Au Maroc, deux adolescentes en prison pour homosexualité

Deux adolescentes en prison pour un bisou au Maroc. 
Deux adolescentes en prison pour un bisou au Maroc. 
©Thinkstock/william87

Deux jeunes filles ont été arrêtées et emprisonnées au Maroc où elles risquent jusqu'à 3 ans de prison. Leur tord ? S'être embrassées dans un pays qui condamne sévèrement l'homosexualité. Les associations s'insurgent contre cette arrestation. 

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Emprisonnées pour un bisou. "Elles ont été surprises sur le toit d'une maison du quartier de Hay Mohammadi en train de s'embrasser et de s'enlacer. Quelqu'un les a prises en photo, a transmis le cliché à la famille dont un membre a prévenu la police". Omar Arbib, de l'Association marocaine des droits humains (AMDH),  fait le récit de cet acte de délation, de condamnation à nos confrères de l'AFP. 

Dénoncées, Sanaa, 16 ans et Hajar, 17 ans, ont été arrêtées par la police jeudi 3 novembre à Marrakech. Après 48 heures de garde à vue, elles ont dû être transférées devant le parquet. Mais leur jugement initialement prévu ce vendredi 4 novembre a été repoussé au 25 novembre. 

Les deux adolescentes risquent entre 6 mois à 3 ans de prison en vertu de l'article 489 du code pénal qui condamne l'homosexualité : "Est puni de l'emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 200 à 1.000 dirhams, à moins que le fait ne constitue une infraction plus grave, quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe.

L'AMDH a désigné un avocat pour défendre Sanaa et Hajar. 

L'homosexualité, un tabou

Cette affaire médiatise pour la première fois l'homosexualité féminine. Elle illustre, une fois de plus, le tiraillement entre conservatisme religieux et ouverture à l'Occident qui prévaut dans le pays. "L'homosexualité est un tabou. C’est considéré comme un crime en plus d’être un péché. C’est considéré comme un mal absolu ", nous explique I. Betty Lachgar, fondatrice du le Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (M.A.L.I) au Maroc. 

Le Maroc est un Etat homophobe.

 I. Betty Lachgar, fondatrice du M.A.L.I.

L'incarcération des deux adolescentes a rapidement été dénoncée par cette association de défense des droits des femmes et LGBT au Maroc, un pays "homophobe" selon I. Betty Lachgar. Car au-delà de l'Etat qui condamne l'homosexualité, c'est toute une société qui rejette cette sexualité.

"Nous sommes face à une homophobie d’Etat et sociétale, explique I. Betty Lachgar. "Nous sommes dans une société clairement patriarcale, foncièrement sexiste et misogyne", dénonce-t-elle. "La société civile a beaucoup de mal à en parler, à militer en faveur des libertés sexuelles, en général, et pour le droit des personnes homosexuelles en particulier."

Nous sommes dans une société clairement patriarcale, foncièrement sexiste et misogyne.

I. Betty Lachgar 

Si la fondatrice du M.A.L.I. insiste sur le tabou que représente l'homosexualité dans le pays, Leïla Slimani, fraîchement récompensée du prix Goncourt 2016, dénonce, elle, l'hypocrisie qui règne dans le pays. "Il y a des normes qui interdisent les relations sexuelles hors mariage, qui interdisent l'homosexualité, qui pénalisent l'adultère. Et il y a des pratiques qui sont complètement à l'inverse de ces normes", explique l'écrivaine franco-marocaine sur l'antenne de France inter ce vendredi 4 novembre. 

Faire évoluer tout un pays

I. Betty Lachgar considère que le Royaume doit faire évoluer sa loi mais que la population doit, elle aussi, être actrice du changement. "Nous ne pouvons pas changer les mentalités sans changer les lois et vice-versa. Il faut aussi faire un travail de fond, de sensibilisation, d’éducation, etc. C’est ce qui manque. La religion a une place très importante au Maroc...surtout ces dernières années. Et à côté de cela, il y a un problème d’éducation sexuelle, en particulier, qui est inexistante.  La sexualité est un tabou mais la sexualité féminine l'est encore plus."

Et le contexte politique ne va pas aider à améliorer la situation.. "C’est compliqué de faire évoluer les mentalités et espérer un changement de loi très rapidement, souligne la fondatrice de M.A.L.I. Le parti islamiste a été réélu pour 5 ans donc je pense que nous ne sommes pas sur une bonne voie."

Elle note tout de même, plus optimiste : "On commence à parler de ces sujets là. C’est déjà pas mal d’ouvrir le débat, de briser des tabous. Mais il faut maintenant que l'on soit suivi par une majorité de personnes de la société civile."

Vers une rébellion ?


Si pour Leïla Slimani ce n'est pas qu'une question de religion, "Beaucoup d'imams, beaucoup de théologiens extrêmement éclairés vous expliqueront que a n'a aucun rapport", raconte-t-elle sur France Inter ; Pour I. Betty Lachgar, la religion imprègne énormément la société marocaine. 

Toutes deux appellent d'un même voix à un soulèvement de la population. "Il est temps que les citoyens prennent ça en main, se rebellent contre ça", raconte sur France Inter Leïla Slimani. Une position appuyée par  I. Betty Lachgar qui lance : "Il faut une révolution féministe et sexuelle pour changer ce système !