Belles de jour : une exposition autour des femmes, artistes et modèles

©Musée Sainte-Croix de Poitiers

Le sculpteur Auguste Rodin est plus connu que son élève Camille Claudel, le peintre surréaliste Yves Tanguy que sa femme Kay Sage ou Auguste Utrillo que sa mère Suzanne Valadon. A Poitiers, l'exposition Belles de jour veut redonner aux femmes leur juste place dans les beaux-arts.

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Jamais les noms de Romaine Brooks, Sarah Lipska, Tamara Lempicka, Valentine Hugo ou Chana Orloff n'ont brillé au firmament de la renommée artistique. Comme tant d’autres artistes femmes, elles semblent être restées dans le sillage des vagues successives des courants artistiques, dans l'ombre de grands maîtres. Avec cette exposition ayant pour thème "femmes artistes, femmes modèles", le musée Sainte-Croix de Poitiers en France veut leur rendre justice.

Femmes artistes

Belles de jour présente la production d'artistes femmes éclipsées, à leur époque, par les mastodontes qui avaient pu, eux, s’imposer par la puissance de leur création, comme André Lothe ou Auguste Rodin.

Les femmes, elles, restaient cantonnées aux places d'"apprenties" dans l'ombre des grands hommes. Ainsi le travail et la renommée de ces femmes sont-ils intimement liés à ces mêmes artistes, auprès desquels elles avaient dû apprendre. Car jusqu'au début du XXe siècle, très rares étaient les académies à dispenser leurs enseignements aux femmes. C’est dans les ateliers des maîtres qui, eux, avaient pu suivre une formation académique, qu'elles avaient une chance d'en profiter.

Suzanne Valadon, par exemple, lingère, puis écuyère de cirque, s’est formée, encouragée par Edgar Degas, au gré de ses passages dans les ateliers des maîtres sur les Grands Boulevards. Dans les années 1880 à Paris, seule l’Académie Julian était ouvert "aux hommes, aux femmes et aux artistes étrangers," explique Raphaële Martin-Pigalle, la commissaire de l’exposition : 

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Raphaële Martin-Pigalle est la commissaire de l'exposition Belles de jour.
Interview de Liliane Charrier

Tablettes gravées, parures, tableaux, moulages et sculptures… Des collections archéologiques jusqu'aux beaux arts, en passant par l’Antiquité, le Moyen Âge et les collections beaux-arts, l'exposition Belles de jour ne se veut pas "genrée", mais la commissaire Raphaëlle Martin-Pigalle espère qu’elle fera découvrir l’apport des artistes féminines.

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Rapahële Martin-Pigalle est la commissaire de l'exposition Belles de jour.
Interview de Liliane Charrier

Femmes modèles

De la mère de famille à la figure mondaine, de la courtisane à la muse, de la mère à l'insoumise, la femme est vue, par les peintres, comme un symbole de vérité, de fantasme et de liberté.

Les nus sont nombreux - mélancoliques, allégoriques, lascifs ou réalistes - dont la vedette reste l'immense portrait de la superbe danseuse Ida Rubinstein. La blancheur de sa peau éblouit sur un fond sépulcral et inquiétant annonciateur de la Première Guerre mondiale. ​

Un peu plus loin, l'Âme de la forêt (voir la galerie de photos ci-dessous), pour Edgard Maxence, est incarnée par quatre visages de femmes évoquant les légendes celtes. Au fil du parcours, on découvre aussi plusieurs liseuses, jeunes et vieilles, richement vêtues ou à demi-nues, en alcôve ou dans un cadre bucolique. 

Brodeuse, marchande de poissons ou glaneuse... L'exposition illustre aussi les réalités sociales des femmes du Second Empire aux années 1930. Dans la première moitié du XXe siècle, de Soir de septembre à La Grande Plage à Biarritz en passant par Les baigneuses ou le Tennis à Dinard, se dessine l'évolution du statut de la femme dans la société avant et après le tournant de la Première Guerre mondiale. 

Avec Passe-temps honnête, (voir galerie), le Néerlandais Kees Van Dongen, qui débuta sa carrière en peignant les prostituées du port de Rotterdam, ne manque pas d'humour. C'est en effet à une sage occupation que se livre son modèle : la même que celle de l'auteur. Un tableau qui révèle l'importance des femmes peintres et leur rôle longtemps sous-estimé.

 
 
L’exposition Belles de jour est proposée par le Musée Sainte-Croix de Poitiers, en collaboration avec le Musée des Beaux-Arts de Nantes et le Palais Lumière d’Évian jusqu’au 9 octobre 2016.