Au Portugal, recul sur l'avortement

Un autocollant sur lequel est écrit "Fragile, votez non" affiché dans le cadre de la campagne au Portugal pour le non au référendum sur la légalisation de l'avortement en 2007.
Un autocollant sur lequel est écrit "Fragile, votez non" affiché dans le cadre de la campagne au Portugal pour le non au référendum sur la légalisation de l'avortement en 2007.
©AP Photo/Armando Franca

Le vote d'un projet de loi par le Parlement restreint le droit à l'avortement au Portugal où il est légalisé seulement depuis 2007. Les femmes devront désormais payer tous les frais médicaux et se soumettre à un examen psychologique avant d'avorter.

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Le vote du Parlement a été brièvement interrompu par les clameurs de militantes des droits des femmes qui criaient "Honte ! Honte !". Mais ce 22 juillet, rien n'aura pu dissuader les députés conservateurs de restreindre la loi sur l'avortement légalisé dans le pays depuis le référendum de 2007.

Au Portugal, les femmes pouvaient avorter jusqu'à 10 semaines de grossesse librement et...gratuitement. Mais le sujet qui reste très controversé dans ce pays très catholique, est revenu dans les discussions des parlementaires. Le projet de loi voté fin juillet contraint désormais les femmes à payer tous les frais médicaux liés à leur interruption de grossesse.

Elles recevront le détail des allocations auxquelles elles auraient droit en refusant l'IVG.Et les changements ne s'arrêtent pas là. Les patientes souhaitant avorter devront aussi se plier à un suivi psychologique avant l'acte. Et lors du premier rendez-vous pour l'avortement, elles recevront le détail des allocations auxquelles elles auraient droit en refusant d'interrompre leur grossesse. Une IVG sous pression...

"Les nouvelles règles pervertissent cette procédure d'accompagnement et de conseil et l'utilisent désormais comme un moyen de pression, un dernier recours pour convaincre ces femmes", expliquait à nos confrères de l'Obs, Ana Cansada, membre actif de l'association UMAR.

L'avortement en Europe, encore tabou ?

Ces décisions parlementaires sont aussi vivement critiquées par des associations féministes françaises qui condamnent " le vote de cette loi inique, qui non seulement marque un retour en arrière, mais est aussi dangereuse pour la vie de milliers de femmes portugaises", écrit dans un communiqué le collectif Féministes en mouvement qui souligne que : "restreindre le droit d’avorter, c’est donc pousser les femmes dans la clandestinité. Les plus riches iront avorter dans des pays où c’est autorisé. Les autres devront s’en remettre aux méthodes à risque, dont on connaît trop bien les conséquences sanitaires désastreuses."

C'est encore ce qu'il se passe en Irlande où l'avortement, vrai tabou d'une société très religieuse, est toujours interdit. Les Irlandaises doivent se rendre au Royaume-Uni, ou ailleurs, pour avorter dans des conditions médicales.

Le collectif Féministes en mouvement s'inquiète aussi dans son communiqué de la situation européenne sur l'avortement. En Espagne, une loi devait drastiquement restreindre l'accès à l'IVG à deux conditions : risque pour la santé de la mère et conséquence d'un viol. Mais finalement, marche arrière du gouvernement qui a renoncé à son projet de loi.

> Lire notre article "L'Espagne ne limitera pas le droit à l'IVG : retour sur un projet avorté"

Ailleurs, les obstacles à l'avortement demeurent. Ainsi, en Italie, de plus en plus de médecins refusent de pratiquer l'avortement alors qu'il est autorisé dans le pays. Une position du corps médical qui pousse de plus en plus de femmes à se faire avorter clandestinement. Autant de reculs et de remises en cause d'un long combat pour le droit des femmes à disposer de leur corps.