Avec l'obligation d'inhumer les foetus, le Texas veut enterrer le droit à l'avortement

"Gardez vos rosaires hors de mes ovaires", crient ces manifestantes texanes contre l'inhumation des foetus, obligatoire à compter du 19 décembre 2016 au Texas, dernier volet de la lutte impitoyable menée par cet Etat du Sud contre l'IVG envers et contre toutes les condamnations de la Cour suprême des Etats-Unis.
"Gardez vos rosaires hors de mes ovaires", crient ces manifestantes texanes contre l'inhumation des foetus, obligatoire à compter du 19 décembre 2016 au Texas, dernier volet de la lutte impitoyable menée par cet Etat du Sud contre l'IVG envers et contre toutes les condamnations de la Cour suprême des Etats-Unis.
AP Photo/Tamir Kalifa

Malgré les injonctions de la Cour suprême, le Texas poursuit sa croisade contre le droit à l'avortement. Dernière trouvaille de cet Etat du Sud des Etats-Unis : obliger à l'inhumation, par crémation ou enterrement, des foetus, de quelques jours ou de quelques semaines, après les interruptions de grossesse ou des fausses-couches. Les défenseurs de l'IVG ont obtenu un sursis : l'entrée en vigueur prévue ce 19 décembre 2016 a été suspendue jusqu'au 3 janvier 2017.

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Les autorités texanes n'ont pas attendu l'élection de Donald Trump et de son co-listier Mike Pence pour prendre leur énième mesure anti avortement. Un hommage anticipé au futur vice-président des Etats-Unis. L'ultra-conservateur avait déjà proposé, dans l'Etat d'Indiana dont il est gouverneur, de procéder à un enterrement après un avortement ou même une fausse couche.

Mais ce que le Mike Pence n'a pas réussi au Nord des Etats-Unis, le Texas semble en passe de le faire au Sud. Malgré le sursis accordé par un juge fédérale contre cette nouvelle mesure des croisés anti-IVG : obliger les cliniques (une poignée en réalité) à inhumer, en les enterrant ou en les brûlant, les foetus de quelques heures, quelques jours, quelques semaines, issus d'un avortement.

Les nouvelles règles "sanitaires", décidées à la fin de juillet 2016, devaient entrer en vigueur le lundi 19 décembre 2016. Mais, le 15 décembre 2016, le juge fédéral Sam Sparks a décidé, à Austin - Texas, in extremis, de suspendre cette application. Un "petit juge", tout seul, se dresse donc contre la machine à broyer les droits des femmes au Texas, Etat du Sud des Etats-Unis qui défend par ailleurs la peine de mort et l'extension du mur avec le Mexique pour empêcher la venue des migrants. Le sursis obtenu pourrait être de courte durée - pour l'instant jusqu'au 3 janvier 2017.
On rappellera la promesse de campagne de Donald Trump : "Voici ce qui va se passer. Je suis pro-life (anti-avortement) et les juges seront pro-life".


Les adversaires, autorités du Texas, partisanes de ce qui est présenté comme une directive sanitaire d'un côté, rares établissements pratiquant encore des IVG au Texas de l'autre, doivent se retrouver au lendemain de la nouvelle année devant le tribunal.
Mais le juge Sparks semble s'arracher les cheveux. Il a confié à l'un des quotidiens texans, le Houston Chronicle : "Je ne peux pas imaginer avoir une inspiration sur la façon de statuer dans ce cas-là."

Défaire le droit à l'avortement, une obsession mortifère au Texas

Le Texas ne manque pas d'imagination pour empêcher l'exercice du droit à l'avortement dans leur Etat. A commencer par Rick Perry qui le dirigea 5 ans durant, et qui vient d'être récompensé de sa fidélité aux idéaux les plus éculés du Parti républicain et de son mouvement "Tea Party" : le 21 janvier 2017, il deviendra officiellement le très climato-sceptique Secrétaire d'Etat à l'Energie de Donald Trump.
Cet héritier de la guerre de sécession et de la toute puissance des Etats contre Washington, proche de George W. Bush, adversaire des unions homosexuelles, a bataillé non stop  contre le droit à l'avortement, jusqu'à l'obsession : loi obligeant tout médecin de l'État à montrer l'échographie de son fœtus à une femme voulant pratiquer une IVG, et à lui faire écouter ses battements de cœur ; loi obligeant les cliniques à investir dans du matériel de pointe qui n'avaient rien à voir avec l'avortement et à inscrire les patientes dans des hôpitaux voisins en cas de complication, brisant là leur anonymat.

Opération réussie. Des 40 établissements permettant aux Texanes d'avorter en 2013, il n'en restait plus que six à fonctionner à l'aube de l'été 2016. Mais la justice fédérale a cassé l'une après l'autre ces initiatives.

Il est impératif d'établir des standards plus élevés pour démontrer que nous respectons la sainteté de la vie humaine
Gregg Abbott, gouverneur du Texas, juillet 2016

Face à l'hostilité des juges fédéraux, les Texans héritiers de Rick Perry, ont poursuivi leur chemin de croix. Et le 1er juillet 2016, en pleine campagne présidentielle, ces ennemis jurés de Hillary Clinton, inventent d'autres procédés pour passer outre la décision de la Cour suprême leur rappelant qu'on ne pouvait pas détricoter à sa convenance le droit inaliénable des Américaines à avorter, acquis en janvier 1973.

Premier acte de fronde avec ce "dispositif sanitaire", ne nécessitant donc aucune ratification électorale, finalisé le 29 novembre  : à compter du 19 décembre 2016, "les établissements médicaux devront prendre à leur charge le coût des funérailles pour les foetus, peu importe la période de gestation". Jusqu'à présent, ils étaient considérés comme des déchets biologiques.

Greg Abbott, gouverneur républicain du Texas a expliqué qu'il fallait limiter la propagation d'éventuelles maladies contagieuses. Mais dans un courrier postérieur adressé à ses donateurs, il "estime qu'il est impératif d'établir des standards plus élevés pour démontrer que nous respectons la sainteté de la vie humaine".

C'est aussi un message aux femmes qui leur montre que l'idéologie est plus importante que leur liberté
David Brown, avocat des défenseur de l'IVG

La décision de suspension prise par le juge a été accueillie avec une joie mesurée par les défenseurs de l'IVG. "La décision du juge est destinée à envoyer un message à la Cour suprême sur le fait que le Texas s'apprête à les défier une fois encore, et c'est aussi un message aux femmes qui leur montre que l'idéologie est plus importante que leur liberté" a commenté David Brown, l'un des avocats du Centre pour les droits reproductifs, une organisation nationale de défense du droit à l'avortement.

D'autres mesures, plus perverses, accompagnent cette nouvelle injonction : des menaces et moyens de pression contre les candidates à l'IVG, en les obligeant à lire des pseudo textes scientifiques assénant que l'avortement provoque des cancers du sein. Ou encore en organisant dans les cimetières des commémorations incantatives en mémoire de ces "enfants putatifs tués".

 

En attendant le nouvel épisode judiciaire, on laissera à cet internaute (pourtant républicain) américain, le mot de la fin - provisoire : "Alors comme ça les Républicains affirment qu'il n'y a pas de guerre contre les femmes ? Le Texas veut imposer des funérailles après les fausses-couches et l'Ohio interdit l'avortement au delà de six semaines…"
 
#yaduboulot. Et beaucoup...

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