Terriennes

Accusé d'agressions sexuelles, le Québécois Gerry Sklavounos regrette d'éventuelles offenses

Le député québécois Gerry Sklavounos s'adresse aux médias en compagnie de sa femme, après avoir été blanchi des accusations d'agressions sexuelles par une enquête. Mais ne convainc pas, ni les politiques, ni l'opinion publique. D'autres "attitudes inconvenantes" sont en effet rapportées en cascade<br />
 
Le député québécois Gerry Sklavounos s'adresse aux médias en compagnie de sa femme, après avoir été blanchi des accusations d'agressions sexuelles par une enquête. Mais ne convainc pas, ni les politiques, ni l'opinion publique. D'autres "attitudes inconvenantes" sont en effet rapportées en cascade
 
Photo : Radio-Canada/Radio-Canada

L’affaire n'en finit pas de faire grand bruit au Québec. Le retour à l’Assemblée nationale du député Gerry Sklavounos, le 15 février 2017, celui-là même qui avait dû se retirer à l’automne 2016 après des révélations de présumée agression sexuelle par une jeune femme, Alice Paquet, provoque le malaise de ses collègues et la colère des manifestantes contre "la culture du viol".

dans

Des regrets, mais pas d’excuses

Mr Sklavounos a tout d’abord tenu une conférence de presse, le 9 février 2017, accompagné de son épouse, stoïque et impassible à ses côtés. Une présence parfois commenté avec ironie sur les réseaux sociaux.
 

L'élu voulait donner sa version des faits dans la perspective de son retour dans les couloirs de l’Assemblée nationale du Québec. Il a expliqué avoir une personnalité « volubile » et un humour « maladroit » pour justifier ses comportements qualifiés de déplacés par de nombreuses femmes, en précisant que parfois il veut faire le clown et détendre l’atmosphère et que cela peut être mal interprété. « J’ai réalisé que oui, Gerry, ça se peut que des fois, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, au party de Noël, dans la salle des députés, ça se peut qu’en essayant d’être drôle et friendly, qu’en essayant d’être le petit charmeur en faisant un compliment honnête et poli à une collègue au party, ce n'était pas approprié dans un milieu de travail » a dit le député la bouche en cœur.

Gerry Sklavounos a ajouté qu’il avait compris que certaines personnes n’appréciaient pas ce genre de comportements et il a promis d’être plus «prudent et réservé » à l’avenir. « A celles et ceux que j’ai pu offenser malgré moi, sachez que ce ne fut jamais mon intention et que je le regrette sincèrement » a-t-il précisé.
Des regrets donc mais pas d’excuses envers les jeunes femmes qu’il aurait pu blesser ou agresser avec ses comportements de « joyeux luron »...

Les larmes d’Alice Paquet

Aucune excuse notamment envers la jeune Alice Paquet, qui dit avoir subi des agressions sexuelles de la part du député, et qui s’est désolée publiquement de la suite de cette histoire. Car aucune accusation ne sera finalement retenue contre Gerry Sklavounos après la plainte déposée par la jeune femme.

Alice Paquet, dans une lettre ouverte au quotidien québécois Le Devoir, s’est dit désolée d’entendre le député « réduire ce que les femmes ont vécu, de ramener ça à lui, d’ignorer que des femmes ont pu être mal à l’aise avec lui… ça montre combien la carrière d’un homme est tellement importante qu’on ferme les yeux sur des violences sexuelles ». Alice Paquet n’a pas caché sa tristesse et sa déception et a dit qu’elle avait besoin de sécher ses larmes. Elle maintient au demeurant sa version des faits.

D’autres jeunes femmes, sous le couvert de l’anonymat, ont rapporté que les gestes du député à leur endroit avaient été bien plus que déplacés ou maladroits, et que les avances répétées qu’il leur avait faites étaient de l’ordre du harcèlement.

