Terriennes

Aux Etats-Unis, Trump censure les mots et ne veut plus voir les "fœtus", les "transgenres" et autre "diversité"

Donald Trump à  Washington le 18 décembre 2017.
Donald Trump à  Washington le 18 décembre 2017.
(AP Photo/Manuel Balce Ceneta)

" Fœtus ", " transgenre ", " diversité ", " vulnérable"  font partie des  sept mots qu'il est désormais interdit d’utiliser dans les documents officiels de l'Agence de santé américaine.  La novlangue du Président américain semble se mettre en place. En particulier ceux qui ont trait aux genre féminin. Scientifiques et ONG crient au scandale. En toutes lettres.

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Les journalistes, c'est bien connu, sont d'incorrigibles fouineurs. Ceux du Washington Post particulièrement. Ce sont eux qui ont révélé cette affaire. Elle prêterait à sourire tant elle semble grotesque s'il elle n'entrainait pas, de facto, des suites potentiellement dramatiques pour les personnes concernées.

L’Agence de santé américaine vient en effet de recevoir une liste de mots ou expressions qu’il sera désormais interdit d’utiliser dans les documents officiels dans le cadre de l’élaboration du budget pour 2019. Quels mots ? " Fœtus ", " transgenre ", " diversité ", " vulnérable ", " prestation sociale ", " fondé sur des données concrètes " et " fondé sur la science ".

Le siège des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), à Atlanta, le 8 ocotbre 2013
Le siège des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), à Atlanta, le 8 ocotbre 2013
(AP Photo/David Goldman, File)

Sept mots jugés "controversés"

Sept mots désormais bannis par l'administration Trump car jugés "controversés". Ce sont les cadres de l’Agence de santé américaine qui regroupe les centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) basée  à Atlanta qui en ont été informées à l'issu d'un briefing de 90 minutes. Le porte-parole du ministère de la Santé, Matt Lloyd, a répondu au journal que les autorités sanitaires "continueront à utiliser les meilleures preuves scientifiques disponibles pour améliorer la santé des Américains".
Mais sur Twitter, des scientifiques ont aussitôt répliqué.

Jess Phoenix, vulcanologue, écrit, acide  : "Devinez quoi : la science EST fondée sur des données concrètes et les CDC ne devraient pas émettre de recommandations basées sur des 'souhaits.'" Elle juge aussi ridicule d'"interdire les mots transgenre, fœtus, diversité, etc." et explique que "bannir quelque chose ne suffit pas à réfuter son existence"
 

Une réorientation sémentique loin d'être innocente

Comment financer un programme de recherche, désormais sans nom, quand il s'avère impossible de contourner les mots interdits ?
Et les choses ne trainent pas.
Déjà, on constate le retrait  par le ministère de Santé de pages Web à propos d'informations sur les services LGBT ( Lesbiennes, gays, bisexuels et trans).  Ce qui a aussitôt fait réagir L’association de défense des droits de l’homme Human Rights Campaign.  Elle dénonce " L'effort de l'administration Trump-Pence pour éliminer des communautés entières de son vocabulaire rappelle le moment où le gouvernement a essayé d'ignorer la réalité de la crise #HIV et #AIDS."

Dans certains cas, les analystes ont reçu quelques phrases alternatives.
Ainsi, au lieu de "fondée sur la science" ou "fondée sur des preuves", la phrase suggérée est " Le CDC base ses recommandations sur la science en tenant compte des normes et des souhaits de la communauté". 

Mais le plus inquiétant n'est pas là.
Aucun mot de remplacement n'a été immédiatement proposé pour "foetus", "transgenre", "vulnérable" et "prestation sociale". Une nouvelle offensive contre les LGBT, déja perçus  comme une menace pour la sécurité nationale.

La novlangue de Trump bientôt en place ?

En août dernier,  Le Guardian publiait une série de mails internes où il apparaissait que Donald Trump souhaitait censurer le terme "changement climatique". Il demandait d'utiliser, à la place,  le terme "d’extrêmes météorologiques".
George Orwell, l'auteur de "1984."
George Orwell, l'auteur de "1984."
(AP photo)
Il n'est pas défendu de penser à l'univers de Georges Orwel dans "1984" et son redoutable  "novlangue".

L'écrivain américain expliquait le concept   : " Le novlangue était destiné, non à étendre, mais à diminuer le domaine de la pensée, et la réduction au minimum du choix des mots aidait indirectement à atteindre ce but.  (...) la fonction spéciale de certains mots novlangue comme ancipensée, n'’était pas tellement d'’exprimer des idées que d’'en détruire. On avait étendu le sens de ces mots, nécessairement peu nombreux, jusqu’à ce qu'’ils embrassent des séries entières de mots qui, leur sens étant suffisamment rendu par un seul terme compréhensible, pouvaient alors être effacés et oubliés. (...)
D'’innombrables mots comme : honneur, justice, moralité, internationalisme, démocratie, science, religion, avaient simplement cessé d’exister. Quelques mots-couvertures les englobaient et, en les englobant, les supprimaient."

Enfin,  le compte Twitter de dictionary.com, un dictionnaire en ligne, a judicieusement publié la définition du mot "vulnérable" : "capable ou susceptible d'être blessé, par une arme par exemple. Egalement vulnérable : la langue".

A toute fin utile ? Parce qu'il reste à espérer que le président américain n'établisse pas une liste de livres à brûler...