Belgique et cinéma : où sont les femmes ?

La Ministre en charge de l’enseignement de promotion sociale, de la jeunesse, des droits des femmes et de l’égalité des chances en Fédération Wallonie-Bruxelles, Isabelle Simonis, a voulu connaître les ressorts de la discrimination sexuelle dans les métiers du cinéma
La Ministre en charge de l’enseignement de promotion sociale, de la jeunesse, des droits des femmes et de l’égalité des chances en Fédération Wallonie-Bruxelles, Isabelle Simonis, a voulu connaître les ressorts de la discrimination sexuelle dans les métiers du cinéma
© Michèle Jacobs-Hermès

C'est une tendance heureuse : l'académie des Oscars veut s'ouvrir aux femmes, le Québec réfléchit à promouvoir les réalisatrices et, dernière en date, la Belgique cherche à pousser les créatrices dans les métiers du cinéma. La ministre Isabelle Simonis, en Fédération Wallonie-Bruxelles, vient de présenter les conclusions d'une étude qu'elle avait diligentée.

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Comment œuvrer en faveur de la parité dans les politiques publiques d’aide au cinéma et l’accès à ses métiers ?

Une fois de plus c’est la Suède et le Canada qui sont en pointe des bonnes pratiques, même si au Québec, les "réalisatrices équitables" pensent que beaucoup reste à faire... Les femmes dans le cinéma de Bruxelles et de Wallonie sont  légion et leur talent a largement dépassé les frontières de leur petit pays. On pense aux actrices  Cécile de France, Marie Gillain, Yolande Moreau et plus récemment Virginie Efira, qui «  crèvent » les écrans français.
Du côté des réalisatrices, les chiffres sont plus ténus. Sauvent l’honneur, des « poids lourds » comme  Chantal Akerman (disparue en octobre 2015) et Marion Hänsel.

La Ministre en charge de l’enseignement de promotion sociale, de la jeunesse, des droits des femmes et de l’égalité des chances en Fédération Wallonie-Bruxelles, Isabelle Simonis, a voulu en avoir le cœur net. Elle a lancé un Appel à projet dans le cadre de sa politique du droit à l’égalité au travail et a confié une étude à deux organisations de la place, bien connues pour leur action dans le secteur : Engender et Elles tournent ont mené l’enquête pendant un an et ont consulté au passage les  organismes d’ayants droit (SACD-SCAM, SABAM) et d’aide à la production (Wallimage, le Centre du Cinéma).

Plaquette qui présente les résultats de l'étude exploratoire sur genre et cinéma en Belgique
Plaquette qui présente les résultats de l'étude exploratoire sur genre et cinéma en Belgique

Une discrimination qui se creuse entre l'université et la vie professionnelle


A la sortie des écoles de cinéma, dans le Sud de la Belgique, la parité filles/garçons est totale, exemplaire. Seul constat : les filles continuent à être majoritaires (61%) dans les métiers du montage.

En revanche, dès que l’on scrute les chiffres d’exercice des métiers du cinéma, les femmes ne représentent plus que 25% des réalisateurs, 22% des monteurs, 29% des scénaristes et 25% des producteurs.
La ministre avait demandé que l’aide publique au cinéma fasse aussi l’objet de l’analyse.
Premier constat : les femmes ne constituent que 29% des professionnels qui déposent un projet et une demande d’aide. Elles sont proportionnellement plus nombreuses à bénéficier d’une réponse positive, mais au final elles ne récoltent que 29% du budget alloué par les Instances publiques. Un budget qui, faut-il le dire au passage, a bénéficié d’une croissance significative ces dernières années.

Convaincue de la nécessité, en Belgique francophone,  d’optimiser les critères de soutien à une industrie culturelle dont le succès international est indéniable dans nombre de festivals (faut-il rappeler, à titre d’exemples, les palmes d’Or obtenues à plusieurs reprises par les Frères Dardenne), la Fédération Wallonie-Bruxelles est aujourd’hui très attentive aux bonnes pratiques observées dans des pays voisins.  Isabelle Simonis entend bien, à cet égard, partager les fruits de son étude avec sa collègue ministre chargée de la culture, Alda Gréoli.

Et si Juliette Binoche ou Jessica Chastain faisaient école…


L’annonce par Juliette Binoche et Jessica Chastain, au festival de Cannes 2016, de la création d’une société de production – "We do it together"  -  entièrement tournée vers les femmes a fait d’autant plus son chemin que la comédienne française avait embrasé les marches du Festival et ses écrans. Terriennes en avait parlé quelques semaines plus tôt à l’occasion de l'édition 2016 du AFIFF - Festival  international de films de femmes de Créteil.

La dernière cérémonie des Oscars a, elle aussi, marqué spectaculairement la profession, avec l’expression d’un grand raz le bol concernant le peu de place laissé aux minorités de toutes natures. Pour redresser la barre, l'organisation qui délivre les Oscars, les prestigieuses récompenses américaines du cinéma, a annoncé le 29 juin 2016 avoir invité 683 personnes à rejoindre ses rangs pour la cérémonie 2017, dont 46% de femmes et 41% de membres des minorités ethniques.

Quant au festival de Berlin, il avait été l’occasion pour Meryl Streep de lancer ses « Writers Lab » destinés à valoriser les scénaristes femmes.

Au-delà de ces opérations judicieusement médiatisées, les auteurs de l’étude ont voulu retenir les leçons de  l’Allemagne (avec l’association Pro Quota), de la France, mais tout particulièrement  de la Suède et du Canada.

En Suède, l’Institut  du Film Suédois a adopté, en 2013, un plan qui prévoit que ses fonds doivent être distribués à parité entre femmes et hommes, producteurs/trices, scénaristes et directeurs/trices. Et il a lancé parallèlement des actions de coaching.  Quant à l’Office National du Canada, il a annoncé, en mars 2016, qu’il confierait dans les trois prochaines années la moitié de ses réalisations à des femmes et que la moitié de son budget total de production serait alloué à des projets soumis par des réalisatrices. Des pistes – radicales -  qui pourraient inspirer la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Deux regards de réalisatrices belges, celui de Chantal Akerman (qui s'est donné la mort en 2015, dernier film "No home movie") et celui de Marion Hänsel (auteure de La Tendresse)
Deux regards de réalisatrices belges, celui de Chantal Akerman (qui s'est donné la mort en 2015, dernier film "No home movie") et celui de Marion Hänsel (auteure de La Tendresse)
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