Aux Etats-Unis et ailleurs, les femmes marchent pour défier Donald Trump

Ces étudiantes de Seattle protestaient contre l'élection de Donald Trump, avant la marche des femmes du 21 janvier 2017
Ces étudiantes de Seattle protestaient contre l'élection de Donald Trump, avant la marche des femmes du 21 janvier 2017
AP Photo/Elaine Thompson, File

Dès le lendemain de l'investiture du président élu Donald Trump, des Américaines se mettent en mouvement pour sauvegarder les droits des femmes. A Washington, le 21 janvier 2017, une marche est organisée. Avec des échos partout aux Etats-Unis et dans le monde.

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Elles espèrent dépasser le million de marcheuses. Le 21 janvier 2017, au lendemain de l'investiture de Donald Trump, président élu par une petite majorité d'hommes et une grosse minorité de femmes, celles qui n'avaient pas voté pour le sexiste et grossier candidat républicain, entendent bien donner de la voix, et le plus fort possible, aux oreilles du nouveau locataire de la Maison blanche.  

Depuis le Lincoln Memorial, l'endroit même où Martin Luther King (qui aurait fêté son 88ème anniversaire le 15 janvier 2017 s'il n'avait été assassiné en avril 1968) a tenu son fameux discours « I have a dream » en 1963, jusqu’à la Maison Blanche. Leur rêve à elles : que leurs droits ne soient pas bafoués. Et que le harcèlement sexuel ne devienne pas une norme, qui permette d’être élu à la tête des Etats-Unis.

Marcher, une vieille habitude

Marcher pour les Américaines est une vieille habitude : au début du 20ème siècle, elles battaient le pavé pour obtenir le droit de vote. Le premier défilé du genre rassembla 8000 pionnières. Ce qui allait déjà bien au delà des espérances de ces manifestantes. Une vraie gageure à une époque où ne sévissaient pas les réseaux sociaux. Elles obtiendront satisfaction sur ce point, sept ans plus tard, par le 19ème amendement le 18 août 1920.

Pour cette édition 2017, elles se voient dépasser le million, de quoi tisser une marée humaine sur le célèbre Mall de la capitale fédérale. Elles seront accompagnées par une ronde autour du monde, forte de 400 points de ralliement dans 80 villes, de plus de 40 pays, sur les six continents. 
 
Comme à Paris de la place du Trocadéro au Mur pour la Paix, de l'autre côté de la Seine, à 14 h, heure de la capitale :
Ou bien au Québec. Déjà on affute les pancartes, qui seront portées sur l'Esplanade des arts à Montréal, à 11 heure, temps local :

Toujours dans le monde francophone, on signale des rassemblements à Bruxelles et Genève. Au moment même de l'investiture de Donald Trump, avec une journée d'avances sur les Américaines, les Bruxelloises et autres Belges se réuniront le 20 janvier à 17h Place de la Monnaie dans la capitale, munies d'une bougie. Quant aux suissesses francophones, elles se retrouvent à 11 h, dès le samedi matin 21 janvier, aux rives du Jardin Anglais, sur les bords du Lac Léman.  

Faites l'humour pas la guerre...

Les inventions des participantes fusent. Comme ces #pussyhat, jeu de mots autour de pussy, cat et hat, chatte, chat, chapeau. Le Pussy Hat Project appelle les marcheuses et marcheurs à tricoter, puis à enfiler sur leur tête, des couvre-chefs roses, aux oreilles pointues. Afin de renvoyer le nouveau président de la plus grande puissance du monde à l'un de ses délicats préceptes à l'attention des femmes : “grab women by the pussy”, autrement dit "attraper les femmes par leur chatte"...
Appel entendu : apparemment ça tricote dur dans les foyers américains, et sur les réseaux sociaux, avec le mot dièse #PussyHat. Comme cette habitante de Los Angeles, en Californie, arborant déjà fièrement son bonnet, avant de s'attaquer à deux autres, "pour le mari et la fille".
 
Un humour et une couleur auxquels certaines féministes ne sont pas sensibles. L'éditorialiste Petula Dvorak enjoint, dans le Washington Post, ses "soeurs à renoncer au rose." Parce que "ce fleuve annoncé de Pepto-Bismol" (un sirop rose bonbon qui soigne les maux d’estomac, ndlr) lui rappelle les pétroleuses des années 1960 qui brûlaient leurs soutiens-gorges en place publique : "C'est justement, parce que l'idée de brûler son soutien-gorge était si choquante, qu'elle a éclipsé le fait que dans les années 1960, les femmes ne pouvaient pas obtenir une carte de crédit sans la signature d'un mari, ne pouvaient siéger dans les jurys, et cela dans les 50 États, ne pouvaient pas étudier dans certaines écoles prestigieuses, ne pouvait pas obtenir d'ordonnance pour les pilules contraceptives si elles étaient célibataires, et pouvaient facilement être virées de leur emploi quand elles tombaient enceintes. Entre autres atrocités." La bataille est trop sérieuse selon elle : "Cela pourrait saper le message que la marche veut envoyer : défendre nos droits".

