Au Honduras, une "épidémie" de meurtres de femmes

Après le double meurtre de Miss Honduras, en novembre 2014, Maria Jose Alvarado, et de sa soeur Sofia, une amie pleure sur leurs cercueils. Le petit ami jaloux de Sofia avait tué les jeunes femmes. L'affaire avait secoué ce petit pays d'Amérique centrale.
Après le double meurtre de Miss Honduras, en novembre 2014, Maria Jose Alvarado, et de sa soeur Sofia, une amie pleure sur leurs cercueils. Le petit ami jaloux de Sofia avait tué les jeunes femmes. L'affaire avait secoué ce petit pays d'Amérique centrale.
AP Photo/Esteban Felix

Une organisation de défense des droits des femmes au Honduras a dénoncé mercredi une "épidémie" dans le pays de meurtres de femmes, dont le nombre a presque quadruplé entre 2005 et 2013.

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Le double meurtre avait choqué le pays en novembre 2014 : María José Alvarado, plus connue sous le nom de Miss Honduras, devait se rendre au Royaume Uni pour concourir au titre de Miss Monde. Elle avait 19 ans et sa soeur Sofia 23. Elles disparurent toutes deux au retour de la fête d'anniversaire du petit ami de Sofia. Leurs corps furent retrouvés, enterrés non loin de la maison de Plutarco Ruíz, le petit ami jaloux de l'aînée Sofia. Le Honduras se souleva contre "ces actes barabes". Et les plus optimistes pensèrent que ce chaux serait salvateur, provoquant une réaction collective contre la violence endémique des mâles contre les femmes dans ce pays. Il n'en fut rien…

Selon le Centre des droits des femmes du Honduras, le taux de morts violentes, pour les femmes, a atteint 12 pour 100.000 habitants en 2014, plus que le niveau considéré comme une épidémie - 8,8 morts pour 100.000 - par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), "ce qui conduit à considérer ces meurtres comme une épidémie", a expliqué Claudia Herrmannsdorfer, porte-parole de l'ONG. L'OMS avait publié en juin 2013 une étude accablante pour le monde entier, qui montrait que 35% des citoyennes du monde avait eu à faire face, au moins une fois dans leur vie à la violence physique ou sexuelle d'un homme, leur conjoint ou compagnon dans la majorité des cas.

Ces déclarations surviennent trois semaines après une mobilisation géante en Argentine pour dénoncer une série de féminicides dans le pays.

Une indignation partagée par d'autres pays d'Amérique latine, avec des manifestations également organisées début juin au Chili, en Uruguay et au Mexique, pays frappés depuis longtemps par un machisme, masculinisme, meurtrier.

Une Hondurienne tuée toutes les 14 heures

Au Honduras, les cas de meurtres de femmes ont grimpé "de manière alarmante", avec une hausse de 263% entre 2005 et 2013, selon le Centre des droits des femmes.

En 2013, 636 femmes ont été tuées, soit une toutes les 14 heures, un chiffre qui a baissé légèrement en 2014 (526). Entre janvier et mai 2015, déjà 152 féminicides ont été recensés.

Selon Claudia Herrmannsdorfer, le gouvernement du Honduras s'est engagé depuis 20 ans à combattre les crimes machistes, mais "il y a un manque de coordination entre les huit organisations chargées des enquêtes", donc 94% des meurtres restent impunis.

La majorité d'entre eux "sont attribués au fait que les femmes (victimes) étaient impliquées dans des activités du crime organisé et pour cela on n'enquête pas, mais il faudrait le faire".

Le Honduras, qui souffre de la mainmise des bandes criminelles, est frappé par un record mondial d'homicides, avec 90 meurtres pour 100.000 habitants en 2012, selon l'ONU.