Terriennes

#LesPrincessesOntDesPoils ou comment assumer sa pilosité

Sur Twitter, des jeunes femmes postent des photos de leur pilosité afin de revendiquer le fait qu'elles s'assument telles qu'elles sont. 
Sur Twitter, des jeunes femmes postent des photos de leur pilosité afin de revendiquer le fait qu'elles s'assument telles qu'elles sont. 
©capture d'écrans

Sur les réseaux sociaux des adolescentes françaises s’affranchissent des préjugés et des canons de beauté en décidant de ne plus s’épiler, d’assumer leur pilosité. Ou comment l’épilation féminine continue d’être remise en question.

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Finie la chasse aux poils ? Marre des épilations intégrales, infernales ? Des adolescentes françaises ont décidé de garder leurs poils et de le revendiquer sur les réseaux sociaux avec le mot clé : #LesPrincessesOntDesPoils devenu rapidement viral le 12 juillet. Les médias internationaux s’en sont aussi emparés dans des articles souvent publiés par des femmes. 

Photos d'avant-bras, de jambes couvertes de poils continue de fleurir sur Twitter. 



Ce dernier tweet a trouvé cette réponse parmi les internautes : 

Certains ne manquent pas de misogynie sur les réseaux sociaux. Premier ou second degré ? 

Parfois les réponses ont été tellement haineuses que certaines internautes décident de faire disparaître leurs tweets :
 
Comme celui ci-dessous restait introuvable au lendemain de sa publication : 

Et le message est passé. Être libre de son corps, ne pas avoir honte, c’est exactement ce que prône une adolescente française à l’origine de cette vague de tweets : Adèle Labo, 16 ans. Tout a commencé dans ce clip diffusé sur la plateforme Vimeo pour un concours de vidéos : 


Puis le 11 juillet, elle publie ce tweet appelant aux contributions : 

Pourquoi utiliser le terme "princesse" ? "C'est plus une façon de décrédibiliser et banaliser la chose :) même les princesses ont des poils", répond-elle à un internaute sur son compte Twitter. Et pourquoi défendre les poils demandent un autre ? "Parce que c’est la vie ", écrit-elle et parce qu’elle a aussi été la cible, plus jeune, de moqueries comme "tu ressembles à un gorille" ou "c'est moche", explique-t-elle au Huffington Post
 
Ce mot-clé lancé sur la toile, c’est une façon pour elle de se libérer des diktats de la mode qui aujourd'hui imposent dans les publicités et les magazines la femme imberbe. Et son initiative, si elle soulève des critiques, est aussi largement plébiscitée par les femmes et certains hommes. 
 

La pilosité, toute une histoire

Garder sa pilosité ou choisir l’épilation, des usages qui ont beaucoup évolué dans l’histoire des femmes. Plus que les bras et les jambes, ce sont les poils pubiens qui font débat. "Signe d’esclavage dans l’antiquité égyptienne, l’épilation intime est à la Renaissance un signe d’émancipation féminine qui préoccupe sacrément les hommes ", raconte l’historienne Diane Ducret dans un article publié sur Vanity Fair
 
Le pubis se couvre à l’aube du XIXème siècle de poils qui seront censurés sur les plateaux d'Hollywood. Alors que les années 1960-70 valorisent un corps au naturel, peu à peu, la mode du pubis imberbe, comme à la Renaissance, refait son apparition, aidée plus tard par l'industrie de la pornographie. 
Alors mesdames, quoi que vous décidiez pour votre buisson ardent, ne tolérez aucun diktat.
Diane Ducret, historienne.
Dans un éditorial publié dans The Guardian, Mona Chalabi considère ce retour de la mode " sans poils " comme une manière de ne pas passer au statut de femme : " Nous avons été entraînée à cacher le fait que nous avons traversé la puberté. Être considérée féminine c'est rester une petite fille - ne pas parler trop fort, ne pas être trop grande, ne pas avoir trop de formes et bien sûr ne pas être trop poilue. (...) Ce n'est pas seulement une question de pression pour être féminine. Vivre sans poils c'est plutôt une norme de beauté blanche.
 
Mais comme le rappelle Diane Duret, à chacune son style. « Dès lors qu’elle est choisie, l’épilation est une déclaration de liberté et d’indépendance. Mais imposée, elle est le comble de l’aliénation de la femme. Alors mesdames, quoi que vous décidiez pour votre buisson ardent, ne tolérez aucun diktat dans votre petite culotte, et n’oubliez jamais de vous poiler du qu’en dira-t-on. » A Terriennes on n’aurait pas écrit mieux.