Terriennes

Au Mali, mettre fin à l'excision en changeant les coutumes

© Félix Vigné/Imagéo, 2013
© Félix Vigné/Imagéo, 2013

A la veille de la Journée internationale contre les mutilations génitales du 6 février, TERRIENNES a rencontré Bréhima Ballo qui lutte contre l’excision au Mali. Grâce à l’action de deux associations sur le terrain, il espère faire reculer cette pratique, "une affaire de femmes et d'hommes", très répandue dans le pays, en changeant les idées reçus et les coutumes familiales.

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Bréhima Ballo est un homme d’engagement. Depuis 1999, il lutte pour la protection des enfants et contre les mutilations sexuelles féminines (MSF) au sein de l’Association Malienne pour le suivi et l’Orientation des Pratiques Traditionnelles (AMSOPT) ainsi qu’auprès de l’ONG Equilibres & Populations. Il s'apprête à rendre compte d'un projet pilote qu'il suit de très près devant les participants du colloque international "Excision, parlons en !", qui se tient à Paris, le 6 février 2014.

Sur le terrain, ces deux associations unissent leurs efforts pour lutter contre la pratique de l’excision dans le district de Kayes au Mali, au Nord Ouest du pays. C’est là où le taux de prévalence de cette mutilation sexuelle est le plus élevé : 98,3% contre 89% au niveau national. Les associations y mènent un projet pilote intitulé « Protéger la prochaine  génération ».

Leur but ? Convaincre les populations, femmes et hommes d’abandonner cette tradition ancestrale, invalidante et dangereuse pour les femmes. Avec ses équipes, Bréhima Ballo mène cette action dans 250 villages du district de Kayes. Actuellement, 100 villages sont accompagnés pour changer ces coutumes et quatre-vingt ont désormais accepté d’abandonner l’excision. Le début d’une victoire mais un combat, encore, de longue haleine.
 

Le combat quotidien de Bréhima Ballo, aux côtés des femmes et des hommes de Kayes

 
Coutumes

En suscitant le débat dans les villages, en questionnant les coutumes familiales, les associations maliennes espèrent ainsi engendrer un changement social, modifier les comportements au sein des communautés.

Lutter contre l’excision c’est remettre en cause des traditions familiales très ancrées, millénaires et nullement liées à une religion, qui visent à « préserver les perspectives de mariage et le statut social de leurs filles au sein du groupe où elles peuvent trouver un conjoint », souligne l’association Équilibres et Populations. C'est donc toute une communauté qui doit changer d'habitudes car les familles des mariées ne peuvent pas renoncer seules à ces pratiques sous peine de ruiner les possibilités de mariage de leurs filles.
 
© Félix Vigné/Imagéo, 2013
© Félix Vigné/Imagéo, 2013
Pour parvenir à changer les mentalités, le travail des associations sur place consiste aussi à renforcer les structures institutionnelles capables de relayer le message comme les Comités locaux pour l’abandon des pratiques traditionnelles néfastes (CPLAN) ainsi que les représentants religieux. Dans chaque village du district de Kayes, les chefs religieux, les représentantes de groupes de femmes ont été formés lors de réunion (voir photo).

Associer la diaspora

Le dialogue suscité rend une certaine autonomie aux femmes et impose un plus grand respect de leurs droits sexuels ou à la procréation. Cela permet aussi d’aborder les inégalités entre hommes et femmes lors de rencontres ou de réunion de sensibilisation.

Le projet associe étroitement la diaspora malienne, dont les coutumes évoluent au contact des sociétés ou ces expatriés vivent et travaillent. Les échanges entre "ici" et là-bas" sont favorisés, afin de faire bouger les lignes enracinées dans la culture.
 
Zone d'action des associations au Mali
Zone d'action des associations au Mali
Un risque mortel

Les associations assurent également la prise en charge médicale des femmes qui souffrent de complications liées à l’excision, dont il faut sans cesse rappeler qu'elle peut être mortelle. Ainsi, 600 femmes ont pu être soignées depuis la mise en place du programme en 2012.

Un élément important lorsque l'on sait qu'au Mali, la mortalité infantile est de 196 sur 1000 naissances selon les chiffres de l’association Équilibres et Populations qui veut les réduire à 50 pour 1000 d'ici à 2025.

Un vrai défi qui ne fait pas peur à Bréhima Diallo, lui dont tout le parcours, amorcé dès l'université, tendait vers ce combat et qui répète à qui veut l'entendre que c'est une affaire d'hommes autant que de femmes. En abandonnant l'excision, les communautés en tireront aussi plus de prospérité.
 

Diaporama de photos sur l'action des associations maliennes

 

Carte des Mutilations Sexuelles Féminines

Taux de prévalence des mutilations sexuelles féminines chez les filles et femmes de 15 à 49 ans dans les 29 pays africains étudiés par l'Unicef (Source Unicef).