Terriennes

Theresa May ou la revanche des femmes politiques britanniques ?

Theresa May devant la résidence du Premier ministre David Cameron, le 10 Downing Street, le 12 juillet 2016.
Theresa May devant la résidence du Premier ministre David Cameron, le 10 Downing Street, le 12 juillet 2016.
©AP Photo/Kirsty Wigglesworth

A 59 ans, elle devient la nouvelle Première ministre du Royaume-Uni, plus de 35 ans après l'accession de Margaret Thatcher au même poste. Un événement dans le pays où des femmes de tout bord occupent, davantage qu'ailleurs, le devant de la scène politique, particulièrement en période de crise.  

dans
Conquérante, Theresa May a envahi les Unes de la presse britannique et internationale de ce début de semaine. "Last woman standing" (Dernière femme debout), titrait le Financial times. "La femme qui va négocier le Brexit", écrivait le quotidien belge Le Soir. En Une du quotidien français La Tribune, on pouvait lire : "Theresa May, la dame de fer du post-Brexit".  Une référence directe à celle qui fut la première femme à diriger le gouvernement britannique de 1979 à 1990 : Margaret Thatcher. 
 
 
Theresa May, 59 ans, ancienne ministre de l'Intérieur de David Cameron, va donc lui succéder au poste de Premier ministre ce mercredi 13 juillet. Favorite des membres de son parti, elle doit aussi sa victoire au retrait de l’autre finaliste : Andrea Leadsom. Secrétaire d’Etat à l’Energie depuis deux ans, elle a jeté l'éponge lundi 11 juillet, laissant le champ libre à Theresa May pour accéder au 10 Downing Street et à la tête du parti conservateur britannique.

Des médias et une concurrente sexistes ? 

Le duel entre ces deux femmes qui a tourné court ces derniers jours, a été marqué par des propos sexistes tenus par Andrea Leadsom. Vivement critiquée, elle avait suggéré que sa concurrente Theresa May était moins compétente pour gouverner qu'elle... parce qu’elle n'avait pas d'enfant ! 

Le sexisme peut parfois venir d'où on ne l'attend pas. Et les médias britanniques ne s'en sont pas privés non plus. Comme « Hillary » (Clinton) dans la presse américaine notamment, la Première ministre britannique perd son patronyme en Une de certains titres de presse comme les tabloïds The Sun "new PM Theresa" (nouvelle Première ministre PM Theresa) et du Daily Mail :"Coronation of Theresa" (couronnement de Theresa). Une familiarité que l'on voit peu utilisée à l'endroit des hommes. 
 
Son caractère rigoureux est poussé à la caricature en Une de The I paper avec le titre « May day », référence au personnage de la méchante et puissante femme dans le volet « Dangereusement vôtre » de James Bond. 

Enfin, c'est un accessoire de mode de cette femme politique qui a aussi captivé l’attention de certains médias : ses chaussures fantaisistes, souvent hautes en couleurs. The Sun leur a consacré sa Une mardi 12 juillet.
 
A gauche la Une du 12 juillet du journal The Sun et à droite, une photo de l'agence AP des escarpins de la Première ministre Theresa May, le 13 juillet 2016.
A gauche la Une du 12 juillet du journal The Sun et à droite, une photo de l'agence AP des escarpins de la Première ministre Theresa May, le 13 juillet 2016.
©DR/AP Photo/Max Nash

On y voit la paire de chaussures à talons de la Première ministre au dessus d'un alignement de têtes de ses concurrents à ce poste, tous évincés, piétinés, aux ordres d'une femme dont l'injonction semble être "au garde à vous" "Heel, boys".  Certains internautes y ont vu du sexisme de la part du tabloïd.  
 

>"C'est drôle parce que l'on n'a jamais vu des titres de journaux faire référence aux chaussures de politiciens. Le sexisme à son niveau le plus irritant."

 

>"La couverture médiatique de Theresa May s'intéresse plus à ses chaussures qu'à son futur cabinet et sa politque."

Il ne s'agit pas de choisir une femme mais un Premier ministre.

Sarah Pickard

Theresa May, une femme d'acier 

Et pourtant, c'est bien pour ses compétences et non pour son style vestimentaire qu'elle a été choisie par les membres de son parti. Comme le rappelle aussi Sarah Pickard, professeur à l’Université Sorbonne Nouvelle et spécialiste du Royaume-Uni : « Il ne s'agit pas de choisir une femme mais un Premier ministre. » Qui devra assurer la sortie le Royaume-Uni de l'Union européenne. 
 
« Theresa May qui est ministre de l’Intérieur depuis 6 ans a accumulé cette expérience en négociation avec les chefs d’Etat étrangers pendant la crise des migrants. C’est une femme politique, une femme d’acier », explique Sophie Loussouarn spécialiste d’économie et de politique britannique sur le plateau de nos confrères de France 24. D’où la comparaison qui est souvent faite entre Theresa May et Margaret Thatcher surnommée la « Dame de fer ».
 
« Elles ont toutes les deux une détermination très forte et un souci du détail, reconnaît Sophie Loussouarn. Mais nous sommes dans un contexte différent. »  

Des femmes pour régler les situations de crise ?

