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Sexisme dans le sport : "Il faut que des hommes laissent leur place", dit Béatrice Barbusse

Béatrice Barbusse ancienne joueuse handball
©Interview menée par Mohamed Kaci

Sociologue, elle a surtout longtemps pratiqué le handball. Béatrice Barbusse a également été la première présidente d'un club, celui d'Ivry (près de Paris). Aujourd'hui, elle sort un livre Du sexisme dans le sport (Editions Anamosa) et explique son combat sur TV5MONDE. 

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Cette femme déborde d'énergie et ne manque pas d'idées pour combattre le sexisme dans un domaine qu'elle connaît bien : le sport. Ancienne joueuse de handball, Béatrice Barbusse est ensuite devenue présidente du club d'Ivry, une première ! Un statut de pionnière, pas facile à faire accepter.

Elle raconte qu'en se présentant à des événements sportifs, certains de ses interlocuteurs transformaient le "présidente" en "femme de président". Comme on dit souvent sur Terriennes #yaduboulot ! 
 

Nous n'étions pas rémunérées alors que les garçons l'étaient.

 Béatrice Barbusse


Dans son livre, Du sexisme dans le sport (Editions Anamosa) elle dénonce à l'aide d'exemples concrets, ce problème de société qui touche, de fait, aussi le sport.

Pourtant, à l'époque où elle était encore joueuse, elle ne se souvient pas d'avoir été la cible de remarques machistes ou sexistes. "Le seul sexisme dont je me souvienne, c'est qu'on n'avaient pas les mêmes moyens que les hommes. On n'étaient pas rémunérées alors que les garçons l'étaient", explique-t-elle. 

Sur-féminisation des sportives

Aujourd'hui, elle dénonce l'inégalité et le traitement médiatique notamment qui participent de ce sexisme dans le sport. "A partir du moment où vous voyez beaucoup moins de sportives que de sportifs à la télévision, les jeunes filles auront potentiellement moins de chance de s'identifier à une sportive parce qu'on en voit moins. On ne peut être ce que l'on ne voit pas, comme on dit, donc par la suite moins de jeunes filles sont attirées par le sport." Résultat : moins de sportives dans les clubs. 
 

A mon époque on n'avaient pas cette pression sur les épaules. 

Béatrice Barbusse

​Et quand il y a des femmes, elles exacerbent leur féminité. Béatrice Barbusse, comme d'autres chercheuses, observent aujourd'hui une nouvelle tendance : "les sportives ont tendance à se sur-féminiser, à montrer de manière très ostentatoire qu'elles appartiennent au genre féminine. Donc par des attributs visibles, se faire les ongles, bien s'apprêter, les cheveux,.. C'est curieux parce qu'à mon époque on n'avaient pas cette pression sur les épaules. Au contraire. Je me souviens d'une joueuse en particulier qui se maquillait. On la chambraient. Aujourd'hui, c'est l'inverse.

Et les hommes?

Quid du rôle des hommes dans ce combat contre le sexisme dans le sport ? Béatrice Barbusse est convaincue qu'ils peuvent jouer un rôle essentiel. "Cela tient dans un mot américain 'disempowerment'. Concrètement, c’est s’emparer des tâches ménagères à la maison autant que les femmes ; si on a une femme proche de soi qui a des compétences quitter son poste de pouvoir pour lui donner sa place. Je ne connais qu’un seul homme, le président du club de basket de Mondeville qui a volontairement quitté son poste de président pour le donner à une femme.
 

Il faut que des hommes laissent leur place.

Béatrice Barbusse.

304 pages, Editions Anamosa, Paris octobre 2016, 17,90 €
304 pages, Editions Anamosa, Paris octobre 2016, 17,90 €

Elle ajoute que les hommes peuvent aussi intervenir en "refusant d’aller à une conférence s’il n’y a pas de femmes. Mais pour moi, cela ne suffit pas, répète Béatrice Barbusse. Les hommes peuvent nous aider en étant à côté de nous, en nous épaulant, en prenant aussi la parole pour revendiquer les droits des femmes et dénoncer des choses qui sont parfois scandaleuses."

Mais elle insiste sur la place qui doit être laissée aux femmes aux postes de décision : "Ce qui est important c’est qu’ils sont toujours au pouvoir et qu’ils ne veulent pas le quitter. C’est ce que je vois dans le sport. Il faut qu’il y ait des femmes mais il faut aussi qu’il y ait des hommes qui laissent leur place. Mais c’est difficile parce que comme à tous les postes de pouvoir, il y a des privilèges qui y sont associés.