" Ceci n'est pas un cintre " : pour le droit à l'avortement et contre la culpabilisation des femmes

Visuel de la campagne Ceci n'est pas un cintre Planning Familial 
Visuel de la campagne Ceci n'est pas un cintre Planning Familial 

Quand dans nombre de pays, c'est pour la légalisation de l'IVG qu'on lutte, en France, il reste à légitimer ce droit. C'est pour atteindre ces deux objectifs que le Planning Familial a décidé de lancer la campagne #CeciNestPasUnCintre en septembre 2016. A la veille du 28 septembre, journée mondiale de ce droit à l'avortement arraché de haute lutte par les femmes, rencontre avec Véronique Séhier, la co-présidente du mouvement.

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« Ceci est un cintre. Alors faisons en sorte que plus jamais aucune femme, ici ou ailleurs n'ait à le détourner de sa fonction » nous est-il expliqué dans la dernière vidéo de la campagne « Ceci n'est pas un cintre ». Le Planning Familial a choisi un cintre comme symbole des avortements illégaux, qui tuent 47 000 femmes par an.

Avant la loi Veil de 1975, en France, cet objet du quotidien était utilisé pour interrompre une grossesse. Il l'est encore dans de nombreux pays. Comme les aiguilles à tricoter. Introduites dans l'utérus. Vous l'aviez deviné.

Ceci n'est pas un cintre, mais...

La campagne « Ceci n'est pas un cintre », lancée en ce début de mois de septembre 2016 s'est accompagnée de la création d'une page Facebook, de comptes Twitter et Instagram, et d'un site Internet, accompagnés du mot dièse #CeciNestPasUnCintre. Ce dernier renvoie à un compte à rebours qui prendra fin le 28 septembre 2016, Journée internationale de la défense des droits à l'IVG.  Une actualité criante face à ce qui se passe en Pologne où les députés s'apprêtent à voter, en ce mois de septembre 2016, une interdiction totale de ce droit des femmes arraché de haute lutte.  Et au moment aussi de la suppression annoncée du "pass contraception" par la région Ile de France qui devrait renvoyer nombre de jeunes filles vers les cintres et autres tricoteuses.

 

Il faut faire de ce droit, aujourd’hui à part, un droit à part entière.
Véronique Sehier, co-présidente du Planning Familial

Entretien avec Véronique Sehier, co-présidente du Mouvement français Planning Familial

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Pourquoi vous a t-il paru nécessaire de mener la campagne #CeciNestPasUnCintre ? 

Véronique Sehier : La campagne a été lancée pour la Journée internationale du droit des femmes à l'avortement. On sait aujourd’hui qu’un avortement sur deux dans le monde se fait de façon illégale. 
 
Véronique Sehier
Véronique Sehier
Ce n'est pas parce que le droit à l'IVG n’existe pas dans un pays, que les femmes n’avortent pas. Elles le font dans des conditions dangereuses qui mettent en danger leur vie et leur santé. Lorsqu'elles en ont les moyens, elles payent le prix fort pour interrompre leur grossesse à l'étranger. Je pense aux femmes d’Amérique latine. Je pense aux femmes d’Irlande. Et je pense aux Polonaises (l'IVG est en passe d'être banni du droit dans ce pays membre de l'Union européenne, ndlr). 
 
Pour certaines femmes, même en Europe, c’est encore compliqué. On a bien vu en Espagne comment on a failli revenir en arrière il y a deux ans. 

Mais en France, le combat n'est-il pas gagné concernant le droit à l'avortement?
 
V. S. : En France, avorter est légal, mais pas légitime. Les femmes qui avortent, ou qui le souhaitent sont culpabilisées. L’avortement et la contraception sont deux facettes d’un même droit : celui des femmes à disposer de leur corps et de leur fécondité.
Il faut faire de ce droit, aujourd’hui à part, un droit à part entière.

Qu’entendez-vous par « culpabilisation » des femmes qui ont avorté ou qui le souhaitent ?
 
