Obama, Trudeau, Hollande : tous féministes ?

Barack Obama, Justin Trudeau et François Hollande, trois chefs d'Etat qui ont décidé de se revendiquer féministes. 
Barack Obama, Justin Trudeau et François Hollande, trois chefs d'Etat qui ont décidé de se revendiquer féministes. 
©AP Manuel Balce Ceneta/Andrew Harnik/Patrick Kovarik, Pool via AP

Le président américain a récemment publié une tribune dans le magazine Glamour pour revendiquer son féminisme. Quelques mois plus tôt, c’était le Premier ministre canadien et François Hollande qui usaient, eux aussi, de cet adjectif. Position sincère, revendication ou geste politique ? 

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Fé-mi-nis-te. Ce mot n’aura peut-être jamais été autant prononcé ces derniers mois par des hommes de/au pouvoir. Dans une tribune publiée le jeudi 4 août 2016 dans le magazine américain Glamour, c'est Barack Obama qui clame son féminisme. 
 

Obama : père et président féministe en campagne 

Dans son texte, le président américain qui se prépare à voir ses filles Malia et Sasha « quitter le nid » se dit « optimiste pour elles » qui vivent dans « une période extraordinaire pour être une femme » grâce aux avancées réalisées ces dernières décennies par et pour les femmes. 
 
« Les progrès que nous avons accomplis les 100, 50 dernières années et, oui, même ces huit dernières années, ont rendu la vie de mes filles clairement meilleure que ce ne le fut pour mes grands-mères. Et je ne dis pas cela seulement en tant que président mais aussi comme féministe. » 
 
Le mot est lâché. Barack Obama est donc... féministe. Un féminisme façonné au contact des femmes de sa vie : « Les personnes les plus importantes dans ma vie ont toujours été des femmes. J’ai été élevé par une mère seule, qui a passé une grande partie de sa carrière à valoriser les femmes de pays développés. J’ai regardé ma grand-mère, qui l’a aidée à m’élever, gravir les échelons dans une banque jusqu’à atteindre le plafond de verre. J’ai vu aussi comment Michelle a trouvé l’équilibre entre les exigences d’une carrière bien remplie et fonder une famille. Donc j’aime à penser que je suis assez au courant des défis auxquels les femmes sont confrontées (...). » 

Le président américain Barack Obama et ses filles Malia, Sasha ainsi que son épouse Michelle à leur arrivée à la Maison Blanche, le 3 janvier 2016. 
Le président américain Barack Obama et ses filles Malia, Sasha ainsi que son épouse Michelle à leur arrivée à la Maison Blanche, le 3 janvier 2016. 
©AP Photo/Jacquelyn Martin

Aujourd’hui, plus qu’hier peut-être, (ses filles qui grandissent, Hillary Clinton donc une femme candidate démocrate à soutenir ?) le président revendique dans ces colonnes son féminisme tout en soulignant les progrès qu’il reste à accomplir. Parce que comme nous l’écrivons souvent sur Terriennes : #yaduboulot !


C’est important que leur père soit féministe parce qu’aujourd’hui c’est ce que l’on attend de tous les hommes.

Barack Obama

Le président américain reconnaît qu’en dépit des droits acquis par les femmes : indépendance financière, liberté sexuelle, mener une carrière, suivre des études, il faut encore que chacun change pour lutter encore et toujours contre les stéréotypes. Et, selon lui, les hommes doivent accompagner cette lutte pour plus d’égalité. 

 
« C’est important que leur père soit féministe parce qu’aujourd’hui c’est ce que l’on attend de tous les hommes. C’est vraiment de la responsabilité de tous les hommes de lutter contre le sexisme », écrit-il encore.  
 
Cette tribune ne va pas sans une dose d’autocritique. Non, Barack Obama n’est pas un homme parfait. Quand ses filles étaient plus jeunes, il reconnaît avoir été souvent absent, pris par ses activités d’élu et de professeur. « Le fardeau retombait de manière disproportionnée et injustement sur Michelle. » Mea culpa ?! 
 
Son plaidoyer pour le féminisme, la fin des stéréotypes et plus d’égalité des genres s’achève sur une note politique. Il lance un appel au vote « pour l’histoire ». « Peu importe vos idées politiques, c’est un moment historique pour l’Amérique », écrit-il dans sa tribune alors que la campagne présidentielle américaine s’accélère après la nomination des candidats des deux grands partis.

Face à Donald Trump, Barack Obama défend activement le camp démocrate et sa candidate Hillary Clinton qui cherche à conquérir le vote des femmes. 
 
 
Le président sortant, maintenant officiellement féministe, défend « sa » candidate face à un Donald Trump qui brille par ses déclarations misogynes. Cette tribune de Barack Obama vient renforcer son discours et celui, largement plébiscité, de son épouse Michelle, sur la scène de la convention démocrate fin juillet. 
 

Profession de foi sincère ou opportunisme politique ? La question peut aussi se poser pour son homologue canadien, Justin Trudeau qui veut se démarquer de son prédécesseur conservateur Stephen Harper, sur tous les terrains. 
 

