Au Mali, une guerre de l'information autour du code de la famille

Fatouma Siré Diakité, la présidente de l'Association pour le Progrès et la Défense des Droits des Femmes (APDF)
Fatouma Siré Diakité, la présidente de l'Association pour le Progrès et la Défense des Droits des Femmes (APDF)

Au Mali, alors que le nouveau code de la famille devait être progressiste, les députés ont voté en décembre 2011 un texte encore plus conservateur que l'ancien (en vigueur depuis 1962). Dans ce pays à 90% musulman, les organisations religieuses ont fait pression et ont eu gain de cause. Mais pour la militante Fatoumata Siré Diakité, pas question de baisser les bras. A la tête de l'Association pour le Progrès et la Défense des Droits des Femmes au Mali (APDF), elle a bien l'intention de profiter des élections à venir pour rouvrir le débat.

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Entretien avec Fatoumata Siré Diakit, présidente de l'Association pour le Progrès et la Défense des Droits des Femmes  au Mali.

Comment s'est passée la rédaction du nouveau code de la famille ?

Il faut savoir que nous avons été à la base de cette initiative, nous avons participé à toutes les phases de la rédaction du code, qui est un projet qui a duré plus de dix ans. Jamais un projet n'avait autant duré, tout le monde y a participé au sein de concertations locales et régionales. Les religieux y ont aussi participé, mais ils étaient systématiquement mis en minorité lors du vote des propositions. Au point que sur le code de succession, au lieu d'être 20 représentants comme prévu, ils sont venus à 100! Mais cela n'a pas marché et le nouveau code a été adopté en 2009, conformément aux engagements internationaux du Mali.

Pourquoi n'en est-on pas resté là?

Parce que juste après l'adoption du texte sont arrivées les vacances gouvernementales, et que la société civile n'a pas réagi. Les islamistes ont pris la rue et ont fait de la désinformation totale sur le nouveau code de la famille. Ils ont dit que le code autorisait le mariage entre femmes par exemple, ou que les enfants porteraient désormais le nom de famille de leur mère, ce qui était complètement faux. Mais face à une population à 90% analphabète et sans aucun moyen mis en place pour restituer la vérité, les gens y ont cru et ont organisé de grandes marches pour faire plier le président sur cette question. Si bien que le président a décidé de renvoyer le texte en deuxième lecture. Cette fois, tous les députés qui avaient voté en faveur du code une première fois on revoté un nouveau code réactionnaire.

Par rapport au code de 1962, y a-t-il eu un progrès?

Non ! C'est même pire ! On est revenus encore avant. Par exemple, dans le code de 1962, il est écrit que les hommes et les femmes peuvent demander le divorce en cas d'adultère. Dans le nouveau code, la femme perd ce droit, elle ne peu pas divorcer. Aujourd'hui, la femme n'est pas reconnue comme citoyenne alors que dans le code de 1962, elle est un objet de droit. Contrairement au code de 1962, si un des deux parents meurt, le père aura la tutelle mais pas la mère : la garde sera donnée à un conseil de famille où l'Imam a une voix prépondérante. Il n'y a que l'âge du mariage qui a été reporté, de 15 à 16 ans, mais une dérogation permet aux filles de se marier à 15 ans, alors autant dire que ça ne change rien... Bref, en 2009 il ne restait que quatre points de divergence avec les islamistes. Quand ils ont fait passer le code en décembre, ils ont changé plus de 50 articles !

Maintenant, comment pouvez-vous combattre ce nouveau code de la famille?

On ne va pas baisser les bras, et on a plusieurs stratégies. Déjà, le décret d'application n'est pas encore passé, donc dans les faits, on est toujours sous le régime du code de la famille de 1962. Ensuite, comme le nouveau code de la famille programme la fin du mariage civil, les maires, pour qui c'est leur seule source de revenu, n'appliqueront jamais le code, il vont faire de la désobéissance civile. Et puis, surtout, il y a une élection présidentielle en avril et les législatives en juillet, donc on interpelle les candidats pour savoir ce qu'ils vont faire du code. De toutes façons, pour l'instant, on est dans une guerre d'information avec les islamistes. Eux voudraient qu'on aille à la confrontation, dans la rue, mais pour nous, la violence n'est pas une stratégie, nous allons nous confronter au texte et distribuer la vraie version du code. Quoi qu'il arrive, le Mali ne deviendra jamais une République islamique.