V. S. : C’est par exemple appeler une structure pour prendre rendez-vous pour un avortement et tout de suite avoir en premier à répondre à la question :  « Et vous aviez un moyen de contraception ? » ou « A votre âge, vous êtes sûre que vous ne voulez pas le garder ? ». Lorsque certaines femmes font une échographie avant l’IVG, il arrive également qu’on leur dise : « Regardez son petit cœur qui bat » alors qu’on sait bien qu'on parle d'un embryon, pas du tout d'un  projet d’enfant. 
 
Comment l’expliquer ?
 
V. S. : Les questions de contraception et d’avortement prennent très peu de place dans la formation des professionnels de la santé. Donc les femmes sont parfois accueillies avec des idées reçues de personnes qui considèrent que l’avortement est un échec et qui font transparaître leur ressenti. Certains médecins sont également délibérément anti-avortement ou considèrent qu’aujourd’hui, avec les moyens de contraception que les femmes ont à leur disposition, elles pourraient « faire attention ». 
 
Il y a les mots et les attitudes qui blessent… Et puis les difficultés d’information. Ca a beaucoup bougé dans ce domaine en France. Un numéro vert a été mis à disposition: « Sexualité,  Contraception, IVG », qui permet à toute personne d’avoir accès à une information fiable
 
A propos de désinformation, Laurence Rossignol, la ministre des Droits des femmes a récemment déclaré vouloir mettre en place une série de mesures pour lutter contre les sites anti-IVG, estimant qu’ils constituaient un délit d’entrave numérique. Qu’en pensez-vous ?
 
V. S. : Ces sites, comme IVG.net paraissent informatifs. Mais plus vous avancez dans votre navigation, plus on vous culpabilise et vous encourage à ne pas interrompre votre grossesse. Vous pourrez lire : « Ca n’est pas un acte anodin », «  Vous allez être traumatisée, certaines femmes ne s’en remettent jamais », « C’est compliqué, réfléchissez bien »,  occultant totalement que l’IVG est un soulagement pour bon nombre de femmes.
 
Ce qui est important c’est que les sites qui donnent de la véritable information aient un bon référencement et arrivent en premier sur Google.
 
Nous avons été confrontées à d’autres délits d’entrave à l’information. On a vu des groupes, des commandos qui venaient devant le planning familial ou les centres d’information pour empêcher les femmes d’accéder à l’info. Ce sont des jeunes, c’est inquiétant. Nous n’avons pas affaire qu’à des Xavier Dor (médecin retraité engagé contre l'avortement, ndlr) , regardez la campagne des Survivants qui utilisent Pokemon GO… 
 
Vous parlez des Survivants. Ils citent des chiffres : un enfant sur cinq serait avorté. Que pourriez-vous leur répondre ?
 
V. S. : En France, on compte 800 000 naissances et 200 000 avortements par an. Mais il est très important de rappeler que ce ne sont pas des enfants à naître. On ne parle pas d’un projet d’enfant. C’est ce discours là qu’il faut contrer.
 
Ils oublient que l’embryon n’est pas forcément à considérer comme un bébé ?
 
V. S. : Ils n’oublient pas. C’est une autre façon de penser, une  vision du monde dans laquelle la femme est complémentaire de l’homme et faite pour enfanter. C’est l’idéologie de la "Manif pour Tous" : un papa, une maman et des enfants. 
 
Ceux qui combattent l’IVG, comme la Manif pour tous, ou le mouvement One of us se disent pro-vie mais sont anti choix. Obliger une femme à avorter dans des conditions qui mettent sa vie en danger, ce n’est pas ce que l'on peut appeler pro vie.
 
 
Dédramatiser l'avortement avec les blogueuses 
 
  • My Little IVG: une B.D. digitale qui raconte l'histoire de Chloé, 28 ans et des différentes étapes entre le "positif" du test de grossesse et l'avortement, avec beaucoup d'humour.