de Mohamet.


 


Au Venezuela, la dessinatrice Rayma Suprani a réagi... par l'humour pour contrer la barbarie ! La résistance et la censure, elle connaît ! Il y a quelques mois, celle qui n'a cessé de se faire harceler par le pouvoir central (au point de prendre un garde du corps), a été licenciée de son journal, El Universal, pour un dessin publié sur Twitter où elle dénonçait l'agonie du système de santé sous la forme d'un électrocardiogramme plat, "signé" Hugo Chávez, l'ancien président du Venezuela. Alors pour elle, la lutte, bien sûr, continue !

"Nous allons continuer à travailler pour la liberté, dans la paix et pour un monde où les différences ne se règlent pas par le sang mais s'expriment avec de l'encre. Pour avoir un monde plus clair au lieu d'un monde tout en noir comme celui que nous avons vécu aujourd'hui à Paris", a confié la dessinatrice au quotidien espagnol El Païs. Se présentant comme "la seule caricaturiste du Venezuela à avoir rencontré l'équipe de Charlie-Hebdo", elle se souvient encore de son passage à la rédaction : "C'était amusant de voir que c'était tout simplement une bande de jeunes discutant de tout et de rien, se moquant du monde, dénonçant les absurdités contemporaines, levant les tabous et posant les questions essentielles que les gens ne veulent pas voir."
 


Humour, dérision et tendresse

Aux Etats-Unis, Ann Telnaes, dessi­na­trice au Washing­ton Post et Prix Pulitzer, a aussi marqué sa solidarité par un auto-portrait plein de dérision : elle en statue de la liberté avec un crayon en guise de flambeau et devant sa poitrine l'une des couver­tures les plus marquantes de Char­lie Hebdo. Celle sur laquelle est écrite, "L'amour plus fort que la haine".

En Tunisie, la caricaturiste Nadia Khiari, qui se moque régulièrement des islamistes intégristes avec ses petits chats aux griffes affûtées, a dénoncé l'absurdité de l'attentat. "Aujourd'hui vous avez tué des dessinateurs mais des légions de dessinateurs vont naître." Sur son Twitter, elle parle d'un "cauchemar" et de la perte d'un ami, Tignous. Nadia Khiari, de son nom de plume Willis from Tunis, collabore régulièrement à Siné Hebdo, autre hebdo français satirique né d'une crise interne à Charly Hebdo il y a quelques années.

En France, Camille Besse, dessinatrice au magazine féminin Causette (qui refuse de "prendre les femmes pour des quiches"...) et ancienne collaboratrice de Charlie-Hebdo, a fait dans le caustique, pointant avec un humour tendre la virilité du journal satirique. Au-dessus d'un poing levé serrant un crayon, cette phrase : "Charlie bande encore".

Quant à Maly Siri, illustratrice française qui vit à Montréal, elle rend un hommage très féminin et délicat aux dessinateurs de Charlie : trois femmes en deuil, chacune voilée selon ses codes religieux mais se réclamant toutes de Charlie !
 


“On est moins nombreuses mais aussi courageuses“

08.01.2015Par Mylène Girardeau et Hervé Garcia
Réaction de Marlène Phole, vice-présidente de la Fédération des dessinateurs de presse.
“On est moins nombreuses mais aussi courageuses“

Du dessinateur algérien Dilem.