Manifestation à Bruxelles : des féministes dénoncent les violences policières

(Capture d'écran Facebook)

A Bruxelles, dans la soirée du samedi 11 février 2017, une marche réunissant près de 150 femmes pour se « réapproprier la rue » s'est soldée par des violences policières, selon les témoignages de participantes. La police, elle, avance des dégradations commises par des membres du cortège qui n'était pas autorisé à manifester.

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Que s'est-il vraiment passé ce samedi soir dans la capitale de l'Union européenne ? Cette quatrième édition bruxelloise de la marche nocturne « Reclaim The Night » (récupérons la nuit, un mouvement désormais international et parti du Royaume Uni) s'annonçait pacifique, ce samedi 11 février 2017. C'est tout autrement qu'elle s'est terminée, après que des policiers en civil et en uniforme se soient invités dans le cortège qui rassemblait près de 150 personnes.

Après une demi-journée de préparation (fabrication de flambeaux et de pancartes, répétition de chants, etc.), les manifestantes se sont retrouvées vers 20 heures pour se « réapproprier la rue la nuit contre les violences sexistes ». L'organisation se revendique « d'un féminisme inclusif, intersectionnel et pro-choix (pour le libre choix en matière d'avortement, du port ou non du hijab, la liberté des travailleuses-rs du sexe, etc.) » et ouvrait le cortège à tous ou presque, refusant les hommes « dont le ressenti de l'identité de genre coïncide avec le sexe qu'on lui a assigné à la naissance ».

La manifestation n'était pas autorisée, faute de demandes en ce sens de la part des organisatrices : « Nous ne demandons pas d’autorisation de manifester car il nous semble contradictoire de demander à une nième institution patriarcale la permission de marcher contre elle. Nous ne demandons pas le droit de prendre la rue, nous la prenons », ont-elles justifié dans un communiqué adressé au mensuel féministe belge Axelle.

C'est ce magazine et quelques autres témoignages postés en ligne qui nous racontent la suite de la soirée.
 

Un homme surgit, une matraque à la main

Vers 20h30, le groupe se met en route. Axelle rapporte les propos de Leïla et Alexandra, deux participantes : « Il y avait une bonne ambiance, les touristes applaudissaient à notre passage ». « J’étais au début de la marche, avec les filles qui tenaient une banderole. Derrière nous, il y avait les autres, avec les torches, et devant, il y en avait une à bicyclette pour ouvrir la marche. »

Tandis que le petit cortège arrive devant le Manneken Pis, « un homme surgit, une matraque à la main, et se jette sur le groupe. Il frappe. » S'agit-il d'une agression masculiniste ? Ou d'un fou ? Les témoins soulèvent cette interrogation, et racontent avoir crû que la police empêcherait cette homme de continuer à distribuer les coups. Au contraire : « L’agresseur est en fait un policier en civil, rejoint par ses collègues en uniforme. »

Joëlle Sambi, responsable communication du mouvement Femmes prévoyantes socialistes, était dans le défilé. Elle relate : « Le début du cortège en fanfare va bientôt déboucher sur la rue du midi. Soudain, des pas dans mon dos, j’ai à peine le temps de me retourner que deux hommes me dépassent en courant et se précipitent sur deux copines à quelques mètres devant moi. Le premier plaque violemment au sol une des filles, le deuxième balance la seconde contre une voiture. (...) Et là, sans sommation aucune, l’homme au blouson brun et bonnet vert, sort sa matraque, charge dans la foule et frappe. C’est violent, disproportionné, effrayant. J’ai peur. Il charge dans notre direction, je tremble et ça m’effraie encore plus. Je ne comprends pas la folie de ce qui se passe, les cris, les hurlements. L’homme fonce sur nous et frappe dans la foule avec sa matraque. »

Elle sort alors son téléphone pour filmer la scène.
 
Les témoignages décrivent des policiers encerclant les manifestantes. Puis « des renforts, armés de matraques et de boucliers, arrivent à bord de plusieurs fourgonnettes. » Une heure après le début des violences, un message par mégaphone retentit : « Vous pouvez sortir mais deux par deux et seulement si vous déclinez votre identité. »
 
Celles qui présentent leur carte d'identité aux policiers racontent qu'elle est « consignée » et « photographiée ». D'autres n'ont pas emporté la leur, voire sont sans-papiers. « Ça a pris énormément de temps, ils ont tout essayé : négocier, puis, quand ça ne marchait pas, tirer, taper, ou les étrangler avec leur matraque », raconte Catherine à Axelle. Joëlle Sambi écrit : « Finalement, un policier annonce que si nous acceptons de passer le barrage deux par deux en montrant nos documents d’identité, ils nous laisseront repartir sans aucun problème. "Comme des fifilles" rigole l’un d’entre eux. »

A 23h45, l'intervention est terminée.

Ilse Van de Keere, la porte-parole de la zone de police Bruxelles-Ixelles, a déclaré à la presse belge : « Nous avions vu un appel pour cette manifestation sur Facebook et étions présents. (...) Dans la rue du Chêne, la situation a dégénéré lorsque quelques personnes présentes ont commencé à dessiner des graffitis sur une voiture et des bâtiments et qu’elles ont causé des dégradations. Le groupe a alors été encerclé et 138 personnes ont été identifiées ». Le Soir ajoute que selon elle, «  les forces de l’ordre ignoraient qui était responsable de l’événement, n’ayant pu entrer en contact avec ses organisateurs. Une enquête a été ouverte afin de savoir qui est responsable des différentes dégradations. »

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