Rêv’Elles conjugue talent et milieu modeste au féminin

<span>Remise des diplômes à l'issue du parcours Rêv'Elles, session avril 2015. ®GwelProd</span>
Remise des diplômes à l'issue du parcours Rêv'Elles, session avril 2015. ®GwelProd

Fondée en 2013, l’association Rêv’Elles s’est donné pour mission de redonner confiance et espoir à des jeunes filles issues de milieux populaires, en Ile-de-France. Grâce à un programme de développement personnel et une équipe de « rôles-modèles » pour les encourager à bâtir le projet professionnel de leur rêve.

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C’est avec un enthousiasme communicateur et une détermination affirmée qu’Athina Marmorat a inauguré la troisième rentrée de son association Rêv’Elles, lors d’une soirée organisée le 17 septembre 2015, dans le 13e arrondissement de Paris. Un événement que cette consultante en innovation pédagogique avait décidé de placer sous le signe du voyage.

« Je vous invite à faire un retour en arrière. Fermez les yeux et respirez bien fort, s’est-elle adressée à une salle remplie majoritairement de femmes au sourire amusé. Vous avez 16 ans. Rappelez-vous cette période là et les questions que vous vous posiez. Quelles étaient vos envies quant à votre orientation professionnelle ? Remontez le temps petit à petit. Pourquoi avez-vous choisi de faire telles ou telles études ? Qui sont les personnes autour de vous qui ont influencé les raisons de ces choix ? Revenez maintenant à aujourd’hui, à la personne que vous êtes, à ce que vous faites. Et demandez-vous comment vous y êtes parvenus. » De quoi laisser songeur…

J’ai eu envie d’aider ces jeunes filles à voir plus grand, plus loin que leur propre horizon

Ce voyage dans le temps, la fondatrice de Rêv’Elles l’a fait il y a quelques années, quand elle a commencé à intervenir dans des collèges et lycées de Seine-Saint-Denis pour le compte d’associations qui travaillent sur le champ de l’égalité.

A regret, Athina Marmorat remarque que les jeunes filles ont presque toutes les mêmes ambitions personnelles. En général, elles veulent devenir assistante de direction, puéricultrice ou secrétaire. « Non pas par vocation ou réelle envie, mais parce que c’est ce que font leur mère, leur sœur ou une amie, explique-t-elle. Elles ne s’imaginent pas faire d’autres métiers, puisque c’est tout ce qu’elles connaissent. » Avant même de se lancer dans la vie active, « elles se mettent des barrières et ne s’autorisent pas à rêver. »
 
En grattant un peu plus derrière leur apparente réserve, l’ancienne responsable de départements marketing et commercial de grands groupes internationaux, découvre aussi une certaine pudeur de l’ambition, un manque de confiance de la part de ces adolescentes, pour certaines en décrochage scolaire. « Pourtant du potentiel, elle en ont. Et beaucoup. Il faut juste les en convaincre. »

<span>L'association d'Athina Marmorat a gagné en 2014 le Trophée des Associations de la Fondation EDF. ©Rêv'Elles</span>
L'association d'Athina Marmorat a gagné en 2014 le Trophée des Associations de la Fondation EDF. ©Rêv'Elles

La force de la diversité


Et comment elle, Athina, s’en était-elle convaincue ? Comment était-elle devenue la femme qu’elle voulait être à 16 ans ? « En repassant le film de ma jeunesse, j’ai pris conscience de mon privilège : avoir eu des parents qui m’ont toujours encouragée et soutenue dans mes choix. » A sa sœur et elle, leur père -  arrivé de Tunisie à l’âge de 18 ans pour tenter sa chance en France et faire carrière dans l’ingénierie - leur répète de « ne jamais dépendre de personne » et de devenir « leur propre réussite ». Avec une phrase comme celle-là, forcément on se sent pousser des ailes.

Mais tout le monde n’a pas la chance d’entendre cette formule magique, que ce soit de la part de ses parents, d’un proche ou d’un professeur. Athina le sait, elle s’en rend compte un peu plus à chaque intervention faite en classe. A force, « j’ai eu envie d’aider ces jeunes filles si peu sûres d’elles-mêmes à voir plus grand, plus loin que leur propre horizon. » Et pour ce faire, elle crée Rêv’Elles afin de leur donner accès à l’information, leur transmettre l’envie d’étudier et réaliser leur rêve, tout comme son père l’avait fait avec elle une dizaine d’années auparavant. Les actions et programmes de l'association sont gratuits. 

J’ai compris qu’habiter en banlieue et être une femme, n’étaient pas des tares mais des richesses

Le partage, l’envie, la « gnac », elle a ça dans le sang Athina. Déjà, en 2009, elle avait développé le CV Vidéo, un outil original pour la recherche d’emploi qui a accompagné plus de 800 jeunes en trois ans. Quatre ans plus tard, elle innove encore et lance « Rêv’Elles ton potentiel », un programme d’orientation et d’insertion professionnelle fondé sur une approche éducative. « Il s’adresse à toutes les jeunes filles qui ont besoin de trouver leur voie, de développer leur confiance en elles et apprendre à communiquer en public », détaille son initiatrice.