Mais la jeune femme est aussi, depuis les "conclusions" de l'enquête, la cible d'un déluge de haine et d'insultes machistes sur Internet, dont nous vous montrons l'échantillon le plus édulcoré, c'est dire... 
 


Pas de retour au sein du caucus libéral

Une chose de sûre : les députés du Parti libéral du Québec, la formation politique de Gerry Sklavounos et du gouvernement actuel, ne trouvent pas drôle du tout cette surexposition médiatique. Un certain malaise, pour ne pas dire un malaise certain, plane dans les rangs des Libéraux, et au premier chef exprimé par le Premier ministre Philippe Couillard. Ce dernier a tranché : Gerry Sklavounos ne réintégrera pas le caucus libéral, parce qu’il existe d’autres allégations de gestes et propos inappropriés qui « demandent à être éclaircies ». Dans le doute donc, le député siégera comme indépendant, et fera cavalier seul, à l’Assemblée nationale.

Le Premier ministre Couillard s’est dit déçu également par la déclaration de Gerry Sklavounos du 9 février : « Elle ne correspondait pas aux attentes que nous avions fixées. Ce qu’on a besoin d’entendre, c’est la signification personnelle, profonde pour Mr Sklavounos de ces éléments-là. Comment ça va le transformer comme personne ? Je pense qu’il y avait une communication à faire ». Philippe Couillard en a profité pour inciter les jeunes femmes qui auraient été victimes de gestes déplacés de la part du député à porter plainte en fonction de la politique concernant le harcèlement à l’Assemblée nationale.

Gerry Sklavounos de son côté a juste dit qu'il acceptait la décision du premier ministre mais qu’il allait continuer à représenter ses concitoyens, donc à siéger à l’Assemblée nationale.

Manifestations contre la culture du viol

Dans la foulée de toute cette histoire se sont tenues mercredi 15 février au soir à Montréal et Québec des manifestations pour dénoncer la « culture du viol » et les violences sexuelles contre les femmes. Des dizaines de femmes seulement ont participé à ces rassemblements – alors que des manifestations similaires avaient rassemblé des centaines de personnes l’automne dernier, mais le froid en a peut-être découragé plusieurs – pour réclamer une révision des législations actuelles afin de condamner plus facilement les agresseurs. Alice Paquet était de la manifestation à Québec, la jeune femme a déclaré qu’elle comptait maintenant s’éloigner des feux des projecteurs. Elle dit avoir besoin de repos et de prendre soin d’elle après ces derniers mois qui l’ont plongée dans la tourmente et qui ont été éprouvants psychologiquement. Et a conclu, provisoirement peut-être, sa présence par une ultime salve contre la "culture du viol".
 

Ironiquement, la jeune femme avait fait cette sortie publique l’automne dernier pour justement encourager les victimes de harcèlement et d’agressions sexuelles à briser le silence et porter plainte. Mais son histoire est la triste preuve que malheureusement, ce silence va continuer à peser, parce qu’encore et toujours, c’est compliqué pour une victime d’avoir gain de cause devant un tribunal. Des victimes dont on banalise les récits, quand on ne les remet pas carrément en cause, des victimes qui ne sont pas écoutées, des victimes qui sont blâmées… Et qui donc, en bout de ligne, se taisent et subissent, dans ce silence justement, les dommages physiques et psychologiques causés par leur agression. Il serait peut-être temps en effet que nos gouvernements légifèrent afin de faciliter le processus de plaintes pour les victimes d’agressions sexuelles et la façon dont on reçoit et traite leurs dépositions.
 
Après le retour de Gerry Sklavounos au parlement, quelques dizaines de personnes manifestaient contre la violence sexuelle et la culture du viol mercredi soir 15 février 2017 devant l’Assemblée nationale, à Québec.  
Après le retour de Gerry Sklavounos au parlement, quelques dizaines de personnes manifestaient contre la violence sexuelle et la culture du viol mercredi soir 15 février 2017 devant l’Assemblée nationale, à Québec.  
Radio-Canada/Maxime Corneau