Avec Márcia De Carvalho, l’écologie solidaire a trouvé chaussette à son pied

La créatrice Márcia De Carvalho avec Zeinab, mère de famille sans emploi
La créatrice Márcia De Carvalho avec Zeinab, mère de famille sans emploi
Louise Pluyaud

Qui n’a jamais cherché en vain dans son bac à linge propre le pendant droit de sa socquette gauche ? Personne n’échappe au syndrome de la chaussette solitaire. Un problème domestique résolu par Márcia De Carvalho. Avec son association Chaussettes Orphelines, cette créatrice propose à des femmes isolées de redonner vie à nos bas de laine. Une idée simple et astucieuse à méditer à la COP21

dans

Au coeur du quartier cosmopolite de la Goutte d’Or, dans le 18ème arrondissement de Paris, se trouve un atelier-boutique où les habits présentés sont issus d’un processus de fabrication bien particulier. Au premier coup d’oeil, rien de flagrant si ce n’est l’amoncellement de pulls, robes, bonnets et chaussettes en laine aux couleurs tantôt pastels tantôt chatoyantes. Des créations originales réalisées par Márcia De Carvalho. Une créatrice brésilienne débordante d’imagination qui a fait du recyclage sa marque de fabrique.

Ces chaussettes dont on ne sait jamais quoi faire sont une formidable matière première

Toutes ses pièces de collection sont réalisées à partir de chaussettes esseulées.

La France produit plus de 868 millions de tonnes de déchets par an. Plus de la moitié ne sont pas revalorisées. (chiffres Ademe 2014).

De vieilles socquettes devenues inutiles qu’elle a eu la bonne idée de réutiliser alors qu’elle rangeait les tiroirs de ses enfants. « Ces chaussettes dont on ne sait jamais quoi faire sont une vraie richesse ! C’est une formidable matière première », se réjouit la styliste qui, cette année, en a reçu plus de 10 000. « Grâce au bouche à oreille, les gens m’en envoient de toute la France. Je fais aussi des collectes dans les écoles du quartier, les ministères et les entreprises. »

Les chaussettes et autres créations de Márcia De Carvalho rencontrent un franc succès. Comptez 18 euros pour une paire en fil recyclé.
Les chaussettes et autres créations de Márcia De Carvalho rencontrent un franc succès. Comptez 18 euros pour une paire en fil recyclé.
Louise Pluyaud

Une fois récoltées, les chaussettes sont lavées et traitées dans une usine située dans le Sud-Ouest du pays. En les mélangeant à des chutes de laine issues de bonneteries locales, les filateurs en font un fil 100% recyclé. « Ce projet créatif des Chaussettes orphelines s’inscrit dans une économie circulaire et permet aux artisans d’apporter leur savoir-faire traditionnel au service d’une mode innovante et éthique. Il répond également au désir des consom’acteurs de respecter l’environnement », soutient la créatrice qui très jeune fut initiée à la couture par sa mère et au développement durable par son père, une sorte de Géo Trouvetout toujours prompt à revaloriser n’importe quel déchet ménager.

La maille au coeur

D’abord un projet créatif, Chaussettes orphelines se constitue en association dès 2008. « En plus du respect de l’environnement, j’ai eu envie de transmettre ma passion de la couture à des personnes en difficulté », raconte Márcia qui dédie 10% de ses ventes à son activité solidaire. Avec cet argent, elle met en place les « Ateliers d’insertion sociale du jeudi après-midi ». Gratuits, elle y convie les femmes du quartier qui désirent sortir de l'isolement et exprimer leur créativité.