Et pourtant, toutes deux arrivent au pouvoir dans une période compliquée pour le Royaume-Uni. Les femmes seraient-elles appelées à prendre de grandes responsabilités en période de crise ? Nos confrères du Lemonde.fr relevaient les résultats d'études universitaires montrant que dans les entreprises, quand une femme parvient à briser le "plafond de verre" qui freine son ascension hiérarchique, cela va souvent de "paire avec une prise de risque proportionnellement plus grand pour [elles] que pour les hommes.
 
La Une du "Daily Telegraph" du 12 juillet 2016.
La Une du "Daily Telegraph" du 12 juillet 2016.
©DR

Accorderait-on plus de confiance aux femmes pour régler des situations de crise ? Theresa May pourrait bien en avoir bénéficier dans cette période post-Brexit. Après le référendum lancé par son prédécesseur David Cameron, ça va être à elle d'en assurer la réalisation du résultat. Lourde tâche. 


« Si vous voulez que quelque chose soit dit, demandez à un homme ; Si vous voulez que quelque chose soit fait, demandez à une femme ». Cette citation de Margaret Thatcher figurait en Une du Daily Telegraph, le 8 juillet dernier, à côté d’une photo de Theresa May et de sa concurrente Andrea Leadsom. Un pied de nez à leurs collègues masculins ? 
 

Plus de femmes en politique

Dans une période tendue politiquement au Royaume-Uni, il semble que les femmes trouvent leur place. "Un vent féminin souffle sur le paysage politique" britannique titrait nos confrères de l’AFP. "S'agit-il d'une heureuse coïncidence ou le plafond de verre est-il enfin brisé?", s'interrogeait aussi le quotidien The Guardian.

En effet, Theresa May, n’est plus la seule à briguer et remporter des mandats d’importance. Dans le parti travailliste britannique, Angela Eagle a déposé lundi 11 juillet sa candidature pour prendre la tête du parti actuellement entre les mains de Jeremy Corbyn. 
 
Angela Eagle, à droite, aux côtés de Jeremy Corbin dont elle brigue le mandat à la tête du parti des travaillistes. 
Angela Eagle, à droite, aux côtés de Jeremy Corbin dont elle brigue le mandat à la tête du parti des travaillistes. 
©AP Photo/Frank Augstein

En Ecosse, les femmes se sont installées à la tête de formations politiques. Nicola Sturgeon, dirigeante du Parti national écossais, est aussi la patronne du gouvernement régional depuis novembre 2014. C'est la « deuxième femme la plus puissante du Royaume-Uni », souligne sur France 24 Sophie Loussouarn. « Elle a un avenir devant elle à 46 ans. Elle souhaite renégocier les relations entre l’Ecosse et l’Union européenne. Elle pense même à organiser un second référendum sur l’indépendance de l’Ecosse. » 

La Première ministre écossaise le 29 juin 2016.
La Première ministre écossaise le 29 juin 2016.
©AP Photo/Geoffroy Van der Hasselt

Toujours en Ecosse, Ruth Davidson dirige, elle, le Parti conservateur régional quand le Parti travailliste est mené par Kezia Dugdale.
 
Depuis le début de l'année, en Irlande du Nord, Arlene Foster est à la tête du gouvernement régional depuis le début de l'année tandis qu'au Pays de Galles, Leanne Wood dirige le Plaid Cymru depuis 2012, l'une des principales formations politique de la région.
 
« Tout ceci montre que les barrières qui pouvaient exister vers l'accession aux plus hautes fonctions ont complètement disparu », déclare à l'AFP Iain Begg, chercheur en sciences politiques à la London School of Economics (LSE). « L'évolution reste lente mais la société veut désormais qu'être homosexuel ou être une femme ne soit plus un obstacle ».
 

Briser le plafond de verre

Une satisfaction également pour Resham Kotecha, directrice des opérations pendant quatre ans de l’organisation Women2win. Cofondée par Theresa May et la Baronne Jenkin of Kennington, cette organisation politique a pour but de soutenir l'engagement de David Cameron de pousser davantage de femmes à des postes de députées notamment.

La nomination de Theresa May, apparaît pour Resham Kotecha comme une vraie victoire, un modèle : « C’est très bien pour les jeunes filles de voir que c’est complètement normale et possible pour des femmes d’être Première ministre. Theresa May brise à nouveau le fameux plafond de verre. Quand Margaret Thatcher l’avait fait pour la première fois, c’était facile pour les gens de dire que c’était une exception. Mais, aujourd'hui cela se reproduit. »
 
La Une du Guardian du 13 juillet 2016.
La Une du Guardian du 13 juillet 2016.
©DR

Parité politique

Si pour la deuxième fois, c'est une femme conservatrice qui accède au poste de Première ministre, le décalage reste encore important entre le nombre d'élues travaillistes et conservatrices au Parlement.

« Le parti travailliste a fait un formidable travail pour encourager des femmes à entrer au Parlement », reconnaît Resham  Kotecha. 
 
En effet, la Labour compte aujourd'hui 99 députées sur 230 quand le Parti conservateur n'en dénombre que 68 sur 330.

Et encore, les Tories ont fait des progrès. En 1997, ils ne comptaient que 13 députées dans leurs rangs et en 2005, seulement 17.  

L'accession de Theresa May au poste de Première ministre pourrait peut-être susciter aussi de nouvelle vocations. Fidèle à son engagement au sein de Women2win, elle a assuré vouloir faire entrer plus de femmes dans son gouvernement.