Bangladesh : les travailleuses oubliées du Rana Plaza

La catastrophe du Rana Plaza a fait 1 138 morts et a laissé des familles en deuil © AFP
La catastrophe du Rana Plaza a fait 1 138 morts et a laissé des familles en deuil © AFP

Il y a un an, l'immeuble Rana Plaza s'effondrait au Bangladesh faisait 1 138 morts et plus de 2 000 blessés, en majorité des femmes. L'usine confectionnait des vêtements pour de grandes marques internationales. Ce drame avait relancé le débat sur la sécurité des usines et les conditions de travail des ouvriers du textile dans ce pays pauvre. Si l'indemnisation des victimes reste superficielle, des mesures ont été prises pour améliorer la situation des travailleurs.

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Le Bangladesh n'est pas prêt d'oublier la catastrophe du Rana Plaza. Et encore moins les employés qui travaillaient dans ce bâtiment. Beaucoup de femmes faisaient partie du personnel de l'usine. Elle restent profondément choquées par l'accident et la plupart ne veulent plus jamais travailler dans le domaine du textile. Certaines ont perdu des membres de leur famille et ont été gravement blessées. Reshma Akhter, une rescapée qui avait fait la Une de la presse mondiale l'année dernière, souffre toujours d'insomnies et d'attaques de panique liées au traumatisme du drame. Et comme elle, elles sont des centaines.
 
Peu ou pas d'indemnisations

Après la catastrophe, les victimes n'ont pas reçu les indemnisations qu'elles attendaient. Sur les 28 grandes marques internationales qui faisait confectionner leurs vêtements au Rana Plaza, seulement 10 d'entre elles ont accepté d'indemniser les victimes. "Les marques internationales devraient aider les blessés et les proches des ouvriers tués qui ont fabriqué leurs vêtements" affirme Phil Robertson de Human Right Watch. Le gouvernement du pays, lui, a versé l'équivalent de 300 euros à certaines familles.

Par ailleurs, les ONG et les syndicats dénoncent l'attitude de 29 chaînes de distribution, dont Benetton, Auchan, Mango ou Carrefour soupçonnées d'avoir eu recours, sans le dire, à cette production des ouvriers du Rana Plaza. Celles-ci nient les accusations alors que des étiquettes de ces marques ont été retrouvées dans l'immeuble du Rana Plaza. Elles refusent donc de participer au fonds mis en place pour les victimes.

De nouvelles mesures

Un an après l'événement, quelques améliorations ont été faites. Les distributeurs occidentaux ont été contraints de lancer des inspections de sécurité et le gouvernement a augmenté le salaire minimum. Pour consolider leur engagement, 150 entreprises internationales de 20 pays dans le monde ont signé l'Accord sur la sécurité et les risques incendies au Bangladesh (Fire and Safety Agreement). Les inspections ont déjà permis la fermeture de 16 usines qui ne respectaient pas les normes et des centaines d'autres devront améliorer leur sécurité. "Nous avons trouvé des défauts dans la quasi totalité des usines inspectées jusque-là", en particulier l'absence d'issues de secours et des systèmes électriques défaillants, a déclaré Brad Loewen, chef des inspecteurs de l'accord.
Côté salaire, le montant est passé de 38 à 68 dollars par mois.

Le Bangladesh est le deuxième producteur de vêtements au monde, derrière la Chine. 3 500 ateliers textiles ont été recensés dans le pays. La main d'oeuvre bon marché reste très attractive pour les entreprises internationales. Mais celles-ci commencent à s'installer en Ethiopie où la main d'oeuvre est encore moins chère.
 

Journal du 19/20 sur France 3

24.03.2014Reportage de J. BANERJEE et N. SINOBI
Bangladesh : les travailleuses oubliées du Rana Plaza