On rappellera que, souvent, l'humour, peut être une arme bien plus efficace que la complainte. Et que les mises à feu de soutiens gorges ont certainement contribué à l'acquisition de droits fondamentaux pour les femmes.

Les initiatrices de ce mouvement sont très conscientes des enjeux et de la solennité qu'elles portent, comme elles le rappellent en préambule de leur démarche : "La rhétorique du cycle électoral passé a insulté, diabolisé et menacé nombre d'entre nous - les femmes, les migrants sous tous les statuts, ceux qui affichent des religions diverses, en particulier les musulmans, les personnes qui s'identifient comme LGBTQIA, les autochtones, les Noirs ou les Méditerranéens, les handicapés, les pauvres ou les survivantes d'agression sexuelle. Nous sommes confrontées à la question de savoir comment avancer face à aux préoccupations et peurs aussi bien nationales qu'internationales."

Santé, économie, démocratie, sécurité, la devise des Américaines en marche

Dans un communiqué de presse, elles rappellent la vision et les valeurs mondiales du mouvement dans "un cadre unificateur" appelé H.E.R.S. (Health, Economic Security, Representation, and Safety - Santé, sécurité économique, représentativité, tranquillité) qui définit les priorités des droits des femmes, et qui selon elles, sont aussi importants que la lutte contre le changement climatique ou pour la gouvernance démocratique.
"• Santé - La santé est le fondement du bien-être et de la stabilité économique. La marche des femmes propose l'accès général aux soins pour les femmes, indépendamment de leur nationalité, âge, race, ethnie, religion, orientation sexuelle ou handicap.
• Sécurité économique - Les femmes sont de puissants moteurs de la croissance économique et leur autonomisation profite à tous. La marche des femmes soutient le démantèlement des barrières qui entravent l'accès complet et égal des femmes aux systèmes économiques locaux, nationaux et mondiaux.
• Représentation - Les femmes sont sous-représentées à l'échelle mondiale, ce qui nuit à notre santé, à notre tranquillité et à notre sécurité économique. La marche des femmes recherche une représentation des femmes, juste et équitable, au niveau local, national et international.
• Tranquilité - Chaque femme doit pouvoir se sentir physiquement en sécurité, ce qui passe par le droit et son application. La marche des femmes refuse que les femmes soient tenues pour responsables de toutes formes d'agression dont elles pourraient être victimes.
"

L’idée de cette marche de protestation est née spontanément sur Facebook, à l’initiative de Maui Cooper Slim, une habitante de Hawaï (terre natale de Barack Obama, le président sortant). Très rapidement, elle est devenue virale, avec plus de 200000 abonné-es sur Facebook et plus de 60000 sur twitter.
 

Un parti de femmes, pour contrer Donald Trump, héros des hommes blancs en colère

Des hommes seront là aussi. Issus de minorités ou non, tous ceux qui sont estomaqués par la survenue de la vulgarité comme règle de conduite à la tête d'un pays qui mène la danse mondiale batteront aussi le pavé contre cet esprit de revanche incarné par Donald Trump, et porté par ces "petits hommes blancs en colère" que décrit si bien Corinne Lesnes, correspondante du quotidien français Le Monde aux Etats-Unis, dans un reportage intitulé : "« Mâles in USA », la revanche des hommes blancs en colère" : "Une victoire pour les « vrais » hommes. Dans la « manosphère », l’élection de Donald Trump a été considérée comme un progrès pour la cause. Après l’antimacho Barack Obama, le mâle alpha de choc. Un homme qui traite les femmes comme nombre d’antiféministes rêvent de le faire : la main aux ­fesses (et au-delà). C’est bien connu, les bitches (« salopes », « pétasses », « garces », on en passe) ne demandent que ça. « Les accusations d’abus sexuels, ça ne va pas m’empêcher de voter Trump. C’est même pour cela que je vais voter pour lui », déclamait un blogueur trois semaines avant l’élection du 8 novembre 2016. (.../...) L’attitude du candidat républicain les a bluffés. « Trump n’a jamais dit lui-même que les hommes étaient victimes de discrimination, note le sociologue Michael Kimmel, auteur d’un livre sur le mécontentement des hommes blancs (Angry White Men, Avalon, 2013, non traduit). Mais les gens ont compris, à travers ses tweets, qu’il partage leur idée que les hommes sont victimes du féminisme et du politiquement correct. » Peu politisée au départ, ajoute-t-il, la planète des angry white men (« hommes blancs en colère ») s’est ainsi ralliée au nouveau président."

Sans doute, ce phénomène des petits hommes blancs en colère est-il minoritaire. Mais il est bruyant et violent. C'est pour l'enrayer et alerter, que les cheffes de fille de la Women's March on Washington songent déjà à l'étape suivante : lancer "un parti politique des femmes". Interrogée par la correspondante du quotidien suisse francophone Le Temps, Fontaine Pearson, co-organisatrice de la marche, réfléchissait à voix haute, et avec optimisme : « Quelque chose est en train se passer. Je vois des changements en train de s'opérer dans la société, qui me laissent penser qu'il est peut-être temps de créer un parti pour femmes. Nous y travaillons. Le soutien que nous avons sur le plan international nous conforte dans cette idée ».

Suivez Sylvie Braibant sur Twitter @braibant1