Terriennes

Brigitte Bardot par Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir et Brigitte Bardot - deux personnalités aux destins croisés qui incarnèrent, finalement, l'émancipation des femmes - qui l'eut cru - Montage réalisé à partir de deux portraits de l'Agence France Presse
Simone de Beauvoir et Brigitte Bardot - deux personnalités aux destins croisés qui incarnèrent, finalement, l'émancipation des femmes - qui l'eut cru - Montage réalisé à partir de deux portraits de l'Agence France Presse

La star cinématographique des années cinquante et soixante passe donc l'étape des 80 ans le 28 septembre 2014, loin des projecteurs. Ces dernières années, elle a parfois à nouveau occupé le devant de la scène pour son combat en faveur des animaux ou pour ses prises de positions politiques aux côtés du Front national et ses propos racistes ou homophobes. Qui se souvient que la sacro-sainte féministe Simone de Beauvoir en fit, sans doute malgré l'actrice elle-même, une icône des droits des femmes ?

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A priori, l'association Bardot Beauvoir (et le hasard fait que cela donne BB) relève plus de l'oxymore que de l'évidence. D'un côté une philosophe romancière, auteure d'un monument dédié à l'émancipation des femmes, de l'autre une actrice, objet de désir mondial et essentiellement masculin. Et pourtant, la comédienne deviendra sous la plume de l'écrivaine l'incarnation d'une émancipation féminine, dans l'un des chapitres (quelques pages) de son abondante oeuvre, écrit d'abord pour être publié aux Etats-Unis dans le célèbre mensuel Esquire, "le magazine pour les hommes" comme il se présente lui-même. Un point de vue assez cohérent si l'on s'y penche un peu plus.

C'était avant les liaisons dangereuses de Bardot avec le Front national, le racisme ou encore l'homophobie. En rupture avec la bonne bourgeoisie coincée où elle était née, elle semblait aussi libre à l'écran qu'au cinéma. Pratiquant avec enthousiasme le "monogamie" successive (elle eut quatre maris et encore bien plus d'amants) si chère à une autre féministe, la Russe Alexandra Kollontaï, ne cherchant pas à apparaître en mère épanouie - jusqu'à rejeter son enfant après sa naissance -, gagnant sa vie à la sueur de son travail, elle disposait finalement de beaucoup d'atouts pour convaincre la première des féministes d'alors. 

Le texte de Simone de Beauvoir fut réimprimé en livre en 1960 après sa parution dans Esquire
Le texte de Simone de Beauvoir fut réimprimé en livre en 1960 après sa parution dans Esquire
"Elle va pieds nus, elle tourne le dos aux toilettes élégantes, aux bijoux, aux parfums, au maquillage, à tous ces artifices. Elle marche, elle danse, elle bouge. Elle fait ce qui lui plaît et c'est cela qui est troublant", écrit Simone de Beauvoir. 

"Elle se fiche comme d'un iota de l'opinion des autres. Elle ne cherche pas à scandaliser. Elle n'a pas d'exigences : elle n'est pas plus consciente de ses droits que de ses devoirs. Elle suit ses désirs. Elle mange quand elle a faim et fait l'amour avec la même simplicité désinvolte. Le désir et le plaisir semblent pour elle plus convaincants que les préceptes et les conventions. Elle ne critique pas les autres. Elle fait ce qui lui plaît, et c'est cela qui est perturbant. Elle ne pose pas de questions, mais elle offre des réponses dont la franchise peut être contagieuse."

Loin de la soumettre, l'attitude de Bardot - une Lolita en apparence - la protège des hommes : "La femme adulte habite le même monde que l'homme. mais la femme enfant se meut dans un univers où il ne peut pénétrer et ainsi la différence d'âge réétablit entre eux la distance nécessaire au désir."

Une statue représentant Brigitte Bardot à Rio de Janeiro au Brésil - Wikicommons
Une statue représentant Brigitte Bardot à Rio de Janeiro au Brésil - Wikicommons
Faire l'amour comme on respire

Selon Beauvoir, Bardot disposait donc de  "l'amour comme on boit un verre d'eau", une autre expression de Kollontaï inventée en 1908, et reprise abondamment par Lénine aux premiers jours de la révolution d'Octobre….

"Son érotisme n'est pas magique, mais agressif", poursuit l'auteure du Deuxième sexe. "Au jeu de l'amour, elle est plus un chasseur qu'une proie. L'homme est un objet pour elle, exactement comme elle l'est pour lui… Dans les pays latins, où les hommes restent accrochés au mythe de la 'femme objet', la 'naturalité' (naturalness) leur semble plus perverse que n'importe quelle sophistication. Refuser les bijoux et les cosmétiques, les talons aiguilles ou les corsets c'est refuser de se transformer en idole insaisissable. C'est affirmer que l'on est le camarade et l'égale de l'homme, reconnaître qu'entre hommes et femmes, il y a désir et plaisir mutuels."

"Elle apparaît comme une force de la nature, dangereuse aussi longtemps qu'elle restera indomptée."

"Elle n'est ni perverse, ni rebelle, ni immorale. C'est pourquoi la morale n'a aucune chance avec elle."

Nul doute que Simone de Beauvoir a dans la tête le mambo que danse Brigitte Bardot, pieds nus, jupe longue et étroite, simple chemisier, sans aucun apparat, dans Et Dieu créa la femme de Roger Vadim - l'un des époux de Bardot.


Et il faut bien reconnaître qu'avec l'âge, Brigitte Bardot ne cessa à aucune des tentations d'autres actrices vieillissantes. Elle interrompit sa carrière au moment où elle le décida. Elle assuma d'être une mère abominable et une grand mère inexistante. Elle ne recourut jamais à la chirurgie esthétique. A 80 ans, elle semble toujours habitée de cette liberté intacte. Pour le meilleur. Et pour le pire.

Retour sur la filmographie, le mythe et la vie de Brigitte Bardot en images

26.09.2014par nos partenaires de France Télévision - Pascale Deschamps
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