Dans la salle, d’anciennes participantes sont venues revoir et remercier leur "bienfaitrice". Parmi elle, Ludivine, 16 ans, inscrite à l’une des trois sessions organisées pendant la période 2014-2015. « Je ne suis qu’en 1ère mais déjà, au lycée, on nous met la pression avec les admissions post-bac, souffle cette petite brune au regard franc. Je ne sais pas encore ce que je veux faire plus tard. Mais grâce à Rêv’Elles, j’ai gagné en confiance et en estime. Pour moi, c’est le plus important. »

Séance d'atelier collectif lors du programme "Rêv'Elles ton potentiel". L'association proposera également pour l'année 2015-2016 un accompagnement individualisé "Rêv'Elles Mentorat" pour toutes les jeunes filles qui souhaitent être suivies, après leur participation au programme, par une rôle-modèle. <span>©Rêv'Elles</span>
Séance d'atelier collectif lors du programme "Rêv'Elles ton potentiel". L'association proposera également pour l'année 2015-2016 un accompagnement individualisé "Rêv'Elles Mentorat" pour toutes les jeunes filles qui souhaitent être suivies, après leur participation au programme, par une rôle-modèle. ©Rêv'Elles

Des résultats très prometteurs


Pendant les vacances scolaires, elle et vingt-trois autres jeunes filles âgées entre 16 et 20 ans ont participé à cinq jours d’ateliers collectifs, suivis de deux heures d’entretien individuel. « C’était intense mais efficace, témoigne Maroi, la voix un peu hésitante mais qui, il y encore quelques mois, n’aurait jamais pris la parole aussi facilement. J’ai compris qu’habiter en banlieue, et surtout être une femme, n’étaient pas des tares mais des richesses. »

Le parcours est en effet animé par des femmes issues du monde de l’entreprise, des « rôles-modèles » avec qui les jeunes filles peuvent dialoguer sur leurs métiers et leur parcours. Elles sont la preuve que d’autres métiers les attendent. Mariam Khattab en est l’exemple. Pour cette responsable du pôle recrutement au sein de MOZAIK RH, aider ces futures femmes à prendre leur envol était une évidence. « Une mauvaise orientation peut faire beaucoup de dégâts. J’avais envie d’apporter ma pierre à l’édifice, de conseiller ces jeunes filles pour qu’elles puissent faire les bons choix.» Rêv’Elles les met sur les rails, à elles ensuite de faire le reste du chemin.

Je ne suis plus perdue. J’ai repris mes études, et je vais bientôt passer mon bac ES

Pour le moment, seul l’avenir nous dira à quel point l’association peut changer le cours de la carrière de ces jeunes filles. Mais, déjà, de belles histoires méritent d’être racontées. Comme celle de Dinah, par exemple, une jeune femme de 19 ans venue pour l’occasion raconter comment Rêv’Elles a modifié le tracé de sa vie. « Avant le parcours, j’étais la reine du pessimisme, déclare-t-elle avec humour. Je détestais l’école. Depuis un an, je n’y allais plus. Autant vous dire que j’étais persuadée de n’avoir aucun avenir. »

Puis, une amie lui parle de Rêv’Elles. Sceptique, elle doute de l’efficacité du programme de développement personnel proposé par l’association. Mais lassée d’entendre autour d’elle cette sombre maxime « L’espoir mène au désespoir », elle décide de s’inscrire.

Dinah (à gauche) et Sonia, 19 ans, ont participé au programme "Rêv'Elles ton potentiel" en 2013. Depuis Dinah a repris ses études et Sonia est en première année à Sciences Po. Paris. <span class="st">©Rêv'Elles</span>
Dinah (à gauche) et Sonia, 19 ans, ont participé au programme "Rêv'Elles ton potentiel" en 2013. Depuis Dinah a repris ses études et Sonia est en première année à Sciences Po. Paris. ©Rêv'Elles

« Quand j’ai commencé, je ne parlais pas. J’étais tout le temps dans mon coin. » Jours après jours, rencontres après rencontres, échanges après échanges, Dinah finit pourtant par s’ouvrir aux autres, se découvrir, et se délivrer d’un pessimisme réfrénant. « Merci à Athina de m’en avoir fait sortir. Aujourd’hui, sinon, je ne serais pas là en train de parler à un public pour la première fois de ma vie. »

Depuis sa participation, Dinah a même trouvé sa voie. « Je ne suis plus perdue. J’ai repris mes études, et je vais bientôt passer mon bac ES. » Les admissions post-bac ? Même pas peur. Passionnée par les langues, la jeune fille sait déjà qu’elle veut en faire son métier. Elle étudie l’anglais, l’espagnol, l’arabe, le mandarin, et le coréen. Comme disait Jacques Brel : « Le talent c’est l’envie et on a tous envie de développer nos talents.

Association Rêv'Elles