Trudeau : un homme féministe comme les autres

Quelques mois après son élection, Justin Trudeau revendique son féminisme dans les interviews données aux médias et lors d’événements internationaux. Il avait ainsi fait sensation lors de son intervention en janvier 2016 au Forum économique mondial de Davos en Suisse, en déclarant : « Nous ne devrions pas avoir peur de dire ce mot féministe ». Applaudissements nourris d’un public conquis. Succès sur Internet. Il soulignait aussi dans sa déclaration que sa femme insistait auprès de lui pour que leur éducation féministe s’adresse aussi bien à sa fille qu’à leurs fils. 

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau, son épousé Sophie Grégoire-Trudeau et leurs enfants, arrivent à la base St Andrews Air Force le 9 mars  2016.
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau, son épousé Sophie Grégoire-Trudeau et leurs enfants, arrivent à la base St Andrews Air Force le 9 mars  2016.
©AP Photo/Cliff Owen

Il réitère le "coup d'éclat" en mars 2016 alors qu’il est invité à une conférence d’ONU Femmes sur l’égalité des genres. Il disait alors ne pas comprendre l’engouement suscité par le fait qu’il se dise ouvertement féministe. « Cela ne devrait pas soulever une telle réaction, disait-il. C’est simplement dire que je crois en l’égalité entre les hommes et les femmes et je crois que nous avons encore énormément de travail pour en arriver là. » 

Selon lui, rien d’exceptionnel donc à s’affirmer en tant que féministe : « N’importe qui de ma génération aurait fait aussi bien ce que je fais. »

Dans une interview au Globe and mail, il explique que sa famille a façonné son féminisme. Il raconte avoir « "eu la chance d'être élevé par une mère qui croyait au féminisme" et par un père respectueux et défenseur "des droits de tous" ». 
Chaque jour, je rencontre des femmes incroyables qui m'inspirent pour être un meilleur féministe.
Justin Trudeau
Tout comme Barack Obama, il appelle les hommes à s’impliquer, relèvent nos confrères canadiens de La Presse : « Chaque jour, je rencontre des femmes incroyables qui m'inspirent pour être un meilleur féministe et une meilleure personne. Les femmes peuvent faire et être ce qu'elles veulent. Mais elles ne peuvent porter seules ce profond changement culturel. Les hommes doivent agir, donner l'exemple et être des modèles ».
 
Féministe, d’accord, mais pour défendre quoi ? Justin Trudeau se dit souvent en faveur l’égalité hommes/femmes. Il s’est fait remarquer en composant un gouvernement strictement paritaire. A une journaliste qui lui demande pourquoi avoir fait ce choix de mettre autant de femmes que d’hommes dans son équipe, il répond : « parce qu’on est en 2015 », une réponse maintes fois reprise ensuite sur Internet. 
 
Il vise aussi à faire entrer davantage de femmes au Parlement, encourage les hommes à prendre leur congé parental, et prône davantage de parité dans les entreprises. Pas de grand plaidoyer à la Barack Obama mais une insistance et une constance qui en fait, aussi, le chouchou des médias. 
 
Mais se présenter comme féministe n’est pas l’apanage des chefs d’Etat nord-américains. Le président français y est aussi allé de sa déclaration dans une interview donnée au magazine féminin Elle le 3 mars 2016. 
 

Hollande : féministe et…socialiste

Dans cet entretien, François Hollande revient sur certaines polémiques du début d’année 2016 : l’intitulé du « ministère de la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes » accusé d’être réactionnaire ;  la maltraitance conjugale (« il faut agir qu’il ne soit trop tard ») après la grâce qu’il a accordée à Jacqueline Sauvage ; le harcèlement de rueinsupportable », « indigne », « scandaleusement banalisé ») ; le harcèlement en général (« une violation sournoise des droits les plus fondamentaux des femmes »). 
Je suis donc féministe ! Et toujours socialiste.
 François Hollande

Le féminisme, et être féministe, à changer sa façon d’être père : « Je n’ai pas éduqué mes enfants comme je l’avais été. Et le combat des femmes m’a permis d’être un meilleur père. » Même s'il reconnaît n'en avoir pas fait assez dans le partage des tâches familiales/ménagères avec la mère de ses enfants, Ségolène Royal. Il cite aussi des figures de femmes qui l’ont inspiré : Simone Veil, Germaine Tillion, Yvette Roudy et Angela Merkel « un exemple de volonté et de réussite pour beaucoup de femmes »

A la question « Vous considérez-vous comme étant féministe ? » Le président répond par une anecdote dans laquelle il explique que la question qu'est-ce qu'être socialiste s’était posée au Parti socialiste quand il en était Premier secrétaire : « Laurence Rossignol – déjà elle ! – avait proposé la formule : " Être un socialiste, c’est être un féministe. " » Et François Hollande de répondre donc au magazine Elle : « Je suis donc féministe ! Et toujours socialiste. » Ou est-il féministe parce que socialiste ?