Avec des bouts de chaussettes découpées, Márcia De Carvalho propose notamment aux participantes de réaliser des patchworks originaux. Leurs créations ne sont pas vendues contrairement à celles de la styliste. A l’issue des ateliers, chaque femme repart avec son ouvrage. Fière d’avoir réalisé quelque chose de ses propres mains.
Avec des bouts de chaussettes découpées, Márcia De Carvalho propose notamment aux participantes de réaliser des patchworks originaux. Leurs créations ne sont pas vendues contrairement à celles de la styliste. A l’issue des ateliers, chaque femme repart avec son ouvrage. Fière d’avoir réalisé quelque chose de ses propres mains.
Louise Pluyaud

Zeinab, une mère de famille d’origine maghrébine sans emploi en fait partie. Ce jeudi, elle vient pour la première fois. Timidement, elle passe la porte de la boutique. Son français est un peu hésitant, sa voix douce est chuchotante mais l’accent chaleureux de la créatrice brésilienne la met vite à l’aise. Passé son magasin de prêt-à-porter, la styliste l’invite à rejoindre son atelier.

Alicia et Gilles, deux étudiants de l’Ecole de la Maille de Paris arrivent à leur tour. « L’association collabore avec cette école, située un peu plus haut dans la rue, explique la créatrice. Ce sont les élèves qui animent les ateliers. Je ne fais que superviser. »

J’aime allier tricotage, recyclage et partage

Le cours commence. Zeinab a apporté son ouvrage en crochet, un petit bonnet de laine pour son nourrisson. Il y a peu de participantes cet après-midi, alors Gilles s’attelle à la tâche et décide de confectionner un bol en tricotant des bandes de plastique. « Comme Márcia, j’aime allier tricotage, recyclage et partage », sourit-il pendant qu’Alicia apprend à Zeinab à tricoter avec de grosses aiguilles.

Alicia apprend l’art du tricot à Zeinab. Engagée sur les questions environnementales, l’étudiante souhaite mêler couture et écologie. Bénévole pendant un an au sein de l’ONG Conserve India, elle a même appris aux habitants des bidonvilles de New Delhi comment recycler les déchets plastiques pour en faire des accessoires de mode. Une façon optimiste de les sensibiliser au développement durable.
Alicia apprend l’art du tricot à Zeinab. Engagée sur les questions environnementales, l’étudiante souhaite mêler couture et écologie. Bénévole pendant un an au sein de l’ONG Conserve India, elle a même appris aux habitants des bidonvilles de New Delhi comment recycler les déchets plastiques pour en faire des accessoires de mode. Une façon optimiste de les sensibiliser au développement durable.
Louise Pluyaud

Les deux femmes viennent de se rencontrer, mais entre elles un lien se tisse rapidement. « En plus d’échanger mon savoir-faire, la mode me permet de faire des rencontres et d’apprendre de l’autre », se réjouit la jeune fille dont le regard pétille derrière sa paire de lunettes rouges et noires. Attentive, Zeinab suit ses conseils avidement pour réaliser sa première maille. Gilles lui n’a jamais fait de crochet. Qu’à cela ne tienne, Zeinab lui donne quelques conseils sous le regard amusé de Márcia.

La créatrice Márcia De Carvalho dans son atelier-boutique à la Goutte d’Or, Paris 18ème
La créatrice Márcia De Carvalho dans son atelier-boutique à la Goutte d’Or, Paris 18ème
Louise Pluyaud

Depuis qu’ils existent ces ateliers ont permis à plusieurs femmes du quartier de se réinsérer. Et si certaines sont encore au chômage, elles ont trouvé chez Márcia « un peu de chaleur humaine et beaucoup de bonne humeur ». En témoigne Vanessa, animatrice dans l’association depuis trois ans.

Zeinab, quant à elle, reviendra la semaine prochaine avec plaisir : « J’ai passé un agréable moment. Un moment rien que pour moi. Autour d’un thé et de quelques bobines de fil, je me sens dans mon élément. » Le froid de l’hiver lui a aussi donné une nouvelle idée : confectionner une écharpe pour sa fille mais cette fois en fil 100% recyclé et made in France multiculturelle.

Pour en savoir plus et participer

Quelles chaussettes sont acceptées ? Toutes, même celles de tennis ou les modèles trouées.

Où les envoyer ? Au siège de l’association Chaussettes orphelines, Marcia de Carvalho, 2 rue des Gardes, 75018 Paris.

Visiter le site de l'association